Note rapide sur la situation internationale (19-04-2021).

Les puissances impérialistes au moment présent ont plutôt des pertes à se partager que des profits à se répartir. Ce type de situation contient des menaces de guerre, « comme la nuée porte l’orage », disait Jaurès du capitalisme. Les soulèvements populaires sont le plus sûr antidote à cela, et nous reviendrons incessamment sur la situation en Inde et au Myanmar.

Récemment sur Aplutsoc, les dangers de guerre du moment présent avaient été soulignés dans un article du 5 avril dernier, mettant l’accent sur les deux foyers où des conflagrations inter-impérialistes menacent le plus : l’Ukraine orientale et la mer de Chine.

Il s’est produit depuis un évènement diplomatique majeur, point de départ de la fébrilité russe actuelle, ce que la plupart des commentateurs n’ont pas saisi : le sommet Zelensky/Erdogan les 10-11 avril, au terme duquel le Bonaparte turc a déclaré dans une conférence de presse commune avec le président ukrainien : « Nous défendons aussi fermement l’intégrité territoriale de l’Ukraine que la souveraineté de la Turquie. Nous avons confirmé une fois de plus notre décision de principe de ne pas reconnaître l’annexion de la Crimée » – déclaration assortie de l’annonce de mesures de coopération militaire.

Le site officieux du régime russe en français,Spoutnik, tente de traiter la chose par le mépris et prouve ainsi que c’est un revers sérieux pour Poutine : être alliée à la Turquie, c’est « pire que l’avoir pour ennemi », annonce-t-il en tentant de se gausser de l’Ukraine ! On ne saurait mieux exprimer le dépit poutinien devant les manœuvres certes tortueuses du Bonaparte turc entre les puissances impérialistes mondiales !

Cet évènement souligne un fait majeur : le maillon faible, c’est la Russie, et la grande puissance dans la plus mauvaise posture, c’est la Russie. L’impérialisme russe est monté à des sommets complètement surdimensionnés et l’un de ces sommets s’appelait Donald Trump, qu’il tenait. La défaite de Trump vient de la lutte sociale et des soulèvements démocratiques aux États-Unis. Poutine est particulièrement agressif aujourd’hui, mais c’est l’agressivité d’un chef policier qui se sait en danger.

La situation sociale, économique, politique, et morale, du pouvoir de Poutine, est sur le fil du rasoir comme jamais. Il a commencé à tuer Navalny mais craint à nouveau que ceci se retourne contre lui. Et il masse des troupes comme pour une invasion de grande ampleur contre l’Ukraine. De plus, il a bloqué, suite au sommet Erdogan/Zelensky, les liaisons aériennes en mer Noire. Ces gesticulations visent-elles à la guerre ?

Elles y correspondent. Mais une entrée en guerre, suscitant un revirement turc accru et une intervention de l’OTAN sous égide US en mer Noire, peut aussi bien être le signe de l’effondrement de la « verticale du pouvoir », forme actuelle de l’État russe. De larges secteurs de la population russe ne suivront pas, la nation ukrainienne réagira comme telle, et la Bélarus verra remonter en force son soulèvement démocratique et ouvrier. Une intervention US/OTAN ne pourrait pas avoir d’autre but que le maintien du statu quo combiné à la réaffirmation, désormais anachronique et peu crédible, d’un plein leadership US en Europe occidentale et centrale.

En tout état de cause, une offensive militaire russe en Ukraine (ou, pire, dans les pays baltes), dépend d’un non-dit : le feu vert de Xi Jinping. Il n’y a a priori pas intérêt, préférant affirmer la puissance industrielle, commerciale et financière de la Chine au plan mondial d’une façon éventuellement prédatrice mais officiellement pacifique, et il n’aurait pas intérêt au choc économique et boursier que produirait un début de guerre en Europe orientale. Il n’y aurait intérêt que dans un seul cas : si le front européen permettait de couvrir un second front, contre Taïwan. Ce serait alors placer l’impérialisme nord-américain devant le défi de deux fronts – le plus important pour lui étant en fait celui de la mer de Chine.

Une réflexion « objective » sur l’intérêt bien compris des uns et des autres conduit à juger vraisemblable le scénario où Xi ne donne pas son feu vert à Poutine, qui doit se contenter d’autres gesticulations et continuer à s’affaiblir, tout en gardant les conquêtes contre-révolutionnaires effectuées contre l’Ukraine en 2014.

Mais attention : l’intérêt « objectif » des uns et des autres, à l’époque le tsar, Guillaume II, Poincaré, François-Joseph, Lloyd Georges … était aussi de rester « calmes », de prolonger la paix armée, en 1914.

Le capitalisme de paix armée porte en lui la guerre ; et la révolution prolétarienne et démocratique est la seule garantie durable de paix, comme, tout de suite, les soulèvements et les mouvements populaires sont la seule force capable de faire reculer réellement le danger.

VP, le 19-04-2021.

Article initialement publié ici.

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