Syrie : "Une révolution méprisée contre une tyrannie implacable."

Syrie : « Une révolution méprisée contre une tyrannie implacable ».

 

« Une révolution méprisée contre une tyrannie implacable », tels sont les termes avec lesquels Charles-André Udry (A l’Encontre : http://alencontre.org/ ) dépeint la lutte héroïque du peuple syrien.

Le qualificatif de « tyrannie implacable » pour définir le régime de dictature néolibérale de Bachar el Assad - il privatise peu à peu tout, y compris la terre et l’eau, ce qui n’est pas pour rien dans le soulèvement - , régime tortionnaire, voleur, violeur, s’impose comme une évidence. Mais pourquoi « révolution méprisée » ?

 

Parce que le mouvement ouvrier en Europe et ailleurs est silencieux envers elle et la laisse combattre seule, hommes, femmes et enfants se faisant torturer, tuer, violer, spolier.

Alors qu’une mobilisation mettant au premier plan de ses objectifs la chute de ce régime, comme avant lui de Ben Ali et de Moubarak, et pas à la manière de Kadfhafi mais bien par l’action du peuple, serait non seulement un puissant soutien, mais aussi, mais surtout, elle serait la seule garantie politique sérieuse contre une instrumentalisation de la « rébellion » l’enfermant dans une impasse.

Justement, les soutiens ouverts ou honteux du régime syrien, à la manière de Chavez, parlent d’intervention impérialiste. Certes, mais ils ne connaissent curieusement qu’un seul impérialisme, qui ne s’identifie donc pas pour eux à la domination capitaliste, mais à tel ou tel peuple : celui de l’Occident, ou plus précisément des « anglo-saxons », voire le « sionisme » présenté comme le manipulateur de tout cela, une position antisémite qui n’enlève rien à la malfaisance de la politique israélienne. Or, il y a en vérité plusieurs interventions impérialistes dans le secteur de la Syrie.

La principale d’entre elles, par les moyens mobilisés, les armes fournies, l’impact meurtrier quotidien sur les gens, est celle de la Russie. Remarquons que le gouvernement chypriote, bon élève du « remboursement de la dette publique » au service de l’Union « Européenne » sous l’égide du PC stalinien local frère du KKE grec, AKEL, a déjà fait de son pays … le premier investisseur mondial en Russie, à savoir que les fonds des oligarques capitalistes russes sont placés à Chypre pour bénéficier d’accords leur garantissant l’immunité fiscale, puis réinvestis en Russie (généralement pas dans la production mais dans la mafia). Confrontées à l’arrivée de réfugiés syriens et aux manœuvres navales russes (celles-ci depuis la base de Tartous, en Syrie) et nord-américaines, Chypre, au bord de la cessation de paiement comme la Grèce et bientôt le Portugal, l’Espagne et l’Italie, renforce ses appels aux capitaux russes en leur concédant maintenant l’exploitation du gaz en Méditerranée et la tutelle des zones maritimes correspondantes.

Parallèlement, les divers incidents militaires entre Syrie et Turquie ont contraint de fait le régime turc et son président « islamiste modéré » Erdogan, modèle de Mohamed Morsi en Egypte, à recadrer, momentanément ou non, sa diplomatie dans un cadre plus conforme aux vœux de l’OTAN, la principale coalition militaire impérialiste en crise que dominent les Etats-Unis.

Les manœuvres russes, chinoises, iraniennes et du régime syrien d’un côté, étatsuniennes et israéliennes de l’autre, mettent conjointement en danger et cherchent conjointement à prendre en otages les peuples de la région.

 

Ils peuvent aussi passer des accords. Aux dernières nouvelles, le « Groupe d’action sur la Syrie » présidé par le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan (composé des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Irak, du Koweit et du Qatar représentant la Ligue arabe, de la Turquie, de l’Union Européenne) aurait signé un accord à Genève pour une « transition politique » associant représentants du régime Assad et représentants autoproclamés de l’opposition. Les commentateurs constatent que ce « grand pas en avant » (sic) ne règle pas le problème Assad, qui semble ne pas vouloir partir si on le fait choir. Ce paradoxe s’explique aisément : aucune de ces grandes puissances, aucune des coalitions impérialistes à la manœuvre, ne veut le chasser pour l’instant. En tuant, en torturant, en violant, en pillant, il fait leur travail et on peut lui mettre tout sur le dos.

 

Contre toute guerre impérialiste aussi bien que contre tout accord entre impérialismes, c’est la victoire populaire, renversant enfin Assad, qui ouvrirait une autre voie. Voila pourquoi il faut vraiment rompre avec le mépris envers cette courageuse révolution : cela pèserait dans la balance.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.