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Billet de blog 6 janvier 2026

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Venezuela : un précédent grave que l’Europe n’ose nommer

Un dictateur de moins ne fait pas un monde plus juste. Un baril de plus ne fait pas une stratégie. Derrière les commentaires sur le pétrole, la Chine ou la chute d’un homme jamais réélu, se joue plus grave : la normalisation d’un monde où la force prime sur le droit, et où l’Europe, sans pensée stratégique, organise son effacement.

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Il y a des événements qui, pris isolément, peuvent sembler périphériques, presque anecdotiques, au regard du fracas permanent de l’actualité internationale. L’intervention américaine au Venezuela pourrait être rangée dans cette catégorie : un épisode de plus dans une région instable, une opération lointaine, un théâtre secondaire. Pourtant, lorsqu’on prend la peine d’en examiner les ressorts réels et les conséquences structurelles, cet événement apparaît comme un révélateur brutal de l’état du monde et de la direction qu’il est en train de prendre.

Le premier réflexe médiatique a été de convoquer le pétrole. Comme souvent. Les États-Unis chercheraient à s’emparer des réserves vénézuéliennes, à couper la Chine d’un approvisionnement stratégique, à reprendre la main sur une ressource clé. Cette lecture a l’avantage de la simplicité ; elle rassure parce qu’elle ramène l’événement à une grammaire géopolitique familière. Mais elle ne résiste pas longtemps à l’analyse.

La Chine est aujourd’hui l’un des premiers consommateurs et importateurs mondiaux de pétrole, avec une consommation quotidienne de l’ordre de quinze millions de barils¹. Ses approvisionnements sont largement diversifiés, principalement en provenance du Moyen-Orient, de Russie, d’Afrique et d’Asie centrale¹. Le pétrole vénézuélien n’a jamais représenté qu’une fraction marginale de ce total². En revanche, la dépendance inverse est flagrante. Frappé par les sanctions, par l’effondrement de son appareil productif et par une incapacité chronique à sécuriser ses flux commerciaux, le Venezuela a fait de la Chine un acheteur de dernier ressort³. Pékin acceptait ce que d’autres refusaient : un pétrole lourd, techniquement contraignant, juridiquement risqué, souvent acheté à prix fortement décoté, parfois dans des montages opaques de remboursement de dette plus que dans de véritables transactions de marché³.

Cette asymétrie est fondamentale. Elle montre que l’intervention américaine ne peut pas être comprise comme une tentative sérieuse de « prendre le pétrole » ou de priver la Chine d’un levier stratégique. D’autant plus que le pétrole vénézuélien n’est pas un butin facile. Celui de l’Orénoque est lourd, soufré, coûteux à extraire et à raffiner⁴. Il nécessite des investissements massifs, des infrastructures spécifiques et une stabilité juridique et politique que le pays n’offre plus depuis longtemps⁴. Même dans un scénario de normalisation rapide, il faudrait une décennie pour reconstruire une filière capable de produire à grande échelle⁵. Aucun cycle politique américain ne s’inscrit dans un tel horizon.

Là où l’opération produit un effet réel, en revanche, c’est sur les conditions d’accès. Le pétrole vénézuélien était attractif non pour sa qualité, mais pour son prix. Les sanctions avaient créé une rente de décote : des barils vendus bien en dessous des prix de marché, via des circuits de contournement⁶. En perturbant ces circuits, Washington ne bouleverse pas l’équilibre énergétique mondial ; il supprime une rente marginale, fragilise des arbitrages économiques et rappelle sa capacité à contrôler les règles du jeu. Ce sont des micro-gains, réels mais limités, qui ne constituent en rien une stratégie énergétique de long terme.

L’impact pour la Chine reste donc vraisemblablement marginal à l’échelle macroéconomique, même s’il n’est pas nul. La disparition de cette rente à bas coût implique des arbitrages légèrement plus coûteux ailleurs, sans pour autant constituer un choc stratégique susceptible de modifier durablement sa trajectoire énergétique.

Il faut ici lever une ambiguïté, au risque sinon de laisser prospérer une critique facile et malhonnête. Que Nicolás Maduro ne soit plus au pouvoir est, en soi, une bonne chose. Son régime a été inique, violent, profondément destructeur pour la société vénézuélienne. Autoritarisme politique, répression, corruption systémique et effondrement économique ont plongé des millions de personnes dans la pauvreté et l’exil⁸. Même si le dictateur n’est plus là aujourd’hui, il serait illusoire de croire que la dictature, elle, a disparu avec lui : les structures du régime et les appareils de coercition demeurent largement en place⁸.

