Internationalisme et défense de l'Ukraine

Voici la traduction, via l’anglais, d’un texte en provenance de Kiev. Datant du 2 mars, donc juste après la mainmise militaire russe de facto sur la Crimée, il émane d’un groupe présent sur le Maidan, le collectif socialiste « Opposition de gauche », qui est en relation avec les courants trotskystes occidentaux et qui, sur place, propose l’unification de ce que l’on appelle « la gauche du Maidan » dans laquelle les sensibilités les plus notables semblent être anarcho-syndicalistes ou anarchistes.

Voici la traduction, via l’anglais, d’un texte en provenance de Kiev. Datant du 2 mars, donc juste après la mainmise militaire russe de facto sur la Crimée, il émane d’un groupe présent sur le Maidan, le collectif socialiste « Opposition de gauche », qui est en relation avec les courants trotskystes occidentaux et qui, sur place, propose l’unification de ce que l’on appelle « la gauche du Maidan » dans laquelle les sensibilités les plus notables semblent être anarcho-syndicalistes ou anarchistes.

Il ne s’agit nullement d’une position marginale, car ces militants ont été au cœur des récents événements à Kiev.

L’Ukraine doit être sauvée de l’intervention par la solidarité.

3 mars 2014.

L’union socialiste « Opposition de Gauche » donne sa position sur l’agression russe en Crimée et le rôle néfaste des nationalistes ukrainiens. L’intervention armée russe a été rendue possible par les divisions dans la société ukrainienne. Son unité est impossible avec les oligarques et les chauvins au pouvoir. Seule la solidarité sauvera l’Ukraine.

1. Nous sommes pour l’autodétermination de la Crimée qui n’est possible que par le retrait des troupes russes. Nous sommes pour le droit des peuples à l’auto-détermination, pas pour celui d’une élite mercenaire à « s’auto-déterminer » sous la protection des armes automatiques russes. La logique d’un tel séparatisme en Crimée est la renaissance de l’empire russe, avec un danger de guerre mondiale.

2. Le prétexte de l’agression de Poutine a résidé dans l’hystérie nationaliste que les leaders de Maidan ont ignorée. Les blagues xénophobes agressives sont considérées comme choses normales, et encore aujourd’hui nous avons, sur les piquets anti-guerre, des slogans provocateurs tels que « Gloire à la nation ! Mort aux ennemis ! ». La manipulation par le Kremlin de ces slogans a servi à effrayer les habitants de l’Est et du Sud. Mais l’agression initiée par la Fédération de Russie est clairement impérialiste et dirigée contre la république révolutionnaire, contre la vraie révolution, celle qui affronte les oligarques, celle qui ne fait que commencer, celle qui va mettre la question sociale à l’ordre du jour.

Une pseudo guerre de libération sous la conduite des oligarques ukrainiens viserait à la fascisation de la société : à son unification autour d’intérêts nationaux mythiques, à la dictature et à des politiques sociales visant à concentrer les richesses dans les mains de l’oligarchie. Notre gouvernement ne peut pas prétendre à la légitimité populaire sans que soit engagé un règlement de compte social. L’intervention étrangère vient le légitimer de l’extérieur—nous serions forcés d’aimer ce régime, et pas seulement notre pays. Le pouvoir en Ukraine revient progressivement aux mains des oligarques (Kolomoisky et Taruta ont été nommés gouverneurs). Les oligarques ont pillé notre pays, et maintenant il faudrait que les gens affamés défendent leur Etat corrompu !

3. Maidan est hétérogène—les nationalistes radicaux polluent le mouvement avec leur xénophobie, mais heureusement ils ne déterminent pas les exigences de Maidan. Il faut que les habitants du Sud et de l’Est et les minorités ethniques sachent que se sont dressés sur le Maidan de nombreux représentants des forces internationalistes, de gauche et démocratiques. Soutenir le mythe du « Maidan fasciste », c’est en fait légitimer l’emploi de la force par les néo-nazis contre les citoyens qui les combattent. Nous sommes atterrés de voir les idées antifascistes manipulées pour justifier l’intervention. L’anti-fascisme passe par la solidarité, pas par l’intervention !

