Une petite mise au point.

Au printemps 2015 - quelques temps après avoir été menacé de mort par le groupe fasciste "Riposte laïque" pour avoir pris la défense de migrants, et tout en ayant pris position contre l'état d'urgence et intervenu dans un meeting unitaire parisien à ce sujet - j'ai, contacté par certains de ses promoteurs les plus "à gauche", signé le "Manifeste pour un printemps républicain", tout en leur précisant qu'il ne me semblait pas possible de constituer un mouvement politique sur la base d'un texte d'une telle généralité.

Si je l'ai signé, c'est bien entendu parce que, l'ayant lu, j'étais et reste d'accord avec son contenu brut : les principes démocratiques, laïques, républicains, et nationaux dans un sens incluant toutes les dimensions portées par ces adjectifs, méritent effectivement une défense argumentée à l'encontre des deux extrêmes droites, l'officielle (RN et ses franges) et l'islamiste. Pour moi, cette défense relève d'une assise plus large, celle du combat pour la démocratie la plus radicale qui est synonyme de révolution sociale, et dont la laïcité, qui vise à la protection de la liberté des consciences et de leur formation, par un État qui n'inculque aucun dogme et aucun culte, est une composante déterminante.

Ceci étant, j'ai vite réalisé avoir fait une erreur en le signant, non pour son contenu, mais en raison de l'intention politique qui en avait en fait motivé l'écriture et la promotion, qui était bien la constitution d'un mouvement politique. Reconnaître une erreur ne me pose aucun problème, et outre un proverbe bien connu sur "les imbéciles", je crois que quand on se manifeste et agit beaucoup, on en fait forcément.

Mais j'ai tardé à le dire pour une raison bien précise : j'ai rapidement constaté que le thème du "printemps républicain" occupait la place d'une théorie du complot dans certains milieux, et servait, dans de nombreuses discussions, d'argument visant à interdire toute discussion, consistant à classer l'interlocuteur dans la catégorie diabolique et pestiférée. Je maintiens cette appréciation : le délire soulevé par le "Printemps républicain" dans certaines sphères "de gauche" était à l'image de leur propre inconsistance. Je ne regrette nullement quelques remises en place justifiées de modèles d'inanité intellectuelle n'hésitant pas à déformer et à inventer. Il y a sur le présent blog une belle série d'articles - de ceux qui ne passent jamais en Une, lol - sur ces sujets. J'en maintiens toute la substance et appelle à en discuter.

Mais si je ne regrette pas les arguments de fonds élaborés à cette occasion et qui restent valables et soumis au débat, néanmoins, tarder à prendre mes distances avec le projet politique en question pour cette raison n'était pas justifié. De toute façon, ceux qui pratiquent l'essentialisation du contradicteur pour éviter d'avoir à argumenter ne changeront pas pour autant : je ne serais plus pour eux "le type du Printemps républicain", mais "celui qui en a été" et ils continueront à fantasmer une macule éternelle imaginaire, évitant de penser. Si ce n'avait été celle-là, ils en auraient trouvé une autre.

J'ai déjà expliqué récemment tout cela sur les réseaux sociaux il y a quelques temps. Si je suis conduit à le faire précisément maintenant, sur mon blog de Médiapart, c'est parce que nous sommes à la veille d'un affrontement social, et donc politique, majeur, dans un contexte mondial en pleine modification de par l'irruption des "foules", et que dans ce contexte, il n'est pas anodin de s'associer avec Mme Pécresse et un secteur de LR, l'ancien parti officiel de la V° République, celle de la loi Debré, en expliquant que "parce que le clivage gauche/droite tel que nous l’avons connu a volé en éclats, nous avons vocation à fédérer des français qui il y a quelques années n’étaient d’accord sur rien et qui se retrouvent aujourd’hui rassemblés autour des mêmes combats." (Amine El Khatmi, au nom du Printemps républicain). 

Jusqu'à présent, n'en déplaise à ceux qui fantasmaient un grand complot à son sujet, la tentative de grouper un courant plus ou moins "vallsiste" n'avait guère de portée, mais là, nous avons le projet d'une alliance au dessus des classes et des partis, une de plus, à la veille d'un affrontement social et politique central. Ce projet est scellé non par la défense de la République démocratique et laïque, mais de la V° République. Dans trois jours, des millions de salariés, retraités, jeunes, précaires, vont entrer en action et se retrouver rassemblés contre la destruction des droits sociaux, pour un avenir à nos enfants, contre Macron et son régime et pour une vraie démocratie. Le combat laïque est là, dans le combat social et pas ailleurs.

C'est pourquoi je souhaite publiquement que mon nom soit retiré de la liste initiale des appelants à un "printemps républicain", l'union au dessus des classes et des partis pour sauver la V° République étant le contraire de tout printemps républicain digne de ce nom. Tout hiver bonapartiste se fera sans moi.

Je ferme cet article aux commentaires, et j'espère que plusieurs amis et camarades avec lesquels, dans un sens ou dans l'autre, on a pu se "fritter" autour de ces sujets, le comprendront : inutile de permettre un gaspillage d'énergie qui n'est pas nécessaire à trois jours d'une grève générale. Mais cela ne veut pas dire que ce débat n'est pas indispensable dans la perspective de "l'après" auquel nous aspirons. Mon récent article du 10 novembre "Laïcité : n'en déplaise, un débat incontournable" reste, comme les précédents évoqués plus haut, soumis au débat et je garde l'intention de répondre de manière argumentée à diverses remarques et critiques faites ici ou ailleurs, en sachant que dans l'immédiat, le temps manque un peu, mais que ceci reste tout à fait nécessaire.

VP, le 02/12/19.

 

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