Mais cette réalité, aussi lourde soit-elle, n’est pas la question centrale. Et surtout, elle n’a jamais été la raison réelle de l’intervention américaine. Il suffit d’un minimum de lucidité historique pour comprendre que les États-Unis n’agissent pas par altruisme démocratique ni par souci désintéressé du sort des peuples⁷. La démocratie vénézuélienne ou le bien-être de la population n’ont jamais constitué un moteur crédible de cette opération. Les invoquer a posteriori relève du récit justificatif, pas de l’analyse.

La question n’est donc pas de savoir si le départ de Maduro est moralement souhaitable – il l’est – mais de comprendre comment, pourquoi et au nom de quoi un État s’arroge le droit d’intervenir hors de tout cadre légal collectif, en posant des précédents dont les conséquences dépassent très largement le cas vénézuélien.

Peu importe, à ce stade, la qualification juridique exacte de l’acte — arrestation extraterritoriale, opération clandestine ou intervention indirecte. Dans tous les cas, il s’agit d’une action menée hors de tout cadre légal international reconnu, sans mandat collectif, et donc constitutive d’une violation manifeste des principes fondamentaux du droit international.

Cette interrogation éclaire la rationalité de l’intervention, si tant est qu’il y en ait une. Elle n’est cohérente qu’à très court terme. Le narratif du « narco-terrorisme », abondamment mobilisé, relève moins d’un fondement juridique solide que d’un outil de communication politique⁹. Il permet de présenter une opération de force comme une action de police internationale, de brouiller volontairement la frontière entre maintien de l’ordre et acte de guerre, et de produire une image d’autorité.

Mais ce gain symbolique est fragile. Il suscite des critiques constitutionnelles internes et alimente un malaise institutionnel au Congrès⁹. Dès lors, une question s’impose : quels sont les gains réels d’une telle opération, et pour qui ? Et, inversement, qui en assumera les coûts, et à quel horizon ?

Une partie de la réponse relève de la psychologie du pouvoir. L’intervention s’inscrit dans une logique d’hubris, au sens le plus classique du terme : la conviction, propre aux puissances dominantes, que leur position les autorise à redéfinir les règles qu’elles sont pourtant censées garantir¹⁰. Il ne s’agit pas seulement d’une décision stratégique, mais d’un acte de démonstration. Démonstration de force, démonstration d’impunité, démonstration de capacité à agir hors cadre sans en payer immédiatement le prix.

Cette démonstration n’est pas seulement tournée vers le Venezuela. Elle est adressée simultanément à plusieurs publics. Aux alliés, à qui l’on rappelle la hiérarchie implicite et la nécessité de l’alignement. Aux adversaires, à qui l’on montre ce qui est désormais possible. Aux acteurs régionaux, auxquels on réaffirme brutalement l’existence d’un rapport de force asymétrique. Et à l’opinion intérieure, enfin, à laquelle on propose une image d’autorité, d’action et de contrôle dans un monde perçu comme instable.

Le message est donc fondamentalement performatif. Il ne dit pas seulement ce qui est fait ; il dit ce qui peut être fait. Il redéfinit les bornes du possible. Et ce message est entendu. Il est observé, analysé, intégré. Non seulement par des régimes autoritaires, qui y voient une confirmation de leurs propres pratiques, mais aussi par des démocraties fragiles, confrontées à des tensions internes et tentées, elles aussi, de considérer le droit comme un coût politique plutôt que comme un cadre structurant¹¹.

C’est ici que la question des coûts réels de l’intervention prend toute sa dimension. Car si les bénéfices sont immédiats, visibles et médiatiques, les coûts, eux, sont diffus, différés et largement externalisés. Ils ne prennent pas la forme de sanctions directes ou de ruptures spectaculaires, mais d’une érosion progressive des normes, d’un affaiblissement du droit international comme référence commune, et d’une banalisation de l’exception comme mode d’action¹¹.

Tant que le système international absorbe ces chocs, l’illusion de rationalité tient. Mais cette logique produit un jeu à somme nulle, voire négative. C’est précisément parce que les gains matériels de l’opération sont limités que ses conséquences normatives deviennent centrales. Lorsque l’économie n’explique pas tout, ce sont les règles, les précédents et les représentations du pouvoir qui structurent les effets à long terme. La force ne crée pas de stabilité durable ; elle accélère la dégradation de l’ordre existant. Elle transforme chaque exception en précédent, et chaque précédent en invitation à l’imitation¹¹.

L’enjeu central apparaît alors clairement : il est normatif. Le droit international ne s’effondre jamais brutalement. Il se délite par couches successives, par accommodements, par renoncements partiels. Chaque cas présenté comme particulier affaiblit un peu plus la règle commune¹¹.

Le droit international issu de 1945 n’est pas né d’un idéalisme abstrait. Il est né de villes rasées, de massacres industrialisés, de sociétés ayant compris, trop tard, que l’absence de règles communes menait mécaniquement à la catastrophe¹². Le droit n’a jamais précédé la barbarie ; il en est la réaction tardive¹².

