Liberté pour Koltchenko et Sentsov !

   En ce mardi 21 juillet 2015, commence en principe le procès d'Alexandre Koltchenko et de Oleg Sentsov (Oleh Sentsi'v) à Rostov sur le Don, en Russie.

 

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En ce mardi 21 juillet 2015, commence en principe le procès d'Alexandre Koltchenko et de Oleg Sentsov (Oleh Sentsi'v) à Rostov sur le Don, en Russie.

 L'un et l'autre étaient emprisonnés à Moscou depuis un an, et la délocalisation du procés dans une zone marquée par la mobilisation militaire en direction de l'Ukraine proche ne peut guère s'expliquer que par la crainte d'actions de protestations à Moscou : officiellement il s'agit d'assurer le "bon déroulement du procés". Tous deux subissent des conditions draconiennes et un mépris total des droits de la défense.

 Koltchenko et Sentsov ne sont certes pas les seuls prisonniers politiques aujourd'hui en Russie, risquant la peine invraisemblable mais bien réelle, en 2015, de 20 ans de camp - hé oui, de camp, c'est comme ça que cela s'appelle encore - ou de prison.  Citons aussi, parmi d'autres, et pour s'en tenir au cas de "prisonniers géopolitiques", le cas de Sergei Ilchenko, journaliste de gauche, arrêté en mars dernier par le KGB - hé oui, cela s'appelle ainsi - de Transnistrie aprés une manifestation de protestation contre le régime militaire de fait en place à Tiraspol.

Oleksiy Tcherniy et Guenadiy Afanassiev, arrêtés au même moment, déclarés « terroristes » dans la même affaire et ayant accepté de « coopérer » avec le comité d’investigation ont été condamnés à 7 ans de prison ...  La peine requise contre Koltchenko et Sentsov serait donc aussi une punition pour ne pas avoir accepté le mensonge, ne pas avoir reconnu d'avoir posé des bombes près de statues de Lénine et voulu saboter des voies ferrées et des lignes électriques, ne pas avoir accepter de raconter qu'ils auraient préparé l'incendie des locaux du parti poutinien !

"Géopolitiques", ces prisonniers le sont puisque Koltchenko et Sentsov sont des ukrainiens de Crimée, ceci dit pas particulièrement férus du sentiment national, Koltchenko étant anarchiste. Alexandre Koltchenko, jeune postier, est probablement le militant antifasciste le plus connu de Crimée, que des néo-nazis avaient agressé voici quelques années. Ce que tous refusent c'est, quel que soit leur sentiment national voire leur absence de sentiment national, d'être traités comme des serfs attachés au sol, et c'est ce qui s'est passé avec l'annexion de la Crimée par la Russie. La Crimée n'a pas eu le loisir de s'autodéterminer : est-elle russe, ukrainienne, tatare, un peu de tout cela et d'autre chose ? Ses habitants se sont trouvés, par une opération militaire flanquée d'un référendum douteux, transformés en "russes" avec le sol. Koltchenko et le cinéaste Sentsov, qui préparaient des manifestations pacifiques de protestation à Simféropol, ont alors disparu, en mai 2014. Kidnappés par le FSB, ils sont réapparus à Moscou.

http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-presumey/241014/liberez-koltchenko

http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-presumey/080415/pour-la-liberation-dalexandr-koltchenko-lhonneur-du-mouvement-ouvrier-en-france

Ce sont des prisonniers d'opinion, et des prisonniers que l'on veut faire passer pour ce qu'ils ne sont pas : des fascistes. Aussi incroyable que cela semble, le FSB et l'appareil judiciaire russe ont monté un échaffaudage, burlesque en d'autres circonstances, pour associer ces deux hommes à des projets d'attentats et les faire passer pour proches de l'extrême-droite ukrainienne. Laquelle, pendant ce temps, a pourtant agressé un rassemblement de défense de Koltchenko à Krivyi Ryiv :

https://www.facebook.com/AvtonomOpir/photos/a.118046341694981.25264.118041585028790/453782548121357/?type=1

 Défendre Koltchenko et Sentsov, c'est défendre les libertés publiques, et c'est agir pour le type de militants qui met le doigt où cela fait mal : des antifascistes qui affrontent Poutine, des non nationalistes qui défendent le droit des peuples, des jeunes du XXI° siècle qui portent l'avenir possible. Les défendre c'est ouvrir une brêche dans l'arbitraire, pour tous les autres.

