livre "Ecologie en Résistance, stratégie pour une Terre en péril"

Quelle stratégie adopter pour réellement changer les choses ? Nous sommes tou-te-s conscient-e-s que trier ses déchets ne suffira pas...

Devons-nous élaborer une stratégie de Résistance mondiale face à l'inaction des gouvernements par rapport au climat ? Est-ce que les gouvernements inféodés aux lobbys vont-ils œuvrer pour laisser sous terre 80% des ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz) afin de ne pas dépasser les +2°C de réchauffement climatique, ce qui est déjà une catastrophe en soit ? Comment arriver à contraindre les multinationales sachant qu'elles devront renoncer à des bénéfices se comptant en dizaines de milliers de milliards de dollars ? Où doit-on en arriver ? Autant le dire, c'est chaud, c'est le cas de le dire.

 

 

auteur-e-s: Vandana Shiva, Derrick Jensen, Stéphanie McMillan, Lierre Keith, Aric McBay

 

Extraits:

intro p.16: Voyons la chose autrement: que feriez-vous si des extraterrestres avaient envahi la planète, vidaient les océans, rasaient les forêts, construisaient des barrages sur toutes les rivières, bouleversaient le climat, contaminaient à l'aide de dioxines et de divers produits cancérigènes le lait maternel, la chair même de vos enfants, celle de votre partenaire, de votre mère, père, frère, sœur, de vos amis, ainsi que la vôtre ? Si des extraterrestres commettaient tout cela, résisteriez-vous ? S'il existait un mouvement de résistance, le rejoindriez-vous ? Si ce n'était pas le cas, pourquoi ne le feriez-vous pas ? A quel point la situation devrait-elle empirer avant que vous ne vous décidiez à arrêter ceux qui détruisent la planète, qui tuent ceux que vous aimez, et vous tuent vous-même ?

90% des grands poissons ont déjà disparu des océans. Quel est votre seuil de tolérance en matière de résistance ? 91% ? 92% ? 93% ? 94% ? Attendrez-vous qu'ils en aient tué 95% ? 96% ? 97% ? 98% ? 99% ? Pourquoi pas 100% ? Passerez-vous alors à la contre-attaque ?

 

Stéphanie McMillan:

p.21: "Ce qui manque à notre mouvement, c'est la compréhension que si nous devons radicalement transformer les relations sociales et la façon dont nous satisfaisons nos besoins en tant que société, alors nous devons rompre le cycle de l'économie. Nous devons reprendre nos moyens de subsistance à ceux qui nous en ont dépossédés."

p.27: Derrick: Revenons sur le capitalisme mondial. Comment le définirais-tu ? Stéphanie: C'est un système économique caractérisé par la production de marchandises et par une appropriation privée, dans lequel une partie de la population monopolise les moyens de subsistance, forçant les autres à vendre leur travail pour survivre.

p.31: Stéphanie: ... Comme nous le savons, on ne peut pas avoir une croissance infinie sur une planète finie. Aujourd'hui, la crise de surproduction est devenue critique, le système est sursaturé. Il cherche à atteindre la fin de toutes les limites physiques. L'année dernière, David Bianco, qui dirige le département de stratégie équitable US de la Bank of America, a déclaré: "L'argent liquide s'accumule si vite que les compagnies ne savent pas quoi en faire."
Derrick: Tu sais, j'ai longtemps eu ce problème moi-même...
Stéphanie: Ces gens méritent notre plus profonde sympathie. Les multinationales américaines sont assises sur 1 600 milliards de dollars en liquidités. Apple, seul, possède 76,4 milliards de dollars, somme plus importante que ce que le gouvernement US a en réserve. Ils désespèrent de l'investir mais il n'y a plus de placement rentable. Des magnats tels Warren Buffett ou Bill Gates implorent qu'on les taxe; ils distribuent des milliards de dollars. Bien sûr, la philanthropie génère aussi du profit, ce qui sature encore plus le système. La machine s'immobilise peu à peu.
Derrick: Est-ce que cela signifie que le système va s'effondrer sur lui-même ?
Stéphanie: Malheureusement pas assez vite. Le capitalisme en crise devient encore plus implacable, comme on le voit dans l'extraction extrême du pétrole bitumineux ou la fracturation hydraulique pour le gaz naturel. Ils ne se donnent même plus la peine de prétendre qu'ils se soucient de l'avenir. Le capitalisme se détruira finalement lui-même, mais seulement quand il aura détruit toute vie sur la planète, et il sera trop tard pour que cela ait la moindre importance. Jusque-là, le capitalisme fera tout pour briser les régulations. C'est ce qu'il a toujours fait.