Ce précédent est d’autant plus dangereux qu’il est universalisable. L’histoire montre que l’affaiblissement des normes internationales n’est jamais sans effets internes. Chaque fois que les règles censées encadrer la puissance cessent d’être crédibles à l’extérieur, leur légitimité s’érode aussi à l’intérieur des sociétés qui prétendaient les incarner. Ce qui est toléré aujourd’hui pour une grande puissance deviendra demain une justification pour d’autres, à des échelles différentes, dans des contextes moins contrôlables. Lorsque le droit devient optionnel pour les plus forts, il cesse d’être protecteur pour les plus faibles. Il se transforme en simple ressource rhétorique, mobilisée à la carte¹¹.

Face à ce basculement, la réaction européenne constitue sans doute le point le plus préoccupant de cette séquence. Ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’absence de réaction forte, mais l’absence d’un cadre de lecture assumé. L’Union européenne n’a pas explicité pourquoi cette intervention posait un problème de fond. Elle n’a pas rappelé les principes qu’elle prétend défendre. Elle n’a pas indiqué quelles lignes rouges resteraient, pour elle, non négociables.

Ce silence n’est pas neutre. En géopolitique, l’absence de discours structuré est déjà un discours. Elle entérine l’idée que le droit est négociable, que la souveraineté est conditionnelle, et que la force devient acceptable dès lors qu’elle est efficace. En ne contestant pas le précédent posé, l’Europe contribue à sa normalisation¹¹.

Cette faiblesse est aussi institutionnelle. L’Union européenne repose sur un équilibre fragile entre États aux intérêts, aux dépendances et aux sensibilités stratégiques différentes. En l’absence de ligne claire, chaque capitale est renvoyée à ses propres calculs. Les États les plus alignés sur Washington privilégient le silence. D’autres expriment des réserves prudentes, sans aller plus loin. Ceux déjà engagés dans des trajectoires illibérales y voient une confirmation implicite : si le droit peut être contourné au sommet, pourquoi continuer à s’y soumettre strictement à l’intérieur ?¹³

Le résultat n’est pas une pluralité assumée, mais une fragmentation silencieuse de la cohérence politique européenne. Et ce vide externe produit des effets internes profonds. Lorsqu’aucun récit européen crédible n’est proposé pour penser le monde tel qu’il est, d’autres récits s’imposent. Des récits plus simples, plus brutaux, plus immédiatement lisibles.

C’est dans cet espace que prospèrent les forces populistes et autoritaires¹³. Non parce qu’elles offriraient une compréhension plus fine du réel, mais parce qu’elles proposent une réponse claire là où les institutions semblent hésiter. Dans un monde perçu comme dangereux et instable, la figure de l’homme fort qui agit, qui tranche, qui impose, devient séduisante lorsque le droit apparaît abstrait, inefficace, incapable de protéger.

La fascination pour l’homme fort ne naît pas dans le vide. Elle prospère lorsque les normes sont perçues comme asymétriques, lorsqu’elles s’appliquent aux faibles mais pas aux puissants. En renonçant à défendre le droit comme cadre structurant de la puissance, l’Europe contribue paradoxalement à l’affaiblir aussi à l’intérieur de ses propres sociétés. Le message implicite devient alors difficilement contestable : si le droit est optionnel au sommet de l’ordre international, pourquoi serait-il sacré à l’échelle nationale ?¹³ Il ne s’agit pas d’un mécanisme automatique ni d’une causalité linéaire. Mais l’expérience historique montre que la banalisation des exceptions juridiques crée un terrain favorable aux dérives autoritaires, en particulier lorsque les sociétés sont déjà traversées par des tensions économiques, sociales ou identitaires.

La position française, dans ce contexte, est révélatrice. La France dispose encore d’atouts considérables : une capacité militaire crédible, un siège permanent au Conseil de sécurité, un réseau diplomatique dense, une tradition intellectuelle profondément ancrée dans la réflexion sur la souveraineté et le droit. Pourtant, ces ressources ne sont pas traduites en projection politique structurante. Cette retenue contraste pourtant avec le rôle que la France a historiquement revendiqué : puissance fondatrice de l’ordre multilatéral, promotrice du droit international, acteur central de la construction européenne, et seul État membre de l’Union disposant d’un siège permanent au Conseil de sécurité. Ces atouts créent des contraintes, mais aussi des responsabilités spécifiques. Ne pas les assumer dans un moment où les normes sont explicitement contournées revient à accepter, de facto, leur affaiblissement.

Lorsqu’un chef d’État est capturé hors de tout cadre légal international, lorsque la coercition extraterritoriale devient une pratique revendiquée, lorsque l’ordre issu de 1945 est ouvertement contourné, se contenter d’un communiqué diplomatique ne relève plus de la prudence. C’est une désertion stratégique. Car refuser de nommer le précédent, c’est accepter qu’il s’installe¹¹.