4. Les citoyens de l’Ukraine orientale et centrale doivent faire pression sur le gouvernement pour refuser toute discrimination linguistique, destruction de monuments ou incitations à la haine. L’ukrainisation des oligarques ne peut être imposée que par des moyens réactionnaires. Le droit d’user de la langue maternelle dans toutes les régions doit être reconnu. La renaissance nationale-culturelle des Ukrainiens et des autres peuples de notre pays est inséparable de la résolution des questions sociales.

5. Nous sommes pour la défense d’une Ukraine unie, comme un ensemble culturel unifié. La coexistence de multiples identités est la condition d’une riche culture humaine universelle. Si le pays éclate, l’ordre chauvin s’imposerait de part et d’autre. Tous les conflits en Ukraine résultent de la dictature des oligarques. L’Ukraine doit être consolidée sur la base de la destruction du pouvoir des oligarques—les travailleurs de l’Est et du Sud eux aussi veulent le changement social et ils doivent comprendre qu’en étant entraînés dans le conflit toute perspective d’amélioration serait renvoyée à un futur improbable.

6. Le pouvoir dans la Fédération de Russie est aux mains des plus conservateurs des défenseurs des intérêts du capital. Ceux qui soutiendraient un référendum de « réunification » avec la Russie doivent donc s’attendre à un Etat policier et à une politique antisociale. Quoiqu’en disent les nationalistes bourgeois ukrainiens, il n’y a pas la moindre trace de socialisme en Russie.  La population en Ukraine haïrait les Russes encore plus, tandis que les illusions impérialistes et revanchardes grandiraient dans les masses russes. Les promesses à la Hitler sur une vie meilleure éternelle aboutiraient à une catastrophe pour la nation agresseuse elle-même. Et nous ne devons pas oublier que cette guerre serait aussi une opportunité pour le capital occidental pour introduire ses forces armées et saisir une part du territoire ukrainien.

7. La population russophone d’Ukraine et les Russes qui ne veulent pas de la guerre ont un rôle clef à jouer. Ils doivent saboter la mobilisation et les mouvements des armées d’occupation, agir contre le gouvernement russe et le capital russe. L’impérialisme russe veut imposer sa domination à travers un référendum [en Crimée]. Nous en appelons à des brigades internationales pour maintenir l’Etat de droit, s’opposer aux chauvinismes mutuels, défendre les installations stratégiques, mener la propagande parmi les troupes, et s’opposer aux désarmement des forces ukrainiennes. C’est l’autodéfense des travailleurs dans les entreprises qui repoussera l’agression, indépendemment des sales mains de leur « propriétaires » auxquels on ne peut pas faire confiance. Formez des groupes de combat sous votre contrôle, en qui vous ayez confiance ! L’armée ukrainienne doit être placée sous le contrôle des citoyens. Pourquoi mourir pour les nationalistes Parubyi ou Yaroch ? Ils ont sur leur conscience leur tactique inepte sur l’Euromaidan et le fait d’avoir attisé les hostilités interethniques. Faut-il mourir pour les intérêts des Akhmetov-Kolomoisksys ? Les travailleurs de toutes les nations doivent s’unir contre les oligarques, sur la base de leurs communs intérêts de classe.

A bas les gangsters devenus séparatistes !

A bas l’impérialisme russe !

A bas les chauvins ukrainiens !

Longue vie à l’Ukraine ouvrière et indépendante !

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N’émanant pas d’un groupe marginal, ce texte n’a pas principalement une fonction « proclamatoire » contrairement à ce que l’on pourrait penser en Occident. A la date où il fut produit et diffusé, le 2 mars, il avait une finalité précise : s’adresser aux habitants de Crimée, du Sud (Odessa) et de l’Est (Kharkiv-Kharvov, le Donetzk) pour qu’ils ne se laissent pas entraîner par l’Etat russe ou ses agents. Le risque de dérapage vers une guerre terrible réside en effet principalement en Ukraine orientale où la plus grande partie de la population est russophone, ce qui ne veut pas dire russe, mais a de toute façon des liens profonds et légitimes avec la Russie.

