Al-Lât, divinité protectrice de l'État Français

La propagande de « l'État Islamique » n'aurait pas fait mieux. La DGSI a cru bon de baptiser sa nouvelle cellule, en pointe de la lutte contre Da'ech, du nom d'une déesse pré-islamique citée dans le Coran. Si l'anecdote en dit long sur la fatuité de nos hauts fonctionnaires, elle pose surtout question quant à la participation des musulmans à la conscience intellectuelle de notre pays.

Une société brutale, entièrement vouée au divertissement des plus riches, au culte d'idoles solidaires de leurs intérêts marchants. Telle était la société mecquoise du septième siècle, celle que le Prophète Mohammed parvint à transfigurer grâce à une révélation qui refondait le message monothéiste. Pour 1,6 milliards de musulmans, trois noms évoquent cette société obscure, engloutie par l'avènement de la Civilisation : al-'Uzza, Manât et al-Lât. Trois divinités pré-islamiques que le Coran mentionne (L'Etoile, verset 20), parce qu'elles faisaient alors partie du paysage religieux. Quelques 1400 ans se sont écoulés depuis, et tant de bouleversements historiques, que les historiens s'efforcent de reconstituer en leur donnant sens. Mais pour les musulmans, tout cela importe peu. Dieu s'est adressé aux humains dans un contexte déterminé, mais Sa parole porte en elle une validité transhistorique. Le musulman constate, où qu'il mène son existence : cette parole n'en finit pas de se réaliser.

Pour un lion de pierre…

Article du Monde daté du 28 novembre 2015 : « L'antiterrorisme français est en état de mort clinique. (…) "Nous n’avons pas des structures qui ont été pensées pour un tel phénomène de masse. " (…) Pourtant, dans la discrétion, la DGSI s’est donné les moyens d’un meilleur ciblage. Depuis quelques mois, la cellule "Allat", du nom d’une déesse syrienne préislamique, traite des objectifs de la zone irako-syrienne. Les huit principaux services français sont réunis dans une même pièce. "Chacun amène ses objectifs, chacun apporte ses billes et peut se connecter à ses bases de données. Le travail est extrêmement opérationnel". »

Le lion de Palmyre, dynamité par Da'ech. Le lion de Palmyre, dynamité par Da'ech.

Quelques mois plus tôt à Palmyre, l'État Islamique avait dynamité un lion de pierre monumental de trois mètres de haut. Ce grand lion avait su retenir l'attention des médias globalisés, qui depuis longtemps ne savaient plus quoi dire sur la guerre en Syrie. On avait interviewé des archéologues, qui avaient identifié formellement la victime : la statue s'appelait le Lion d'al-Lât. Au même moment, des technocrates de la BLAT (Bureau de la Lutte Anti-Terroriste) fondaient une nouvelle cellule pour lutter contre Da'ech, une « Agence de Liaison », qu'ils baptisèrent ALLAT. Une déesse syrienne pré-islamique, ils trouvaient ça très chic. Apparemment, personne ne les avertit qu'al-Lât était d'abord une référence coranique, avant d'être une découverte archéologique. Ou peut-être quelqu'un tenta de les avertir, et on le regarda de travers parce qu'il connaissait le Coran, parce qu'il semblait penser comme les terroristes. Personne ne sut leur expliquer que ce n'était pas une très bonne idée, pour lutter contre un mouvement d'inspiration littéraliste, recrutant chez une jeunesse déjà acquise à la théorie du complot. D'ailleurs, comment nier l'existence d'un complot, si les ennemis de l'islam ont le pouvoir de choisir le nom d'une cellule au plus haut niveau de l'État? Moi le musulman, je n'en sais rien, et de toute façon je n'y peux rien. Je sais simplement qu'il en est de la volonté d'Allah, qui a choisi d'éprouver les musulmans de France.

La propagande de Da'ech

On parle souvent de la « propagande de Da'ech », comme si l'organisation terroriste déversait son message en flots continus. Une propagande venue d'ailleurs, du Yémen, d'Irak et d'autres contrées lointaines. Une propagande si insidieuse que, malgré toutes les barrières posées à son déploiement, elle parviendrait toujours à atteindre les musulmans, par une sorte de télépathie surnaturelle… Les spécialistes, avec leurs loupes et leurs microscopes braqués sur le musulman, sont naturellement incapables de saisir l'essentiel. Si cette insaisissable propagande est si efficace, c'est souvent que la réalité parle d'elle-même.

Que vous le vouliez ou non, les musulmans sont intimement convaincus de ce qu'énonce la parole d'Allah. Ils contemplent le monde qui les entoure et sont quotidiennement renforcés dans cette certitude, que vous le vouliez ou non. Souvent vos actes-mêmes, à leurs yeux, accomplissent la parole d'Allah. Et ils ne peuvent pas vous le dire, car vous le prendriez mal. Les musulmans doivent vivre avec vous, ils sont liés à vous dans une dépendance mutuelle. Car indépendamment même des règles de la laïcité, Allah les interrogera au Jour du Jugement sur leur comportement.