C'est aussi, et ceci est fondamental, défendre des hommes qui refusent le mensonge. Ils ne sont pas fascistes, mais antifascistes. Ils ne sont pas russes, tout en n'ayant rien contre le peuple russe, mais ukrainiens. Ils ne sont pas des saboteurs et des incendiaires, mais des organisateurs de la protestation et de la résistance populaire et démocratique. Ils ne sont pas hommes de l'ombre et du secret dans lequel on les a mis, mais des citoyens du monde qui prennent la parole, la donnent, parlent, filment et donnent à voir.

Le type d'accusation et de montage "judiciaire" auquel ils sont confrontés hérite en ligne directe des procés de Moscou des années 1930. On retrouve toute la tradition : fascistes, saboteurs, associaux, pyromanes ... Vaincre ce mensonge, c'est une nécessité humaine.

Toute victoire contre l'appareil du mensonge d'Etat renforcera le combat des exploités, des opprimés, partout.

 Maintenant, un rappel  : il y a 39 ans était libéré Leonide Pliouchtch, dissident ukrainien, communiste sincière traité d'anticommuniste, honnête homme mobilisé pour la liberté, mathématicien interné comme schyzophrène associal, mort en France voici quelques semaines. Cette bataille improbable avait été menée et gagnée par un Comité de mathématiciens, qui avait entraîné des forces politiques et syndicales françaises. L'un de ses promoteurs, Michel Broué, appelle aujourd'hui à la libération d'Alexandre Koltchenko.

 Pourquoi ce qui était possible au temps de la guerre froide ne le serait pas aujourd'hui ? Il s'agit de l'honneur du mouvement ouvrier et démocratique français. Il s'agit aussi de sa conscience : c'est en agissant pour l'humanité, de façon internationaliste, à l'Est comme à l'Ouest, au Sud comme au Nord, c'est seulement ainsi qu'il joue son rôle.

 La Ligue des Droits de l'Homme a pris position et ses responsables se sont engagés : https://www.youtube.com/watch?v=lftEcr_2aks. Les organisations anarchistes se mobilisent. Deux organisations syndicales nationales ont pris position (outre les CNT anarchistes), Solidaires et la FSU. Il faut bien dire toutefois qu'une chappe aussi forte qu'au temps de la guerre froide ralentit le développement de cette bataille démocratique. Le rideau de fer, malgré la liberté de voyager, est resté dans les têtes en raison de la grisaille qui s'est abattue ou qui est revenue sur les pays de "l'Est"  - et de la suffisance trop fréquente à l'Ouest.

L'élément décisif pour gagner serait la prise de position et la mobilisation effective des confédérations syndicales nationales et internationales. Répétons-le, il ne s'agit pas que de Koltchenko, il s'agit aussi de l'honneur et de la conscience du syndicalisme.

Voici la liste à ce jour des organisations et invidualités en France qui ont pris publiquement position :

Organisations signataires : Ligue des droits de l’Homme, Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme, Groupe de résistance aux répressions en Russie, Ukraine Action, Association des Étudiants Ukrainiens en France, Russie-Libertés, CEDETIM – Initiatives Pour un Autre Monde – Assemblée Européenne des Citoyens, Cosmopolitan Project Foundation, Action antifasciste Paris-Banlieue, Collectif Antifasciste Paris Banlieue, Mémorial 98, Union syndicale Solidaires, CNT-f, CNT-SO, Emancipation, FSU, FSU 03, CGT Correcteurs, SUD éducation, SUD-PTT, Alternative Libertaire, Ensemble ! (membre du Front de gauche), L’Insurgé, NPA, Fédération Anarchiste, Critique sociale.