Les faits, dans la semaine qui s’est écoulée depuis, donnent raison à cet appel : c’est là, à Kharkiv, Donetz, Odessa … que bien des choses se jouent. Or, le fait massif dans ces contrées n’est justement pas les manifestations prorusses, soutenues par une grande partie de l’appareil d’Etat « ukrainien », mais la manière ostensible dont l’écrasante majorité de la population se croise les bras, refusant la guerre. Les manifestations prorusses, qui ont immédiatement arboré le drapeau de la Fédération de Russie, voire le drapeau des tsars et des Centuries noires antisémites, or-blanc-jaune, n’ont en même temps entraîné que des minorités.

De plus, des contre-manifestations pour « l’unité de l’Ukraine » ont commencé, rassemblant autant ou plus de monde à Donetz, Dniepropetrovsk, et jusqu’en Crimée où s’y associent les Tatars, les mères et femmes de soldats. Les soldats ukrainiens basés en Crimée, après la défection vers la Russie d’une partie du corps des officiers, font de la résistance passive et tendent la main aux soldats russes, refusant l’affrontement. On a même vu certains d’entre eux brandir, face à l’armée russe, des drapeaux rouges avec faucille et marteau mais délibéremment sans références soviétiques autres.

Voilà le fait le plus important de la semaine écoulée depuis le coup de force en Crimée. Il arrive que la passivité apparente des masses soit profondément active. La résistance des habitants du Sud, de l’Est et de la Crimée est un facteur que l’on tait généralement, mais qui pèse très lourd. Nous lui devons le fait que la guerre « proprement dite » n’a pas commencée. Elle est la principale pièce qui gène la mécanique poutinienne, et elle se développe en une résistance à la fois nationale et internationaliste qui se différencie du gouvernement de Kiev et de l’orientation ethnonationaliste et exclusiviste de Svoboda et de Prayvi Sector.

La prochaine épreuve de force pourrait être le boycott populaire du pseudo référendum du 16 mars en Crimée, par les Ukrainiens, par les Russes qui ne veulent pas de la guerre, et par les Tatars.

Un autre aspect, d’ailleurs lié au précédent, frappe à la lecture de ce texte. Dans le même souffle, il ne cesse de dénoncer les chauvins ukrainiens, liés aux oligarques, et il se réclame de l’Ukraine, de l’unité de l’Ukraine, de son indépendance. Il appelle à se rendre en Crimée pour tendre la main aux soldats russes et être internationalistes et en même temps il appelle à défendre l’Ukraine. Il explique, ou mieux il tient pour une évidence, que la défense de l’Ukraine passe par l’opposition au gouvernement qui se réclame faussement de « Maidan » et par la destitution des oligarques. En somme, il appelle à une levée en masse à la fois nationale et internationaliste qui déferait en même temps l’agression russe et l’oligarchie ukrainienne.

C’est là une position profondément réaliste. Elle me semble, soit dit en passant, plus ancrée dans le mouvement réel de la révolution, dont le caractère de soulèvement national ne peut pas être nié, que la position de plusieurs groupes anarchistes qui appellent à ce que « les nations » aillent « en enfer ». Si tout le monde semble d’accord dans la véritable gauche ukrainienne pour renvoyer dos-à-dos les oligarques capitalistes de Russie, d’Ukraine ou de Crimée, il n’en demeure pas moins qu’il y a une nation qui cherche son indépendance et sa souveraineté et cherche à se défendre et doit, pour cela, affronter « ses » propres oligarques et défaire sa composante ethnonationaliste et chauvine qui ne fait que l’affaiblir : la nation ukrainienne. Mais il nous faudra sans doute revenir sur ce point avec la mise en perspective historique nécessaire, dans un autre article.

Un troisième point me semble ressortir de cet appel avec une évidence massive qui doit être soulignée car elle contredit les représentations dominantes auxquelles nous avons droit. Pour les militants de l’Opposition de gauche, il est manifeste que de même que les rodomontades ethnicistes de la droite nationaliste font le jeu de Poutine, le premier effet réactionnaire de l’intervention russe est de conforter un gouvernement d’oligarques et de réactionnaires déjà rejeté par la population à Kiev.

Il faut le dire notamment à  l’adresse des nombreux militants français qui vivent ces évènements dans une sphère fantasmatique refaisant éternellement, comme un film de plus en plus mauvais, l’histoire de Stalingrad : les « nazis », ces fameux « nazis » dont on nous rabat les oreilles, sont confortés par Poutine, et quiconque accrédite la légende d’un « coup d’Etat nazi » à Kiev fait le jeu à la fois de Poutine et des dits « nazis ». En définitive, le coup de force russe en Crimée a été un facteur d’ordre contre-révolutionnaire et, ce qui ne trompe pas, ainsi l’ont compris les bourses.