Pour aménager l'inconfort de cette situation, dans leur interaction quotidienne avec les non-croyants, les musulmans développent souvent une bienveillance de principe, mêlée de pudeur, qui correspond aux enseignements de leur religion. Ils choisissent de ne pas voir certaines choses, celles qui ne les concernent pas, toutes les choses auxquelles ils ne peuvent rien. Et c'est en grande partie ce qui détermine les contradictions des musulmans, leurs complexes, les paradoxes de leur posture dans la société française - ce que certains prennent pour de la duplicité. Pourquoi les musulmans n'assument-ils pas leurs responsabilités? Pourquoi n'apprennent-ils pas à la DGSI ce qu'elle devrait savoir pour mieux lutter contre Da'ech? Sauf que pour un musulman vivant en Europe, rien n'est jamais aussi simple. Souvent, le musulman a appris à ne pas dire ce qui lui saute aux yeux, afin de s'intégrer harmonieusement dans la société laïque. D'ailleurs, ce phénomène n'a rien de spécifique à l'islam : cette expérience est le lot de tous les croyants, de tous les monothéismes, qui doivent vivre dans une société séculière. Simplement pour les musulmans, qui sortent encore d'une expérience de migration, l'inconfort n'est pas aménagé.

La « propagande de Da'ech » n'a donc pas besoin d'être omniprésente, et c'est sa force : il lui suffit de rappeler au musulman ce qu'au fond il sait déjà, pour le surprendre dans sa compromission. Et ce n'est pas pour autant un soutien gagné pour Da'ech. Lorsque l'inconfort de la compromission devient trop douloureux, le musulman se carapace dans une religiosité plus stricte, suivant l'exemple de Noé :

« Puis il fut révélé à Noé : Plus personne ne se convertira parmi ton peuple, à part ceux qui avaient déjà cru. Ne t’afflige donc point de ce qu’ils faisaient ! Construis l’arche sous Nos yeux, d’après les directives qui te seront révélées ! Et n’interviens plus en faveur des impies, car ils sont voués à être noyés ! » (Coran, Houd 36-37)

Depuis les attentats du 13 novembre, l'État Français pointe du doigt le salafisme nommément. On entend interdire aux musulmans de construire des barques dans le désert. En agissant de la sorte, l'État ne fait que convaincre les aventuriers de la foi que leur destin, l'Arche qu'ils doivent rejoindre, est ailleurs. Peut-être pas d'emblée dans cet « État Islamique » si décrié de tous, mais en tous cas dans des contrées lointaines dont ils ne savent à peu près rien, où ils seront le jouet de toutes les manipulations. On se souvient que les assassins de Charlie Hebdo ne se souciaient pas vraiment de savoir qui, d'Al-Qaida ou de Da'ech, avait commandité leurs opérations. Dans cette politique sécuritaire, qui s'invente un ennemi lointain pour ne pas regarder ses propres contradictions, l'État est encouragé par des élites musulmanes et des organisations instituées, qui espèrent ainsi renforcer leur position. Mais ces organisations seront bien incapables le jour venu - et elles le sont déjà aujourd'hui - de rassembler les brebis égarées. Et ce pour une raison très simple : les trajectoires terroristes sont des histoires françaises. Souvenez-vous des enregistrements de Mohammed Merah, de la complicité presque amicale avec son interlocuteur des Services du Renseignement. Souvenez-vous de Coulibali, de son rapport aux journalistes, de sa rage de témoigner aux médias sur le quotidien de la prison. Souvenez-vous de Kouachi, l'enfant de la DAS, et de son « regard très doux » recueilli par Sigolène Vinson dans les bureaux de Charlie Hebdo. Tous ces enfants de la France avaient un rapport affectif aux instances-mêmes chargées de leur propre surveillance. Mais les élites musulmanes actuelles sont trop lâches, trop étriquées dans leur expérience de la société française, pour le reconnaître et pour le dire.

Une anthropologie de l'Europe

Afin de lutter à armes égales contre la propagande de Da'ech, il faut cesser d'encourager l'anthropologie de l'islam, dont la logique génère toujours, par cooptation, le même profil d'élites intellectuelles musulmanes. Ce qu'il faut développer au contraire, c'est une véritable anthropologie de l'Europe, menée par des musulmans. Car ce n'est pas un hasard si l'Europe, à l'heure où l'allié américain perd inéluctablement sa suprématie mondiale, est rendue folle elle-aussi par le chiffon rouge de l'islamisme sarrasin. Il nous faut une anthropologie capable d'aider la France et l'Europe à retrouver sa place dans le monde, rompant avec la nostalgie de la grandeur passée. Une Europe réconciliée avec ses origines monothéistes, ayant remis à sa place le spectre de l'empire Romain, et enfin capable de nouer des relations harmonieuses avec les autres, comme au Moyen-Âge les musulmans en furent capables, de l'Afrique à l'Extrême-Orient. Au lieu de donner l'injonction aux musulmans de former un « islam des Lumières », il faudrait les laisser nous guider dans un inventaire critique de ces Lumières, et commencer par en démystifier l'origine anthropologique.