p.33: Stéphanie: ... Le chômage de masse n'est vraiment pas un problème pour la classe dirigeante. S'ils créaient plus d'emplois, le problème de la surproduction empirerait. Mais un fort chômage associé à des coupes budgétaires dans les programmes sociaux, cela fonctionne très bien pour eux, puisque bientôt nous implorerons n'importe quel travail à un salaire de misère.
...
Derrick: Pourquoi les gens supportent-ils ce triste cauchemar ?
Stéphanie: A cause de la superstructure: les idées et les institutions, qui font comme une coquille autour de la structure économique, tout à la fois la soutenant et façonnant ses besoins. L'unique objet de l’État est de maintenir la circulation sans heurt du capital. Il administre et régule le processus grâce à son gouvernement et son système légal. Il le fait respecter grâce à son armée, sa police, son complexe pénitencier et son appareil sécuritaire.
La culture aussi sert les intérêts capitalistes. Les seules idées autorisées à prendre part au marché sont celles qui défendent le système; toutes les autres finissent par crever faute de soutien. La culture dominante nous dit comment penser et nous comporter grâce aux récits et aux mythes que véhiculent les médias dominants, l'industrie du divertissement et la religion. Elle nous endoctrine dans ses écoles. Ses traditions nous habituent à l'individualisme, et à l'obéissance à l'autorité. Ses idéologies renforcent les structures d'oppression, telles que la misogynie, le racisme, l'homophobie et la xénophobie. La famille nucléaire est une unité sociale autopolicée qui entérine la domination des enfants et des femmes.
Nous devons briser cette superstructure pour faire tarir le flux du capital.

p.40: Stéphanie: La conversion de la Nature en marchandises est inextricablement mêlée à l'exploitation du travail humain; l'un ne peut avoir lieu sans l'autre. De manière similaire, la lutte pour défendre la terre et les modes de vie traditionnels est aussi liée à la lutte pour mettre fin à l'exploitation, pour une société sans classe. L'une ne peut s'obtenir sans l'autre. Quand on l'a compris, nous libérer nous-mêmes et sauver la planète deviennent un seul et même acte.
Derrick: Comment se fait-il que les questions d'environnement et d'emploi soient souvent perçues comme incompatible, y compris par les travailleurs eux-mêmes ?
Stéphanie: Personnes ne vendrait son labeur - aller volontairement dans un puits de mine, une usine ou un box, jour après jour - s'il avait en sus les moyens de vivre autrement. Mais le capital a très efficacement séparé les intérêts des travailleurs de l'environnement. Ceci est évidemment intentionnel. Après la marée noire dans le Golfe, les travailleurs ont demandé à ce que les plates-formes soient rouvertes, parce qu'ils avaient besoin d'emplois pour survivre. Pourtant ce sont les mêmes gens qui sont empoisonnés par l'externalisation des coûts. C'est ça, le piège dans lequel les travailleurs ont été jetés. Il ne peut être évité qu'en renversant le capitalisme et en reprenant le contrôle de nos moyens de subsistance. Nous n'avons pas du tout besoin d'emplois; en fait cela n'aide que les capitalistes. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un mode de vie durable.

 

Lierre Keith:

p.45: "Le patriarcat est la religion dominante de cette planète. Nous ne sauverons pas la vie sur Terre tant que nous n'aurons pas abattue la domination masculine."

p.69: Derrick: Alors, qu'est-ce qu'il nous faut ?
Lierre: Nous avons besoin d'une résistance politique organisée. La tâche d'un activiste n'est pas de naviguer au sein de systèmes oppressifs en gardant la plus grande intégrité possible, c'est de démanteler ces systèmes. Choix de consommation, choix spirituels choix de style de vie... ce n'est pas cela qui démontera les mécanismes généraux du pouvoir. Et c'est bien le problème.
Pour aboutir à une résistance efficace, il nous faut l'ériger en culture. Au lieu de quoi, nous avons une branche "permaculture", des villes en transition, et les "Bénévoles de la simplicité". Je les appelle les "Pas-Chez-Moi". Dans l'ensemble, à quelques exceptions près, ils écartent l'action politique, la qualifiant d'irréaliste ou d'impossible. C'est là une très mauvaise habitude que la gauche devrait perdre. Nous sommes ceux qui doivent crier à chaque coin de rue et depuis chaque toit, que non seulement résister est possible, mais qu'échouer est impossible, compte tenu de tout ce qui est en jeu.
Imaginons-nous en France, sous l'occupation nazie, ou au Vietnam sous l'occupation US, voire, pourquoi pas, en Amérique du Nord occupée par les soldats de l'Union. Quelqu'un ira-t'il jusqu'à suggérer que rouler en vélo ou acheter du shampoing bio chassera les occupants et permettra de regagner la liberté ? Je reconnais que nous avons un blocage émotionnel. Il est difficile de désigner un coupable. Pourtant, ils ont bel et bien des noms et des adresses; plus important encore: l'infrastructure d'une civilisation industrielle est très vulnérable.

