Vers l'âge de 10 ans, Mlle Effel se présente dans un centre d'animations de la ville de Paris, avec le désir ardent de faire de l'aéromodélisme. Il y a un club d'aéromodélisme au centre d'animation municipal situé à côté de chez elle. Après avoir fait la queue, ses parents s'assoient avec les feuilles d'impôt, le chèque, la photo etc. face à une responsable du centre (attention, tout devient important, vous avez bien lu UNE).
-C'est pour quelle activité ?
-Elle voudrait faire de l'aéromodélisme.
-De l'aéromodélisme... ? Une fille ? Vous êtes bien sûr ?
-Ben, oui, ça fait longtemps qu'elle veut en faire.
-Mais, vous savez, il n'y a que des garçons, en aéromodélisme, quatre-vingt garçons.
-Non, non, elle veut faire ça elle est très décidée.
-Mais elle ne veut pas faire plutôt danse ou peinture ?, ça c'est pour les filles.
-Non, non, elle est bien décidée, c'est bien ça qu'elle veut faire.
-Ecoutez, vous savez, la première heure est gratuite, donc le mieux c'est qu'elle aille une heure en peinture ou en danse, et puis après elle verra ce qu'elle préfère.
-Non, non, elle est bien décidée, ça fait longtemps qu'elle en parle, ça l'intéresse beaucoup l'aviation.
-Bon, ben d'accord, qu'elle aille déjà une heure, l'heure gratuite, et puis on verra si ça lui plaît, elle pourra toujours changer.
Aujourd'hui Mlle Effel construit des avions en bois, et elle en est très contente, au milieu de quatre vingt garçons (en fait 80, c'est le nombre total, dans son groupe ils sont sept ou huit).
Question N°1 : pourquoi une employée de centre d'animation municipal pousse autant les filles à ne pas faire d'aéromodélisme ?
Question N°2 : pourquoi cette petite fille de 10 ans voulait-elle autant faire de l'avion ?
A la question N°1 je n'ai pas de réponse.
A la question N°2, j'en ai peut-être une. Vers l'âge de 6 ans, pour Noël, Mlle Effel souhaitait comme cadeau une poupée très à la mode, « Charlotte aux Fraises ». Quand ses parents sont allés avec elle au magasin, le rayon Charlotte aux Fraises était dévalisé ; toutes les filles voulaient une Charlotte aux Fraises. Elle a fondu en larmes ; en plein bocage, il n'y avait pas moyen d'avoir rapidement une autre Charlotte.
Le rayon immédiatement à côté était un rayon de mitraillettes ; de grosses mitraillettes en plastique, le jouet que jamais ses parents ne lui auraient acheté, et particulièrement comme cadeau de Noël. Sous le coup de la situation, son père a dit presque en plaisantant : tiens regarde il y a de belles mitraillettes, est-ce que tu ne veux pas une mitraillette ? Elle a dit, Ah ! ben Briac, il a la même... (Briac c'était un camarade d'école). Alors elle a eu la mitraillette de Briac, et elle l'a toujours.
Parfois, je me demande....
PS : ceci n'est qu'un billet de blog. Toute ressemblance avec des instructions ministérielles ou un traité de psychologie de l'enfant serait le fait de ma bêtise.