« Exclusion » de Gérard Filoche du PS : un signal d’alerte pour le mouvement ouvrier

Publié le 21 novembre 2017 par aplutsoc : https://aplutsoc.wordpress.com/

Selon plusieurs sites journalistiques dont le Figaro, le BN du PS vient d’exclure Gérard Filoche du PS pour « antisémitisme », ce soir. Des tweets du dénommé Temal (dont on découvre l’existence en tant que grand dirigeant du PS) et de D. Assouline confirment « l’exclusion ». En fait le BN du PS a pris une « mesure conservatoire » à l’unanimité des présents (tous n’étaient pas présents) qui prive G. Filoche de tout droit d’adhérent du PS en attendant une réunion de la commission dite des conflits. Médiatiquement et pour le grand public, il y a purement et simplement exclusion pour antisémitisme !

Ceci risque de signer l’acte final de la liquidation de ce parti en en chassant, pour un motif dont l’ignominie retombera infailliblement sur ses promoteurs, celui qui était pratiquement devenu l’incarnation physique de qu’il lui restait de caractère ouvrier et social.

Ceci indique aussi la fragilité de la posture de mensonge prise par tous ceux qui collaborent à la destruction du code du travail, du droit aux études, de la sécurité sociale et des services publics. Les provocateurs ont dû agir au plus vite, en dehors bien entendu de tout statut et de toute norme de droit.

Rappelons les faits. Vendredi 17 dans la soirée, G. Filoche tweete stupidement un photomontage antisémite provenant de la firme Soral. Il n’a vu que le premier plan – ceci dit bien des militants avertis auraient été soupçonneux rien qu’en voyant le premier plan, qui représente un Macron en posture dominatrice avec un brassard imitant le sigle nazi, mais orné d’un dollar, sur les mots « En marche vers le chaos mondial ». Lui, tweetant trop vite et ayant plus d’acribie pour saisir le rôle de la place des virgules dans un article du code du travail que pour ce genre de choses, laisse passer et ne voit pas l’arrière-plan, drapeaux américain et israélien et figure démoniaque de Drahi, Attali et Rotschild. Une saloperie antisémite. Averti et même réveillé, il retire le tweet 40 minutes plus tard. Dans l’intervalle le site proche du FN « fdesouche » l’a rediffusé et le buzz, organisé puis spontané, a démarré sur les réseaux sociaux.

Parfois avec maladresse, G. Filoche ne cesse de clamer au monde entier qu’il a fait une grosse connerie et s’énerve contre l’utilisation de celle-ci. Dans la journée de lundi, moins de trois jours après, l’Express annonce qu’une « source proche du dossier » a informé l’AFP de l’ouverture d’une enquête à son encontre par le parquet de Paris.

Une comparaison intéressante s’impose ici.

Alain Soral, la petite frappette idéologique du nazisme à la française, a réalisé ce photomontage le 12 février 2017. Depuis, il a été diffusé des milliers et des milliers de fois sur les réseaux sociaux. C’est le 16 novembre que Soral fait savoir sur son site qu’il a reçu une convocation du tribunal de grande instance de Paris à ce sujet, qu’il reproduit : elle est datée du 14 septembre.

Parmi ceux qui l’ont tweeté et diffusé, un seul, Gérard Filoche, fait l’objet d’une enquête deux jours après avoir retiré son tweet et alors qu’il s’en excuse, enquête dont l’existence est immédiatement communiquée à la presse.

A qui fera-t-on croire que c’est l’antisémitisme qui préoccupe ici l’Etat ?

Il convient d’ailleurs de s’interroger sur la proximité des dates – Soral rend public les poursuites concernant ce photomontage le 16, et il est envoyé à Filoche dans la soirée du 17. Une provocation, dans laquelle notre camarade aurait commis l’erreur de tomber, est très possible, d’autant que le compte tweeter était suivi de près, fdesouche ayant, répétons-le, commencé à diffuser « la grave information » dans les minutes qui ont suivi.

Tels sont donc les faits.

Ils signifient à toutes celles et tous ceux qui veulent être représentés politiquement, démocratiquement, et affronter la destruction des droits sociaux entreprise par Macron, qu’il est temps pour eux et plus que temps de se regrouper en dehors de toute frontière organisationnelle héritée du passé proche ou lointain et d’engager la discussion sur les urgences du moment présent !

Parmi ces urgences, doit être inscrite en première ligne la lutte contre l’antisémitisme. Car nous assistons à une manipulation cynique et dangereuse de l’antisémitisme et des accusations d’antisémitisme. J.C. Cambadélis, interviewé par J.M. Apathie sur « l’affaire » ce mardi, a entrepris, dans son style inimitable, d’enfoncer G. Filoche. Peu importe, mais le journaliste Apathie a alors lancé que le discours du Bourget de F. Hollande, en 2012, pourrait être taxé d’antisémitisme, J.C. Cambadélis paraissant ne savoir trop que dire (difficile de dire s’il était complice ou non de ces propos).

Ceci indique quels sont les ressorts de l’opération en cours : liquider ce qui reste de non-macronien au PS et surtout lancer la chasse aux sorcières contre toute critique d’un président déjà impopulaire, et toute critique de la finance. Il est d’autre part nécessaire de diffuser et de discuter la place structurelle de l’antisémitisme au coeur du fétichisme nécessaire au capitalisme : c’est très important, nous y reviendrons, mais il faut aussi dire clairement que n’est pas a priori antisémite qui dénonce Macron, la finance et leurs liens évidents et d’ailleurs assumés !

Mais surtout, quelle gravité, quel crime sont en train de commettre ces bouttes-feu irresponsables, qui par ces amalgames font littéralement la courte-échelle aux véritables antisémites et aux véritables fascistes !

Haut les coeurs : que les militants ouvriers, les syndicalistes, les militants de gauche, les jeunes, se rencontrent à tous les niveaux. Répondons à cette décomposition par la démocratie et l’organisation, la fédération des énergies pour discuter de l’urgence sociale et humaine et de l’alternarive à Macron et à Le Pen, maintenant.

 

La rédaction,
21-11-2017 à 21h30

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