Lundi 3 mars elles avaient peur et ont fléchi partout, surtout à Moscou où les oligarques ont manifestement profité des circonstances pour placer massivement leurs avoirs à l’étranger quand ce n’était pas déjà fait (les capitaux rapatriés via la City lors de la crise chypriote début 2013 sont ressortis). Mais mardi elles se sont « ressaisies », ayant compris deux choses : il n’y aura pas de guerre mondiale pour la Crimée, mais une période d’affrontements et de pressions mutuelles, et le coup de force en Crimée conforte le pouvoir ukrainien chez lui, permettant d’espérer que l’activité libérée du peuple ukrainien rentre dans son lit.

Ainsi se présentent les relations réelles.

Maintenant, il faut que les lecteurs français sachent une chose. Mon précédent article a suscité des échanges avec des militants kiéviens, tout ce qu’il y a plus « antifascistes » il va de soi. Et ceux-ci ont d’abord mal réagi en première lecture, justement parce qu’à leurs yeux il faisait la part trop belle aux « nazis ». J’ai ainsi appris que parmi les victimes de la place Maidan, il n’y a pas d’affiliés de Svoboda. Que le rôle des deux forces classées à l’extrême-droite a été beaucoup plus faible et souvent, d’ailleurs, modérateur avec le pouvoir, qu’on ne l’a pensé ici en France. Et découvert que quand on parle de « nazis » à Kiev, où ce mot est une injure aussi bien que chez nous, il s’agit des prorusses comme ceux qui ont initié les petites manifestations violentes de Kharkiv et d’autres villes.

Il m’a fallu expliquer à ces camarades que place de la question des « nazis » dans mes articles est une obligation entraînée par le caractère pratiquement obsessionnel que cette imagerie a pris dans la tête de bien des militants de gauche en France. Un camarade ayant de longue date des responsabilités syndicales internationales a alors eu cette image :

« … un de nos grands problèmes reste la perception différente du monde vu de différents endroits du globe, en l'absence d'une interprétation commune, universelle et unifiante, qui était celle du socialisme marxiste (réformiste ou révolutionnaire) jusqu'à (à peu près) la deuxième guerre mondiale. Aujourd'hui les visions et interprétations nationales ou régionales l'emportent (cela me rappelle l'histoire des aveugles qui doivent décrire un éléphant en le touchant, et qui arrivent évidemment à des descriptions différentes et contradictoires). »

La chose s’aggrave encore quand les aveugles cherchant à rendre compte de l’éléphant pour mieux l’affronter, sont aiguillés par de faux signaux. En France, l’information des grandes chaînes TV est en mode « BHL ». Par contre, sur Google, il est facile de se rendre compte qu’elle est en mode « anti-BHL », reflet inversé du précédent, abolissant, comme lui, la réalité des affrontements sociaux et lui substituant, en inversant simplement les signes, un camp du bien et un camp du mal.

De manière assez amusante si ce n’était parfois tragique, les services russes trouvent pratiquement ici plus de relais qu’au temps du Kominform, car la complosphère avec les « nazis ukrainiens » voit communier des révolutionnaires fourvoyés, les nostalgiques du stalinisme qui prennent encore l’armée russe pour l’armée rouge, et, dans le cas français, la majeure partie de l’extrême-droite : soraliens, « réseau Voltaire », pourfendeurs du « nouvel ordre mondial », larouchistes (qui ont un relais en Ukraine, le « parti socialiste progressiste » de Natalie Vytrenko), FN (voir le rôle d’Aymeric Chauprade), auxquels on peut ajouter par ailleurs une partie substantielle des libertariens US, partisans d’un isolationnisme renforcé qui se moquent bien que les chars russes passent sur l’Ukraine.

Le résultat de ce festival, dans lequel il faudrait prendre le temps de décortiquer chaque « information » et chaque photo, est que beaucoup de militants, en France, s’imaginent que l’urgence est d’empêcher Hollande et BHL de sauter sur Kiev, alors que les paras sont … à Bangui.

