Daesh, petite étude de texte.

 Une petite étude de texte. Ci-dessous, repris d'un live de Libération, le communiqué de Daesh se félicitant des crimes de masse d'hier.
"Au nom d'Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux", etc. Ne confondons pas l'islam et Daesh, certes, mais ne prétendons pas non plus qu'il n'y a rien à voir : ce n'est pas de l'islamophobie que d'analyser les relations, les racines belliqueuses et machistes et surtout le millénarisme apocalytique de Daesh, dont les résonances ne sont pas que musulmanes, d'ailleurs, mais renvoient aux mythes monothéïstes, entre religion et réaction militaro-fasciste - ce qu'est Daesh.
" ... la capitale des abominations et de la perversion, celle qui porte la bannière de la croix en Europe, Paris." Ironie de l'histoire, cette phrase aurait pu être écrite par des intégristes chrétiens, la "bannière de la croix" en moins. La dénonciation de Paris comme ville des révolutions, ville de "la Révolution', et donc Babylone des perversions, est un poncif de la réaction ultra depuis deux siècles. Daesh n'a rien inventé et ne fait que reprendre cette thématique avec une indigente pauvreté intellectuelle et stylistique. De même :
" ... les rues malodorantes de Paris" : le vieux fantasme racistes des odeurs, liées au métissage et à la cohabitation, se retrouve ici. Là encore, on est proche, très proche, de la prose traditionnelle de l'extrême droite européenne.
" ... l'imbécile de France François Hollande ..." : je ne suis pas un défenseur du pouvoir exécutif français ni de la politique de F. Hollande, mais il est clair que cette rhétorique là est elle aussi un pauvre emprunt à la prose de l'extrême droite hexagonale faisant une fixation sur Hollande censé entraîner la France dans la honte et la perversion. Décidémment, ces plumitifs de "l'Etat islamique" n'ont pas de pensée propre et sont profondément tributaires de la prose des "croisés" !
" ... le Bataclan où étaient rassemblés des centaines d'idolâtres pour une fête de la perversité" : ici s'étale la pauvre jalousie fantasmatique des intégristes, imaginant la grande cité prostituée, celle où, sans aucun doute, des prénommés Mohamed ou Fatima, musulmans ou pas, figurent parmi leurs victimes lâchement assassinées.
" ... d'autres cibles dans le dixième, le onzième et le dix-huitième arrondissements ..." Il leur importe de préciser les arrondissements. Ce furent ceux du Paris de la Commune, ce sont parmi les plus cosmopolites, ce sont de rues pleines de kebabs et de couscous, et c'est cela que Daesh déteste.
Alors oui, ce n'est pas tomber dans le chauvinisme tricolore que de de comprendre que ce qui a été attaqué là, ce sont la liberté, la mixité, la solidarité, la fraternité et la laïcité, et que cette attaque est de nature fasciste. Fasciste, pas seulement parce que cruelle, ce qui ne suffirait pas à la caractériser, mais par son contenu politique et ses cibles, et par la nature sociale, au sommet (grand capital rentier du pétrole) et à la base (lumpen désaxé en proie à la furie de toute puissance suicidaire-apocalyptique) de ce qu'est Daesh. La réponse, c'est la lutte sociale poursuivie, du peuple des citoyens égaux de toutes origines dressé contre la répression religieuse et fasciste.

Permalien de l'image intégrée

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.