Arago vers le Nouveau Monde.

Quand pouvoir inquiet de la contestation, lui souvent faire ainsi.

C’est un fait suffisamment rare pour être souligné. Mardi 22 mai 2018, à Paris, plus de cent personnes se sont vues placées en garde à vue pour exactement le même motif, dans une uniformité bureaucratique écrasant triomphalement tout sur son passage.

Un chiffre qui rappelle les plus grandes heures de la répression européenne du crime organisé, un chiffre qui laisse espérer une opération d’ampleur, l’aboutissement d’une longue enquête dirigée contre de dangereux malfaiteurs.

Hélas, non. Ce sont des manifestants et des journalistes, mineurs pour une partie, jeunes pour l’ensemble, qui ont commis le crime – inexpiable  dans l’ambiance actuelle – d’avoir voulu organiser dans un lycée une assemblée générale, une assemblée générale toute bête, une assemblée générale identique à celle dont on s’épuise aujourd’hui à célébrer la tenue, en 1968.

Appelée par le chef de l’établissement, qui craignait pour la sécurité, la maréchaussée est intervenue avec fracas et a embastillé, pendant de longues heures, pendant des jours interminables, tous les occupants.

Trois tablettes numériques auraient été volées, une vitre aurait été cassée, des chaises et des tables auraient été déplacées. On mesure l’ampleur du désordre.

Cette opération formée de lycéens et d’étudiants aurait dû, dans un monde normal, se solder, dans l’hypothèse d’une intervention de la police, par un relevé d’identité et le renvoi de tout ce petit monde chez lui.

Mais nous ne sommes plus dans un monde normal.

Aujourd’hui, cette pochade adolescente, devenue un délit grâce aux bons soins de Monsieur Estrosi, au temps où il existait encore, a justifié, pour certains, jusqu’à 60 heures de contrainte policière et judiciaire, tout cela pour des motifs aussi inconsistants qu’un discours politique en campagne.

Aujourd’hui, prévoyance est, judiciairement parlant, mère de sûreté.

Dans ce monde étrange où nous sommes à présent, posséder du sérum physiologique est le signe que l’on s’apprête à commettre des violences, ce qui revient à dire que la possession d’un mouchoir implique l’intention de propager le virus du rhume.

Dans ce monde ubuesque, avoir un masque qui protège des gaz dont la police arrose aujourd’hui les manifestants est le signe que l’on va commettre des violences, comme si on reprochait à un plongeur sous-marin de s’équiper en oxygène.

Dans ce monde futuriste, il n’est plus besoin d’avoir commis le moindre acte répréhensible, il suffit d’avoir approché la foule, de s’être trouvé là, pour être soumis aux critères vagues des délits inventés pour réprimer les mouvements sociaux, pour être privé de sa liberté pendant plusieurs heures, plusieurs jours et, pour les plus malchanceux, plusieurs mois, voire plusieurs années.

Emmanuel Macron, notre jeune Président Moderne, dont on sent qu’il se complait dans son rôle de papa de la Nation, n’est pas un papa progressiste, désireux du bonheur de sa progéniture, soucieux de la comprendre, heureux de lui parler.

C’est au contraire un père sévère, ancré dans des principes irréfléchis, persuadé d’avoir raison – ce qui est le point commun de tous ceux qui ont tort – et prêt à faire appliquer sa volonté à coups de cravache, en tapant jusqu’à ce que ça arrête de gueuler, jusqu’au sang, si besoin.

Nous sommes entrés dans une ère de dressage.

Mais aucun d’entre nous n’a besoin d’être dressé.

Être éduqués nous suffirait.

Mais c’est manifestement bien trop dangereux.

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