Personnalités appelant à la libération immédiate d’Alexandre Koltchenko et Oleg Sentsov :

Fred Alpi (chanteur-compositeur), Verveine Angeli (syndicaliste Solidaires), Stefan Bekier (ancien activiste de l’opposition de gauche en Pologne, militant de Ensemble, membre du Front de gauche), Olivier Besancenot (NPA), Emmanuelle Bigot (commission internationale de l’Union syndicale Solidaires), Alain Bihr (professeur honoraire de sociologie), Michel Broué (mathématicien), Céline Bourdier (militante SNES-FSU et féministe), Sylvain Bourdier (élu municipal Front de Gauche à Commentry), Marco Candore (comédien et metteur en scène), Hélène Chatelain (cinéaste), Noam Chomsky (linguiste et militant), Jean-François Claudon (militant socialiste), Denis Collin (philosophe), Philippe Corcuff (maïtre de conférences de science politique à l’IEP de Lyon), Olivier Delbeke (syndicaliste CGT), Françoise Dumont (présidente de la Ligue des droits de l’homme), Stéphane Enjalran (secrétaire de l’Union syndicale Solidaires), Laurent Esquerre (commission internationale d’Alternative libertaire), Pascale Fautrier (écrivaine), Gérard Filoche (inspecteur du travail, membre du conseil national du Parti Socialiste), Désirée Frappier (auteure de bande dessinée), Alain Frappier (auteur de bande dessinée), Fabien Gallet (syndicaliste Solidaires), Dan Gallin (syndicaliste UNIA, et Global Labour Institute, Genève, Suisse), Armand Gatti (poète dramaturge), Dominique Gautrat (enseignante retraitée SNES-FSU), Serge Goudard (syndicaliste, Emancipation), Anne Guérin (journaliste et sociologue, membre de l’Observatoire international des prisons), Pierre Guillaumin (syndicaliste CGT), Laure Jinquot (L’Insurgé et syndicaliste FSU), Zbigniew Marcin Kowalevski (journaliste et chercheur), Alain Krivine (NPA), Lola Lafon (romancière), Jean-Pierre Levaray (écrivain), Joelle Losson (syndicaliste UNSA), Michael Löwy (sociologue), Jean-Marc Luneau (metteur en scène et enseignant), Christian Mahieux (commission internationale de l’Union syndicale Solidaires), Jan Malewski (rédacteur de la revue Imprecor), Jérome Maucourant (économiste), Alexis Mayet (syndicaliste Unef), Frank Mintz (enseignant et historien), Ugo Palheta (sociologue), Irène Pereira (féministe, enseignante, philosophe), Christine Poupin (porte-parole du NPA), Vincent Présumey (syndicaliste, FSU Allier), Hugo Reis (secrétaire national de SUD-PTT), Théo Roumier (cosecrétaire national de Sud Education), Catherine Samary (économiste et militante altermondialiste), Patrrick Silberstein (éditeur aux éditions Syllepse), Edith Soboul (secrétariat fédéral d’Alternative libertaire), Pierre Stambul (syndicaliste, Émancipation), Benjamin Stora (historien), Serge Utge-Royo (chanteur-compositeur), Raymond Vacheron (syndicaliste), Didier Wampas (chanteur-compositeur).

Deux rassemblement se sont tenus devant l'ambassade russe, un concert de soutien à Paris, des initiatives à Strasbourg, Marseille, Orléans, Moulins, Biarritz ... Les dons sont à envoyer à Solidaires, 144 boulevard de la Villette, 70 019 Paris avec au dos du chèque la mention "Koltchenko".

https://www.youtube.com/watch?v=-eH4ngvTBjc&feature=youtu.be

http://khpg.org/en/index.php?id=1437479279

http://solidarityua.info/sud-nad-sentsovym-i-kolchenko-translyatsiya-mediazony-obnovlyaetsya/

http://ukraine2014.canalblog.com/archives/2015/07/21/32385595.html

https://www.youtube.com/watch?v=VWRvecVZwM0

http://www.svoboda.org/content/article/27142178.html

http://ukraine2014.canalblog.com/archives/2015/07/22/32390668.html

Nous risquons de connaître une "sentence" dans les prochains jours ou semaines.

Qu'en ce jour les "juges" sachent que la lutte internationaliste ne s'arrêtera pas tant que Koltchenko et Sentsov ne seront pas libres.

 

 

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