IMPARTIALITE, DEONTOLOGIE ET TRANSPARENCE

 

 Monsieur Vincent Nioré, avocat au Barreau de Paris, chargé par l’Ordre de contrôler l’accomplissement des perquisitions effectuées aux cabinets des avocats, a cru devoir répondre aux questions posées par Madame Olivia Dufour, dans le cadre d’une interview, diffusée le 18 décembre, sur le site de La Gazette du Palais, à l’adresse ci-dessous.

  http://www.gazettedupalais.com/services/actualites/vie_pro/e-docs/00/00/35/44/document_actu_pro.phtml

 Dans cette interview, qui portait sur l’attitude de la défense de Monsieur Georges Tron, lors de l’audience tenue la semaine dernière devant la Cour d’assises de Seine Saint Denis, Monsieur Nioré, qui n’a pas assisté à une minute des débats, nous livre cependant une puissante analyse de ce que doit être la défense, la vraie, « dans toute sa splendeur »

 Il justifie et approuve ainsi, sans avoir pu l’observer à aucun moment, celle qui fut exercée toute la dernière semaine durant.

 Il justifie ainsi une défense brutale, une défense où l’on grogne, où l’on souffle, où l’on grommelle jusqu’à couvrir la voix des témoins, où l’on braille, où l’on interrompt tout le monde, où l’on terrorise chacun, où l’on raconte, en Droit, n’importe quoi mais toujours très vigoureusement et à grands renforts de principes généraux que l’on ne respecte que lorsqu’ils vous conviennent, en roulant des yeux, en criant très fort, en se permettant tout, sans limites aucune.

 Tout cela, qui constitue l’essence du débat judiciaire mené par la défense de Monsieur Tron lors de la dernière semaine, Monsieur Nioré le déclare parfaitement ordinaire et pour ainsi dire admirable, en balayant tout argumentaire qui pourrait être en désaccord avec le sien.

 Aux assises, « Si tu cognes, tu gagnes » nous dit-il, citant Nougaro.

 Cela n’eut pas été bien grave, s’il s’était arrêté là.

 Après tout, chacun peut bien avoir son opinion sur la défense.

 On peut la préférer virile, à base de gueulante, de haussements du menton et de testostérone, oublieuse du droit et seulement respectueuse de la force brute ou l’on peut la préférer digne, civilisée et un peu plus subtile. C’est une affaire de choix et de réflexion. C’est individuel.

 Mais Monsieur Nioré ne s’est pas arrêté là.

 Emporté par son élan, il s’est risqué à cette appréciation.

 « Quant à l’invocation d’un « terrorisme judiciaire », pardon, mais c’est une authentique ânerie qui révèle l’impuissance des parties civiles à suppléer la faillite probatoire d’un procès bancal. Chacun doit comprendre que le procès criminel est de manière inhérente le lieu de l’expression d’une violence judiciaire. »

  Cette affirmation me semble, en tant qu’humble membre de mon Ordre, parfaitement déplacée.

 Monsieur Nioré n’intervient, me semble-t-il, au soutien d’aucune des parties. Il n’a aucune connaissance du dossier. Personne ne l’a vu à l’audience. Il ne sait donc absolument rien de ce qui a fait la matière de ce procès, qui n’a pas encore réellement commencé, puisque les accusés n’ont même pas été interrogés sur le fond.

 Il ne sait rien non plus, ni de l’attitude de la défense durant les quatre jours qui ont abouti au renvoi, ni de l’usage qu’elle a fait des prétendues déclarations du Président, ni même de ce qui a valu, ab initio, aux accusés d’être renvoyés devant la Cour d’assises.

 Pourtant, il n’hésite pas à affirmer que les parties civiles se trouveraient dans une situation de faillite probatoire, développant ainsi une théorie qui ne repose sur rien d’autre que la propre opinion de son auteur.

 Au coin d’un bar, un soir pluvieux, cela ne m’aurait pas dérangé.

 Venant de quelqu’un dont le chapeau de l’interview rappelle qu’il est délégué du bâtonnier de Paris aux contestations des perquisitions chez l’avocat depuis 2008, je trouve la prise de position quelque peu dérangeante.

 Pour dire le vrai, elle me scandalise profondément.

En effet, à partir du moment où l’on croit bon de se prévaloir d’une fonction officielle, celle-ci doit vous conduire à afficher une position impartiale.

Venir, dans ce cadre, donner votre opinion sur une prétendue faillite probatoire et l’imputer aux parties civiles me semble quelque peu aventureux.

 C’est encore davantage perturbant lorsque, à aucun moment, il n’est mentionné dans cet article que, dans le cadre de cette mission confiée par le Bâtonnier, qu’il exerce depuis maintenant neuf ans, Monsieur Nioré a eu l’occasion d’assister Monsieur Georges Tron, dans le cadre des opérations de perquisition menées à son encontre, en 2011, soit au tout début de ce dossier.

 Monsieur Nioré a donc participé, en tant qu’autorité mandatée par l’Ordre des avocats au Barreau de Paris, à une perquisition qui figure dans la procédure.

 Cette intervention dans la procédure aurait, à elle seule, dû le prévenir de formuler, de façon aussi partiale et biaisée, une opinion aussi parfaitement dénuée de fondements que la sienne.

 Qu’il n’ait même pas eu l’idée de faire part au public de cette intervention me permet de m’interroger sur le sérieux de cette interview ainsi que les motifs qui la gouvernent.

 Qu’est-ce qui a bien pu conduire Monsieur Nioré à apporter ainsi un soutien, non à des Confrères attaqués dans leur mission de défense, mais aux accusés eux-mêmes ?

Qu’est-ce qui l’a poussé à le faire en se prévalant des missions que l’Ordre lui confie ?

 Qu’est-ce qui l’a incité à dissimuler son intervention dans la procédure, lorsque celle-ci venait de démarrer ?

 A l’inverse de Monsieur Nioré, qui peut être parfaitement affirmatif sur des points dont il n’a pas la moindre idée, je ne formulerai pas même une hypothèse.

 Je déplore néanmoins l’épisode. 

Vincent OLLIVIER

Avocat de Madame Virginie ETTEL, partie civile

 

 

 

 

 

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