À un moment donné de son histoire, la chrétienté a ressenti le besoin d'ancrer sa « Renaissance », par delà un Moyen-Âge dominé par l'islam, dans une filiation imaginaire à l'antiquité gréco-romaine. Et ce réflexe est devenu la manie des Européens, leur rapport au monde, y compris aux nouveaux territoires conquis. Une déesse Syrienne, c'est objectivement très chic. D'un point de vue anthropologique, cette coquetterie de technocrate relève du même trait culturel que la fusée Ariane, le programme Erasmus ou le métro Météor : on ré-enchante la technicité moderne par des références puisées dans un passé lointain, un ailleurs exotisé, support de toutes les projections. Les Européens ont du mal à imaginer que l'on puisse entretenir un autre rapport à l'histoire, et que les Syriens ne soient pas touchés par cet hommage à leur glorieux passé. Face à ceux qui détruisent les temples, ne représentons-nous pas la civilisation? Si le conflit avec Da'ech s'organise sur cette ligne de front symbolique, c'est pour des raisons historiques structurelles.

L'un des corollaires de cette manie antiquisante est que les Européens se sont aliénés l'Ancien Testament. Ils ne comprennent plus l'histoire d'Abraham, de Noé et de Moïse, toutes ces histoires de lutte contre les idoles, dans le prolongement desquelles se situe explicitement le message coranique. D'où les noces imprudentes de la déesse al-Lât et de la DGSI. La chrétienté a oublié les raisons valables qui lui avaient fait rejeter la pensée d'Aristote et le paganisme gréco-romain. Certes, l'éclosion de la réforme protestante s'inscrivait déjà contre cette évolution, trois siècles après Thomas d'Aquin. Mais les guerres de religion n'ont jamais pu restaurer la conscience historique de ce qu'avait été l'Empire Romain, cette évidence commune du Moyen-Âge, qui permettait alors une conscience monothéiste partagée. Le développement de la « science », au sens moderne, a transformé trop radicalement les subjectivités, coupant l'Europe de son histoire. Cette science maudite, qui sépare de son corps la conscience de l'homme et l'amène à détruire son environnement, découle nécessairement de la réintroduction d'Aristote dans la pensée chrétienne. Or les véritables artisans de cette réintroduction, à commencer par le fameux Averroès (1126-1198), sont des penseurs musulmans : ils appartiennent à une histoire intellectuelle aujourd'hui totalement délaissée par l'Europe. Mais Ibn Taymiyya (1263-1328), que l'Arabie Saoudite et les Salafistes tiennent pour référence, est l'héritier autant qu'Averroès des controverses entre Ghazalî et l'Aristotélisme.

L'une des caractéristiques fondamentales de l'impasse actuelle est la manière dont les Européens dissocient systématiquement la question islamiste et la question environnementale, deux problématiques qui, vues d'Europe, sont profondément intriquées dans leur genèse historique. Lorsqu'un organisme est touché par un dérèglement généralisé, il est parfaitement absurde de traiter deux pathologies concomitantes comme si elles étaient indépendantes. C'est pourtant dans cette approche que s'obstine aujourd'hui la subjectivité européenne.

Un destin pour Paris

Si l'on réfléchit un instant à la place de la France dans la conscience occidentale globalisée, celle-ci apparaît un peu, du fait de l'importance relative des penseurs français, comme ce qu'était la Kaaba dans la société mecquoise : une boite noire renfermant toutes les idoles, al-Lât, Hubbal, Manât et les autres. En l'an 630, huit ans après l'Hégire, le Prophète vainqueur put revenir dans sa ville natale et détruisit ces trois-cent-soixante idoles de bois, à l'exception de deux icônes, l'une représentant la Vierge Marie et l'enfant Jésus, l'autre représentant Abraham. On raconte que les statues s'effondraient d'elles-mêmes, tandis que le Prophète prononçait ce verset coranique (17, 81) : « Voici que la Vérité est venue et que l’erreur a disparu! Certes, l’erreur est vouée à disparaître. » Un verset aux accents cartésiens, à ceci près que le sujet victorieux n'est pas un cogito surplombant, plutôt l'Histoire humaine voulue par Dieu.

