Sur l’instauration d’un livret citoyen pour le jeune

Le progrès est en marche.

L’idée me plait tellement que je dois confesser un léger tiraillement de jalousie à ne pas l’avoir eue avant Monsieur Hollande.

Notre brillant Président vient de lancer ce jour une nouvelle – et lumineuse – initiative, laquelle consiste à doter chaque jeune d’un livret citoyen, dénommé, provisoirement, « carnet d’engagements ».

Il s’agira, pour chaque citoyen âgé de 16 ans, de se voir remettre un livret sur lequel il pourra porter les actions entreprises, (gratuitement, bien sûr, faut pas pousser non plus) au service de la collectivité.

On ne pouvait à l’évidence concevoir mesure plus urgente à mettre en œuvre et je tenais, publiquement, à féliciter Monsieur Hollande, qui s’est réservé, en cette semaine de commémoration, la primeur de l’annonce d’un tel dispositif, d’avoir eu le courage de lancer un tel trait de génie.

Ce faisant, il traduit d’ailleurs le souci qu’il a d’inscrire la France dans son histoire et de remettre au goût du jour une tradition injustement tombée dans l’oubli : celle du livret ouvrier.

Apparu pour la première fois le 17 août 1781, sous la juste pression des ancêtres du MEDEF et d’ALLIANCE, il prenait la forme d’un petit cahier identifiant l'ouvrier, enregistrant ses sorties et ses entrées chez ses maîtres successifs lors de son tour de France.

L’ouvrier était tenu de faire viser son dernier congé par le maire ou son adjoint, et de faire indiquer le lieu où il proposait de se rendre. Tout ouvrier voyageant sans être muni de ce viatique régulièrement tenu était réputé vagabond, et pouvait être arrêté et puni comme tel.

Ce petit opuscule a permis, n’en doutons pas, de mater, en ces temps troublés où les prolétaires s’imaginaient des droits, la revendication ouvrière et d’inculquer aux sans-dents le nécessaire respect dû au capital et à ceux qui le protègent.

On ne peut donc que se féliciter de voir une si bonne idée remise au goût du jour.

Certes, ce n’est pour l’heure que sous une forme édulcorée, puisqu’il faut malgré tout compter avec la résistance stérile de ceux qui ne manqueront pas de crier au scandale et de soutenir que les enfants n’ont pas être scrutés comme du bétail par l’Etat.

Cependant, nul doute que le bon sens triomphera et que cette timide avancée vers un contrôle plus efficace de la graine de djihadiste qui encombre nos écoles prendra prochainement une ampleur de bon aloi.

Dans cette perspective, je me permets de suggérer quelques améliorations au dispositif.

Tout d’abord, il paraît insuffisant de n’inscrire sur ce carnet d’engagement que les actions positives accomplies par le jeune. Il faudra également y porter l’absence d’actions, laquelle témoigne à l’évidence d’une personnalité asociale, rétive au vivre ensemble, donc dangereuse par nature.

Dans le même ordre d’idées, il serait stupide ne pas mentionner sur ce petit livret les mauvaises actions, les mauvaises paroles, voire les mauvaises pensées, dont le jeune se serait rendu coupable. Cela constituerait un outil si pratique de recensement des mauvais citoyens que cela serait dommage de s’en priver.

Dans un deuxième temps, une fois que les crédits nécessaires auront été débloqués, il conviendra de faire entrer cette merveilleuse idée dans le 21ème siècle.

Pour l’heure, en effet, admettons-le, le media choisi – un livret – apparaît furieusement daté et nous prive des magnifiques avancées que la science et la technique nous offrent.

A l’évidence, il serait infiniment préférable de tabler sur la technologie et de prévoir le remplacement du carnet par une puce RFID, qui serait implantée définitivement sur chaque écolier.

A cet égard, d’ailleurs, je trouve dommage que l’on réserve le bénéfice de la mesure aux seuls suspects citoyens âgés de plus de seize ans.

Est-ce à dire qu’il ne faudrait se méfier des jeunes qu’à partir d’un certain âge ?

Je m’inscris résolument en faux à l’encontre d’une telle assertion. Il apparaît chaque jour plus évident que l’anti-France trouve refuge chez des gens de plus en plus jeunes et je ne vois pas quel argument rationnel devrait nous prévenir de traquer les déviances dans l’ensemble de la population française.

Au demeurant, réserver à ceux qui sont âgés de 16 ans et plus le bénéfice de la mesure constituerait une discrimination fondée sur l’âge, évidemment inacceptable dans la patrie des droits de l’Homme.

Il conviendra donc, dans les meilleurs délais, de prévoir, dans chaque maternité, un service gouvernemental chargé d’implanter, chez tout nourrisson, une puce, dotée d’un micro et d’une caméra, laquelle permettra, en temps réel, d’être informé des déplacements, des propos et des actions de ces petites personnes susceptibles de présenter un danger potentiel pour nos valeurs et notre civilisation.

Cela constituerait, à l’évidence, un premier pas vers la sécurité de tous nos concitoyens, mais toute personne censée reconnaîtra son évidente insuffisance.

Savoir ce que les apprentis terroristes font en temps réel sera évidemment une avancée indubitable mais, que ferons nous pour les empêcher de nuire lorsque nous constaterons qu’ils empruntent gaillardement la pente fangeuse de la détestation du pays qui leur a pourtant donné son sein bienveillant.

Resterons-nous les bras croisés à les voir refuser de chanter la marseillaise, insulter le drapeau et rire devant les discours du chef de l’Etat, tous comportement qui mènent inéluctablement vers le meurtre de masse et/ou l’apologie de la terreur ?

Que nenni ! Gouverner, c’est prévoir et il serait quand même absurde de mettre en place un outil de contrôle performant pour ne rien pouvoir en faire au moment crucial.

C’est pourquoi je propose que le dispositif technique implanté sur chaque nourrisson comporte une fonction permettant la destruction du porteur si celui-ci s’avérait de se livrer à des comportements de nature à porter atteinte à la sûreté de l’Etat.

Ainsi, face à toute situation potentiellement inquiétante, le représentant de l’Etat pourrait, à titre préventif et dans le but de protéger les valeurs de paix, de liberté, d’humanité et de tolérance qui fondent la République et nourrissent l'âme de chacun de ses concitoyens reconnaissants, décider de l’annihilation du suspect.

La France, comme le dit si bien Monsieur Finkielkraut, le grand dramaturge, est notre maman à tous.

On lui doit le respect, sinon, c’est la baffe !

Et d'ici là, le jeune, fais gaffe à ta gueule; on t'a à l'oeil.

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