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Billet de blog 15 juin 2019

Un plan social qui n'en finit pas

L'AFPA, Agence pour la Formation des Adultes est en danger, et ses salariés sont sur la sellette. Un premier plan social est en négociation, et les dates de son application ne cessent de reculer.

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Je travaille à l'AFPA depuis 2001 en tant que formateur en Infographie. L'"Infographiste Metteur en Page" est celui qui met en page des publicités des magazines, et tout ce qui s'imprime. En 2001, je me lançais dans la formation après avoir exercé 7 ans comme exécutant PAO et intégrateur WEB, et on me donnait la chance de rentrer à l'AFPA. A l'époque, il y avait une formation initiale des formateurs à la pédagogie de plusieurs mois et on pouvait suite à un contrat à durée déterminé encore déboucher sur un contrat à durée indéterminé car il se créait des postes, pour répondre à des modes de financements de parcours stagiaires plus surs au long terme. Aujourd'hui en 2019, il y a beaucoup plus de contrats de travail précaires chez les formateurs car les modes de financement des formations se sont raréfiés. Tout est éphémère et même les plateaux techniques ont été évoqués comme pouvant être mobiles. Les financements majoritaires que sont devenus les appels d'offres des régions, imposent de tirer les prix vers le bas et empêchent de construire, de développer sur le long terme des contenus pédagogiques et des plateaux de qualité. Dans l'ambiance actuelle, affolée, hyperactive, sur des activités multiples et simultanées, à la limite permanente du burnout, de nouvelles vocations pour devenir formateur deviendront de plus en plus rares, les premières expériences devenant des challenges intenables sans accompagnateur expérimenté, parfois sans ressources pédagogiques, comme s'il commençait seul à zéro dans une structure vide. Le déclassement de ce secteur social dû aux différentes mesures qui ont morcelées la formation en la jetant dans le privé, à la numérisation des contenus, à la montée de l'exigence technique des compétences professionnelles va laisser de nombreux métiers disparaître, et la mémoire de leur culture avec. Le remplacement des titres professionnels découpés en certificats de compétences insuffisants pour trouver du travail, ne suffiront plus à convaincre les entreprises face à des études longues initiales. Agés, les gens n'auront plus de seconde chance dans la vie car le compte épargne temps est une misérable cagnotte tout juste bonne à financer quelques perfectionnements de quelques semaines sauf à attendre dix ans et avoir changé de projet. Le travail ne paie plus, le sens de l'effort ne paie plus. Le goût du travail bien fait devient abstrait car les objectifs de ce travail se noient dans des processus complexes. La notion de métier devient floue. Les compétences qui aujourd'hui remplacent les vraies cultures métiers sont jetables. Comment recréer des vraies valeurs pérennes ? Probablement au travers d'une forme de prise de conscience et de résistance collective qui ne concevraient pas le néo-libéralisme actuel comme une fatalité. Les politiques de gauche et de droite comme des résignations, et la vie professionnelle comme l'attente de la retraite. Il y a des alternatives à la casse sociale des gouvernements qui détruisent l'état protecteur. Cela commence par changer les mentalités et apprendre à dire non, à cesser d'avoir peur. Un mouvement comme les gilets jaunes est un début intéressant de reprise en main du pouvoir. A tous les étages, on peut dire non. L'acceptation de la fatalité de la loi du marché destructrice est un crime, une démission, une lâcheté face à toutes les hiérarchies toutes inféodées même au plus petit niveau. Le marché, ce truc qui n'existe pas. Oui ! Le marché est juste une théorie politique de merde, une abstraction remplaçable. Il n'y a pas de marché, il y a juste des gens qui travaillent.

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