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Billet de blog 6 sept. 2019

Sentsov, Koltchenko, Kostov … : il faut imposer la libération de tous !

Vincent Présumey
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Voila maintenant plusieurs semaines que la libération de Sentsov, ou de Koltchenko, ou des deux, est « imminente » et n’a pas eu lieu. Que se passe-t-il ?

Il se passe que Poutine fait monter les enchères. Et cela à la manière d’un chef mafieux, outrancière et grossière.

Il a demandé, et obtenu, que le gouvernement ukrainien de Zelensky concède la libération du dénommé Vichinsky, ayant la double nationalité russe et ukrainienne, qui était chef des services officiels de propagande russe (RIA-Novosti) en Ukraine.

Il a demandé, et obtenu, que le même gouvernement Zelensky concède la libération du dénommé Tsemakh, en vue que la Russie le reprenne bien qu’il soit uniquement de nationalité ukrainienne : c’est le témoin clef dans un procès possible de la destruction par missile du MH17, avion abattu au-dessus du Donbass par un missile russe en 2014, 298 morts, puisque ce personnage conduisait le « BUK » d’où est parti le missile.

Si le gouvernement ukrainien a un peu tardé à « libérer » cet individu, ce n’est pas parce que Zelensky faisait de la résistance, mais parce que les Pays-Bas, d’où venaient la plupart des victimes, exerçaient une forte pression diplomatique …

Pourquoi Poutine peut-il ainsi de permettre de faire monter les enchères ? La réponse tient en deux noms : Macron et Zelensky.

Macron est désormais clairement dans une ligne politique européenne de « main tendue » à Moscou, implicitement par-dessus Berlin et Varsovie. Le général De Villiers qu’il avait licencié en 2017 et toute la tribu des Asselineau, Dupond-Aignan, devraient lui tresser une couronne. A Poutine sont promis une « solution négociée » sur le Donbass ne disant mot de la présence-clé de troupes et de mercenaires de l’État russe, l’absolution sans phrases sur la Crimée, la levée, de fait ou de droit, des « sanctions », moyennant de petits « gestes » dont, précisément, cet échange de prisonniers qui n’a toujours pas eu lieu, bien que Zelensky libère ceux qu’il détenait avant tout échange, lui …

Zelensky est élu en raison d’un énorme ras-le-bol populaire contre l’oligarchie, un mot qui, en Ukraine comme en Russie, a un sens précis, désignant la couche sociale des anciens bureaucrates, capitalistes privés de maintenant, mafieux de toujours. Il a bénéficié, derrière lui, d’une conjonction d’oligarques, justement, de bords différents mais qui, de Kolomoïski, son premier parrain, à Akhmetov, toujours l’homme le plus riche d’Ukraine et parrain des groupes mafieux dans l’Est occupé et non occupé, l’ont poussé comme susceptible de « mettre fin à la guerre » en faisant les « compromis nécessaires ».

Quels sont les « compromis nécessaires » ? C’est ce que préparent Macron et Poutine pour le prochain sommet Russie-Ukraine-Allemagne-France. Il s’agit de « réintégrer » officiellement la « République populaire du Donbass » et la « République populaire de Louhansk » dans l’Ukraine mais en faisant accepter à celle-ci une « décentralisation », ainsi qu’une amnistie, par lesquelles ces deux régions seront en fait toujours sous contrôle de la mafia russe et prorusse.

Imaginons que la partition de l’Irlande, imposée à la nation irlandaise en 1922 via une guerre civile, n’ait pourtant pas placé ouvertement l’Irlande du Nord en dehors de l’Eire, mais au sein de celle-ci, sauf que les milices unionistes et, de manière ouverte ou masquée, les troupes britanniques, y seraient resté. Dans ce cas de figure, M. Johnson aurait aujourd’hui plus de facilité à faire son Brexit dur puisque l’Eire serait déjà dans la zone Sterling !

Une Ukraine « décentralisée » avec un Donbass toujours occupé de facto serait à nouveau un Etat faible faisant courroie de transmission pour la restauration de l’impérialisme russe, ce qui ne manquerait pas de soulever des fortes oppositions dans la population.

Notons bien qu’une telle « issue » serait un cadeau formidable à Poutine précisément maintenant, où la montée des manifestations en Russie pour des élections libres à tous les niveaux met son pouvoir fondamentalement en cause. Une Russie démocratique est une Russie qui reconnaît l’Ukraine unie et indépendante. Une Russie impériale et qui écrase ses opposants est une Russie qui pose sa patte sur l’Ukraine. Il ne s’agit pas que du Donbass, mais de l’Ukraine. Et de la Russie.

Quelques mois après son élection, Zélensky se trouve au pied du mur. Rien ne dit que Sentsov, Koltchenko et leurs camarades seront libérés. S’ils le sont, Zélensky espère un succès populaire, mais si c’est au prix de ce qui est en train de se tramer, le piège se refermera.

Un dirigeant national et démocratique mettrait toute cette diplomatie secrète, mais suffisamment grossière pour qu’il soit, sans aucune grande oreille, possible de tout dire comme nous le faisons ici, sous les yeux du public, et particulièrement sous les yeux du public russe dont la pression peut et doit s’exercer !

Poutine le sait très bien, qui multiplie suite aux manifestations les condamnations à la prison, en vertu du code pénal promulgué juste après l’annexion de la Crimée, dont le combattant Konstantin Kotov, qui vient d’être condamné à 4 ans en arborant fièrement en plein procès le portrait d’Oleg Sentsov, qui est un symbole en Russie aussi !

Konstantin Kotov a déclaré :

« Je crois que par ces actions, le régime est en train de creuser sa propre tombe. Si les moyens légaux de protestation sont complètement interdits, tôt ou tard nous verrons dans les rues de la ville non pas des actions publiques pacifiques, mais un soulèvement du peuple. » (Photo et déclaration rendues publiques en français par le Facebook de C. Ruggia, cinéaste agissant pour Sentsov).

Les mots de Konstantin Kotov disent à ceux qui espéraient que Zelensky ou Macron obtiendraient de grands résultats avec Poutine comment il faut s’y prendre.

Ils le disent aussi aux militants ouvriers à l’Ouest. Si le sort de Sentsov et Koltchenko est mis en balance avec celui de quelques flics et assassins dans une répugnante comédie diplomatique, c’est aussi parce que le mouvement ouvrier et syndical n’a pas joué son rôle comme il lui était arrivé, autrefois, en pleine guerre froide pourtant, de le jouer, quand il a fallu par exemple sauver Léonide Pliouchtch. Cela dit, notre action, avec celle de défenseurs sincère de la démocratie, et avec la grève de la faim menée par Oleg Sentsov l’an dernier, a tout de même contribué à ce que le « geste » attendu de Poutine comporte leur libération.

Seront-ils libérés, ne le seront-ils pas ? Dans les deux cas, il est décisif que l’action pour la libération de TOUS les prisonniers politiques en Russie, dont les Ukrainiens et les Tatars, dont Konstantin Kotov, soit poursuivie et relancée. C’est immédiatement pour cela qu’il faut agir.

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