Menace contre la présidentielle.

Publié ce jour sur https://aplutsoc.org/.

Quelques remarques à l’issue du scrutin de ce dimanche qui illustre fort bien la situation politique réelle, et qui du coup l’accélère.

La plupart des commentateurs réagissent comme si l’abstention plus massive que jamais était une surprise. Aucune analyse sérieuse de la situation politique française ne peut faire l’économie de la réalité : les masses qui ont surgi sur le devant de la scène lors de la « crise des Gilets jaunes », ont tenté de renverser le pouvoir présidentiel, n’y sont pas arrivés en raison de la politique des appareils politiques de gauche et syndicaux, mais ceci a marqué toute la réalité. Le besoin de vraie démocratie domine dans le prolétariat, dans la jeunesse, dans la population, et c’est cela, et certainement pas une « déprime civique » ou un « processus de fascisation », qui les détourne des scrutins.

Le scrutin régional était relié au scrutin présidentiel de 2022, lequel a pour seule et unique fonction de réinstaller un exécutif fort, ce que n’est plus Macron.

La combinaison entre abstention massive, échec quasi généralisé des listes LREM à dépasser les 10%, et recul notable du RN par rapport à ses scores antérieurs, indique donc comment, de manière plus accentuée encore, pourrait se dérouler le scrutin présidentiel par là même délégitimé. Le caractère plébiscitaire de l’élection présidentielle est mortellement menacé.

Là est l’avenir : la conquête de la démocratie contre l’État capitaliste de la V° République en place, forme actuelle de l’ouverture de la révolution prolétarienne. Cela, c’est le réalisme.

Les appareils politiques classés à gauche ne font pas partie de la solution aux yeux de la grande majorité, même si, principalement au niveau des scrutins départementaux, il y avait et il y aura au second tour du sens à voter pour des candidats revêtant ces étiquettes, contre des baronnies liées peu ou prou à LR, le parti historique de la V° République.

La défaite combinée de Macron et de Le Pen signifie que les présidentielles de 2022, apparaissant pour l’instant comme des présidentielles Macron/Le Pen, sont rejetées par la majorité. Répétons-le : le caractère plébiscitaire de l’élection présidentielle, source de la « légitimité » du président-clef de voûte des institutions, est mortellement menacé.

L’intérêt du capital et de l’État dans ces circonstances, actant l’échec de la présidence Macron et l’absence d’un fort parti présidentiel, est de recentrer le dispositif politique sur LR, ce dernier fort de ses barons régionaux qui sortent en position de force par rapport aux suffrages exprimés (et sont donc tous minoritaires dans la réalité). La candidature Macron aux présidentielles ne va pas de soi. Mais un tel « recentrage » sur LR ne peut s’imposer que dans la douleur, et il consistera en une nouvelle phase de la crise du régime. En surface, la crise couve déjà entre les prétendants : Bertrand ? Philippe ? Wauquiez ? … eux aussi, eux tous, sont minoritaires dans le monde réel.

Une course de vitesse va s’engager, entre la poussée de la lutte sociale de celles et de ceux d’en bas, et les manœuvres, recompositions, contradictions et grenouillages parmi ceux d’en haut pour faire des présidentielles de 2022 leur arme pour contre-attaquer et reprendre tout le programme de destruction des droits sociaux, des retraites et de généralisation de la misère.

Les militants qui veulent réellement aider leur classe doivent saisir qu’il n’y a bien entendu aucun « processus de fascisation » à l’œuvre, que c’est la crise du régime ouverte par l’action du prolétariat qui s’aggrave, et que les prochaines présidentielles ne doivent surtout pas être abordées sous l’angle de la recherche d’une candidature à soutenir ou à impulser, mais comme un affrontement social et politique, entre la tentative de remise en selle d’un régime actuellement éclopé et le mouvement réel de la grande majorité qui veut la démocratie, une vie correcte et un avenir pour nous et nos enfants dans un monde vivable.

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