Le dernier truc qui circule en boucle est l’affaire de la conversation du ministre estonien des Affaires étrangères et de Catherine Ashton, à nouveau enregistrée et diffusée par des « services » qui y ont trouvé leur intérêt. Dans cet échange téléphonique, le ministre estonien dit que selon une medecin ukrainienne très connue pour son rôle dans les soins aux blessés sur le Maidan, Olga Bogomolets, les balles reçues par les manifestants et par les Berkuts venaient des mêmes tireurs. L’interprétation, ou plutôt l’affirmation véhémente tant est passionnel le besoin d’affirmer qu’il n’y a pas de révolution à Kiev, est qu’un secteur du « Maidan », aujourd’hui au pouvoir, a fait tirer sur les uns et les autres pour attiser le feu, ce qui est supposé discréditer la dite révolution en prouvant qu’il n’y a eu que provocation, « coup d’Etat ».

Le rappel historique rationnel que la provocation intervient dans toutes les révolutions et qu’à ce compte le dimanche rouge de Petrograd en janvier 1905 devrait être qualifié de provocation policière et orthodoxe, et le fait que la dite Olga Bogomolets démente avoir eu ces propos, n’y font rien, la chose tourne en boucle puisqu’elle est censé prouver ce que l’on voulait prouver. C’est ainsi que beaucoup de monde, hélas, au lieu d’avoir le courage de chercher la vérité et de la dire pour tenter l’analyse concrète des situations concrètes, se réfugie dans des représentations fétichistes (1) où « l’Occident » a mis au pouvoir « les nazis ». Gageons que circule déjà dans la complosphère la version où « les sionistes » les ont mis au pouvoir …

Pour en revenir à cette affaire, il serait intéressant de se demander quel est vraiment le gouvernement ayant intérêt, en dehors de la Russie, à diffuser une rumeur sur le gouvernement de Kiev : le fait que ce soit le ministre estonien son point de départ pourrait faire penser à l’Allemagne. Ceci suppose évidemment qu’on prenne en compte le réel, dans lequel toutes les puissances impérialistes ne marchent pas du même pas. Il est d’ailleurs parfaitement possible que des snipers aient tiré sur les uns et les autres, soit par erreur, soit pour forcer des Berkuts hésitants à faire le sale travail, soit pour provoquer, et l’homme de la rue à Kiev a certainement son avis sur la question, qui pourrait bien être que les dits snippers étaient russes …

Mais, ne désespérons pas. J’ai dans mon précédent article critiqué la position prise par J.L. Mélenchon. Depuis, il a toutefois écrit ceci, qui va à l’encontre de la thèse du « coup d’Etat occidental » et reconnaît la réalité d’une révolution :

« Se mettre à distance du gouvernement de fait de l’Ukraine ce n’est pas en faire autant avec le mouvement insurrectionnel qui a renversé le pouvoir kleptocratique précédent. Au contraire. Pour moi, ce mouvement est riche de rebondissements, qui seront autant d’opportunités pour les forces qui pourront constituer une alternative. J’approuve les manifestations et l’insurrection de masse qui s’est dressé contre le pouvoir en place. Que les éléments les plus discutables aient pris la tête du processus contre les pouvoirs en place est tout simplement un fait de lutte commun à toutes les périodes révolutionnaires. Ce n’est peut-être qu’un mauvais moment à passer. Car il semble bien que les Ukrainiens de toutes les couleurs politiques conservent une grande énergie révolutionnaire intacte. Déjà plusieurs séquences révolutionnaires se sont enchaînées sans que cette énergie se disperse. Or, que se doivent de faire les nouvelles autorités ? Une politique impopulaire au plus haut point pour rembourser la dette et faire face aux obligations du pays ? »

Ces mots méritent d’autant plus d’être soulignés que leur auteur n’a pas particulièrement d’intérêt politique à les écrire dans le contexte français du moment présent, et que sa propre base militante a complètement baigné jusqu’à présent sur ce sujet dans le bégaiement de Stalingrad. Quelle que soit la suite, ils nous prouvent que la vérité du mouvement réel peut s’imposer, quelle que soit la position de départ où l’on se trouve pour tirer les poils de l’éléphant.

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