Le paradoxe européen est alors évident. L’Europe dispose de leviers considérables — économiques, normatifs, diplomatiques, potentiellement militaires — mais agit comme si l’exercice de la puissance était en soi moralement suspect. Ce refus n’aboutit pas à un monde plus juste. Il laisse simplement à d’autres le soin de définir les règles de la brutalité, pendant que l’Europe espère que le chaos restera périphérique.

La soumission européenne n’est donc ni passive ni accidentelle. Elle est rationalisée, justifiée au nom du réalisme et du court terme. En acceptant ce précédent sans le contester à la hauteur des enjeux, l’Europe accepte un monde où le coût du non-droit est externalisé, où les victimes sont ailleurs, et où la règle est définie par celui qui frappe. Or c’est précisément dans ce monde-là qu’elle est structurellement la plus vulnérable : dépendante, fragmentée, légaliste sans protecteur du droit.

C’est un suicide lent. Non par manque de moyens, mais par renoncement intellectuel.

Il existe pourtant une autre voie. Une Europe ni angélique ni impériale, mais lucide. Une Europe qui accepte la conflictualité du monde sans renoncer à civiliser la puissance. Une Europe qui comprend que le droit n’est pas l’ennemi de l’efficacité, mais sa condition de durabilité¹⁰¹¹.

À défaut de proposer cette voie, l’Europe s’expose à un choix qu’elle feint d’ignorer : s’adapter à un monde gouverné par la force brute, ou disparaître politiquement dans l’ombre de ceux qui la maîtrisent mieux.

Ce contre-récit n’est pas une posture.

C’est une condition de survie.

Notes et sources

  1. Consommation et diversification des importations pétrolières chinoises
    International Energy Agency (IEA), Oil Market Report
    https://www.iea.org/reports/oil-market-report
    U.S. Energy Information Administration (EIA), China Country Analysis
    https://www.eia.gov/international/analysis/country/CHN
  2. Part marginale du pétrole vénézuélien dans les importations chinoises
    Reuters, China’s oil imports from Venezuela remain limited despite sanctions circumvention
    https://www.reuters.com/world/china/chinas-oil-imports-venezuela-remain-limited-2023-06-15/
  3. Dépendance du Venezuela envers la Chine et ventes décotées
    Reuters Investigates, How Venezuela keeps oil flowing despite U.S. sanctions
    https://www.reuters.com/investigates/special-report/venezuela-oil/
  4. Nature du pétrole de l’Orénoque et contraintes techniques
    U.S. Geological Survey (USGS), Heavy Oil and Extra-Heavy Oil Resources of the Orinoco Belt
    https://pubs.usgs.gov/fs/2014/3045/
  5. Temps long et obstacles à la reconstruction du secteur pétrolier vénézuélien
    Reuters, Why Venezuela’s oil industry can’t recover quickly
    https://www.reuters.com/world/americas/why-venezuelas-oil-industry-cant-recover-quickly-2022-10-05/
  6. Contournement des sanctions et “shadow fleet” vénézuélienne
    Reuters Investigates, The Ghost Ships of Venezuela
    https://www.reuters.com/investigates/special-report/venezuela-shipping/
  7. Logiques structurelles de la politique américaine au Venezuela (absence de moteur humanitaire)
    Council on Foreign Relations (CFR), U.S.–Venezuela Relations
    https://www.cfr.org/backgrounder/venezuela-crisis
  8. Nature autoritaire et répressive du régime Maduro
    United Nations, Independent International Fact-Finding Mission on Venezuela
    https://www.ohchr.org/en/countries/venezuela
    Amnesty International, Venezuela: Human Rights Reports
    https://www.amnesty.org/en/location/americas/south-america/venezuela/
  9. Narratif du “narco-terrorisme” et cadre juridique invoqué par Washington
    U.S. Department of Justice, Indictment of Nicolás Maduro and other Venezuelan officials (2020)
    https://www.justice.gov/opa/pr/venezuelan-president-nicolas-maduro-charged-narco-terrorism
  10. Hubris, puissance et illusion morale dans la politique étrangère
    Reinhold Niebuhr, The Irony of American History, University of Chicago Press
  11. Érosion du droit international et rôle des précédents
    Martti Koskenniemi, The Gentle Civilizer of Nations, Cambridge University Press
  12. Droit international et ordre mondial post-1945
    Mark Mazower, Governing the World: The History of an Idea, Penguin
  13. Fragmentation européenne et montée des populismes
    Freedom House, Nations in Transit – Europe
    https://freedomhouse.org/report/nations-transit
    Ivan Krastev, After Europe, University of Pennsylvania Press

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