p.74: Lierre: ... Les mouvements à ciel ouvert peuvent prendre espoir en considérant le mouvement de grève de novembre 2010 en France. Les manifestants ont utilisé des camions, brûlé des pneus et créé des barrages humains pour bloquer les dépôts de carburant, paralysant ainsi les douze raffineries de pétrole du territoire français. le principal terminal pétrolier fut fermé pendant trois semaines. Trente superpétroliers se sont retrouvés immobilisés en Méditerranée. Quand le gouvernement a tenté d'ouvrir les réserves d'urgence, le mouvement s'est renforcé et les grévistes ont bloqué vingt terminaux de plus. En quelques semaines, toute l'économie s'est enrayée et s'est arrêtée par manque de carburant.
Les grévistes français ont fait ce que tout militaire ou insurgé fait: ils ont interrompu des points-clés de l'infrastructure. Ils étaient en bonne voie d'arrêter complètement l'économie, et ils l'ont fait en utilisant la non-violence.

 

Vandana Shiva:

p.79: "On ne peut pas cultiver de la nourriture sur une planète morte ou même y faire des affaires mais ça, ils ne le comprennent pas. C'est pourtant évident mais ils ne le comprennent pas pour deux raisons: ils sont aveugles à la biodiversité et ils sont aveuglés par le pouvoir, à tel point que chaque fois qu'une perturbation de l'écosystème ou du système agricole déclenche de l'agitation sociale, ils gèrent cette agitation en termes de riposte militaire."

p.82: Les liens de la nature sont résilients; ils ont été brisés par la plus arrogante, aveugle et ignorante parodie de progrès économique qui soit. Deux des indicateurs qui contrôlent tout à l'heure actuelle sont, d'une part un nombre appelé PIB, tout ce qu'il mesure est ce qui est transformé en marchandise; cela ne mesure pas la croissance au sens propre, la croissance de la vie, la croissance de nos enfants, la croissance de la forêt, la croissance de la biodiversité, la croissance de la nourriture, des plantes, des communautés et de la liberté. Cela ne mesure qu'une seule chose: comment commercialiser la nature et la société.

p.83: Nous en sommes à 75% de la destruction planétaire, mesurée en perte de biodiversité, en dégradation des sols, en appauvrissement de l'eau, et en pollution produite par l'industrie agricole. L'agriculture industrielle mesure seulement combien de marchandises sont produites et vendues, et c'est pour cela que nous avons réduit notre base alimentaire de 8 500 espèces de plantes qui étaient consommées, à 8 denrées vendues sur le plan mondial.