À Paris aussi, il est des lieux où les idoles se détruisent d'elles-mêmes. Dans la plupart des villes du monde, les universités se limitent à reproduire les idoles scientifiques de la modernité, à renforcer leur pouvoir en plaçant foi dans leur pertinence. Mais Paris est une arène où ces idoles sont mises en concurrence les unes avec les autres, dans un vaste jeu de massacre : un lieu où la sociologie attaque les présupposés culturalistes, et l'anthropologie en retour ceux de la sociologie, attaquant aussi les présupposés historiographiques, et l'histoire à son tour les impensés de l'économie, tandis que l'interactionnisme affronte ceux de la psychiatrie. Dans certaines conditions, cette anthropologie générale converge vers une épistémologie englobante, assez vaste pour contenir à la fois les sciences de la nature et celles de l'homme : une écologie de l'esprit.

Mais si Paris est le lieu d'une vaste refondation écologique des savoirs humains, elle est aussi la ville qui maintient l'islam à l'écart de cette refondation. Les études sur l'islam demeurent des lieux de conservatisme monodisciplinaire et de vulgarité intellectuelle. Le positivisme y est la règle, la réflexivité épistémique et la réflexivité d'enquête y étant l'exception. Depuis les années 1960, les différentes disciplines se sont partagées ce territoire laissé vacant par l'Orientalisme, comme autrefois les grandes puissances celui de l'Empire Ottoman. Et comme dans toutes les structures d'un pays à la démographie vieillissante, les jeunes « issus de l'immigration » sont sélectionnés pour leur capacité à donner une cure de jouvence à des théories usées jusqu'à la corde. Ainsi rentrés au CNRS, leur radicale outrecuidance consistera à appliquer la vieille méthode du Suicide de Durkheim à l'islamophobie dont ils étaient victimes, comme si la déesse Sociologie pouvait leur être d'un quelconque secours. Pendant ce temps, les vieux chercheurs du baby-boom se gargarisent de leur bienveillance à l'égard des « jeunes », et les médiévistes s'érigent en gardiens de la mémoire d'une transmission arabe d'Aristote - quitte à rouer le pauvre moine Gouguenheim de mille coups de bâtons. Mémoire parfaitement inutile, puisqu'elle reste prisonnière de l'érudition médiéviste, incapable de dialoguer avec la théologie musulmane. Le champs des humanités est ainsi structurellement verrouillé, notamment pour les étudiants doués portés par la foi musulmane. Ceux-ci sont courtoisement invités à s'orienter vers des études scientifiques, afin de se rendre utiles comme ingénieurs-informaticiens. Et de là, pour certains, vers des écoles de pilotage aérien.

Olivier Roy a raison de le remarquer : nous n'avons pas affaire à une radicalisation de l'islam, plutôt à une islamisation de la radicalité. Mais la radicalité de l'exigence intellectuelle, pour sa part, échoue structurellement à s'islamiser, et il faudrait s'interroger pourquoi. Il faudrait comprendre pourquoi la seule radicalité qui s'offre aux jeunes intellectuels musulmans, dans les couloirs de l'université française légitime, est une bouillie « décoloniale », nouvel adjectif à la mode sur certains campus anglo-saxons et chez les « Indigènes de la République ». Une pseudo-radicalité qui balaie d'un revers de la main Gregory Bateson et Jacques Bouveresse, parangons de l'Occident de race blanche. Une radicalité façon Houria Bouteldja, en somme, avec son incomparable bagou : je suis radicale, parce que je le vaux bien.

La société humaine ne ment pas

Ainsi la déesse al-Lât règne-t-elle au sommet de l'État Français, et personne n'est là pour s'en émouvoir. Il aurait pourtant suffi d'un nom, d'une seule personnalité intellectuelle reconnue, dès lors qu'elle eut été capable de dire « Je », en tant qu'intellectuel et en tant que musulman. Je refuse que le nom d'al-Lât figure au sommet de l'Etat dont je suis citoyen, je refuse de me laisser enrôler dans une guerre menée en son nom. Mais un musulman de service, par définition, ne sait parler que d'eux, les autres : « Avec ce nom, vous risquez de fâcher les fondamentalistes… ». Pris au piège de leur « habitus clivé », les élites musulmanes de ce pays ne savent plus s'exprimer qu'à travers les gesticulations ventriloques de Jeff Panacloc.

Une société entièrement vouée au divertissement des plus riches, à la vénération de théories scientifiques solidaires de leurs intérêts institutionnels et marchants. Une société qui, à l'extérieur de ses frontières, se déchaîne dans une brutalité aveugle, et dont la cohésion interne se fonde sur l'humiliation et la peur. Vous pouvez bien changer le nom de cette cellule de la DGSI, un détail imprévu finira toujours par trahir la vérité de la société française. Car si elle peut parfois se mentir à elle-même, la société humaine ne ment jamais longtemps à ceux qu'elle rejette, et qui sont toujours plus nombreux.

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