p.88: On suppose qu'aucun de ces produits chimiques ne s'infiltrent dans la nourriture mais c'est faux. On a retrouvé des traces de glyphosate dans le maïs. Le glyphosate tue les nutriments bénéfiques pour le sol. Il tue les bactéries essentielles à nos intestins; il amalgame les minéraux, les empêchant ainsi d'exercer les fonctions pour lesquelles ils sont conçus, en particulier les fonctions cérébrales.
Résultat: on constate une explosion de maladies intestinales. L'autisme s'est répandu à une telle vitesse dans le pays que, selon le Centre de contrôle des maladies, la moitié des enfants US seront autistes d'ici 2050. La moitié ! La courbe sur le graphique monte en flèche. La moindre des choses que devrait faire une société dans ces conditions, quand ce genre de courbe monte ainsi vertigineusement, serait de faire une enquête, de mener davantage de recherches. Mais les entreprises sont si habituées à engranger du profit à tout prix que, non seulement elles détruisent la biodiversité de la planète mais elles tentent de réduire au silence le savoir et la science. Les attaques contre la science n'ont jamais été aussi déterminées. Je peux vous donner des données récoltées par des scientifiques renommés... Mais si nous ne savons pas ce que subit la Terre, et ce que subissent nos corps, comment diable pourrions-nous construire des sociétés qui protègent la Terre et nous protègent nous, les êtres humains ?
On prétend que ce coût faramineux est justifié par le fait qu'il permet de nourrir la population mondiale, mais la réalité est que 30% seulement de la nourriture consommée par les humains provient de l'agriculture industrielle; 70% provient de petites fermes, de fermes familiales; 70% ! Et ce après un siècle de destruction de ces petites fermes. Encore aujourd'hui, ce sont les petites fermes qui nourrissent la planète. Faisons le calcul: si ces 30% sont à l'origine de 75% de la destruction de la planète, il suffirait que cela passe à 40% pour entraîner la destruction de la planète.
On ne peut pas cultiver de la nourriture sur une planète morte ou même y faire des affaires mais ça, ils ne le comprennent pas. C'est pourtant évident mais ils ne le comprennent pas pour deux raisons: ils sont aveugles à la biodiversité et ils sont aveuglés par le pouvoir, à tel point que chaque fois qu'une perturbation de l'écosystème ou du système agricole déclenche de l'agitation sociale, ils gèrent cette agitation en termes de riposte militaire. C'est arrivé en Inde en 1984; l'année de la catastrophe de Bhopal a également une année de violences au Pendjab.
J'ai fait une étude pour l'université des Nations-Unies et écrit un livre intitulé "La violence de la révolution verte". Les problèmes au Pendjab étaient liés au mécontentement des agriculteurs qui s'endettaient. La solution a été d'envoyer l'armée.

 

Aric McBay:

p.99: "L'effondrement industriel ne sera pas facile à vivre, mais ce sera toujours mieux qu'un effondrement écologique mondial. Cette culture est de toute manière en plein déclin. Si nous l'abordons de front, nous pouvons l'orienter dans une direction moins destructrice, plutôt que de laisser faire ceux qui sont au pouvoir."

p.101: Derrick: Le mouvement Deep Green Resistance (DGR) a été mis en route quand nous étions tous dans le Maine, Aric, Lierre Keith et moi; j'y animais une conférence. Avant la conférence, nous avions fait le constat que, en tant qu'environnementalistes, nous perdions sur tous les fronts. Tous les indicateurs biologiques, pour recourir à un langage mécaniste que je déteste, sont malheureusement dans le rouge. Toutes les communautés naturelles sont en voie de désintégration. Alors nous nous sommes demandé: qu'est-ce qui pourrait vraiment fonctionner ? Quelle stratégie serait enfin capable d'empêcher cette culture d'assassiner la planète ? Nous avions déjà essayé bon nombre de stratégies. Nous avons mis des pétitions en ligne, mais cela n'a pas marché; nous nous sommes inscrits sur les listes des représentants aux élections, mais cela n'a rien donné; nous avons cosigné des pancartes disant "Sauvons la planète maintenant".
Cela n'a pas fonctionné. Alors ce soir-là, on s'est demandé quelle stratégie pourrait avoir ne serait-ce qu'une chance d'être efficace.

p.105: Aric: Pour moi, l'idée majeure consiste en une stratégie à deux volets. Dans Deep Green Resistance, c'est ce qui est expliqué dans le quatrième scénario. Nous tentons d'imaginer à quoi ressemblerait une lutte plausible et victorieuse.
Il y a deux objectifs: le premier est de désorganiser et démanteler la civilisation industrielle, empêchant ainsi les riches de voler les pauvres et les puissants de détruire la planète. Le deuxième est de défendre et reconstruire des communautés justes et durables, des communautés humaines autonomes; ce qui implique d'aider à la restauration de la terre.
Ce sont les deux moitiés d'un mouvement complet. Aucune des deux ne fonctionnera seule. Nous devons adopter des communautés justes et durables, car ce sont les seules communautés où il vaille la peine de vivre, et ce sont les seules à avoir un réel avenir. Nous devons aider le monde naturel à se rétablir, car nous en avons besoin pour survivre, et plus encore, parce que les créatures de ce monde sont nos proches. Mettre un terme à la civilisation industrielle est une condition nécessaire à l'achèvement de tout cela, à long terme. Nous devons y mettre un terme afin qu'il y ait un futur véritable quel qu’il soit.

 

Ceci ne sont que quelques extraits. Pour découvrir les stratégies de résistance des différent-e-s auteur-e-s pour sauver la Vie sur Terre, acheter le livre:
https://editionslibre.org/produit/ecologie-en-resistance-strategies-pour-une-terre-en-peril-vol-1-2/

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