Pandémie et lutte des classes, quelques mots.

Ni extérieure, ni mystérieuse ; ni innocente, ni née d’un complot ; il s’agit bien d’un virus, et il s’agit bien de la crise du mode de production capitaliste atteignant ses limites.

 

Deux explications de la crise globale actuelle ont court dans l’idéologie dominante. Elles se nourrissent mutuellement en paraissant s’opposer.

L’explication « officielle » est qu’un virus dangereux a nécessité des mesures draconiennes aux graves conséquences économiques et sociales, et qu’il faut maintenant « relancer l’économie » et « vivre avec le virus », « en même temps » comme dit Macron. Le capitalisme ne serait pour rien dans le virus, et ce serait du « complotisme » que de l’envisager.

L’explication « non officielle » verse, justement, et inévitablement, dans le complotisme. Car elle s’étonne de l’ampleur des mesures prises alors qu’autrefois, ni la grippe « espagnole » (1919), ni la grippe « asiatique » (1957), ni la grippe « de Hong-Kong » (1969), toutes beaucoup plus meurtrières, n’avaient rien suscité de tel : comment se fait-il que la contagion préoccupe soudain autant ? Donc si on nous a confinés, c’est pour autre chose : complot ! Et d’autant plus « complot » que le confinement est allé avec la crise économique, l’entrée en dépression, la dislocation des échanges internationaux. Alors, si les grands de ce monde n’ont pas hésité à aller au-devant de telles conséquences, c’est que le complot est vraiment terrible ! 5G, vaccins, domination mondiale, Raoult contre Soros et Rothschild, les trompettes obscurantistes ont là une voie royale, qui présente l’avantage, pour les Macron et discoureurs officiels, de confirmer leur propre récit : qui s’oppose à nous est un complotiste !

Entre ces deux « camps », le camp de classe, social et internationaliste, manie, lui, la raison et la réflexion.

C’est bien un virus auquel on a affaire, pas un fake ni un robot de synthèse. Mais tout virus s’insère dans des rapports sociaux existants. Il a été le révélateur d’un effondrement financier, économique et social qui couvait, ce qui n’était un secret pour personne. Il provient en outre du déconfinement, si l’on peut dire, de zones naturelles sensibles détruites par la mondialisation capitaliste et l’exploitation illimitée des ressources. A partir de là la brutalité et la soudaineté de la vague de confinements est très explicable.

Elle s’explique par quatre causes, et par leur cumul.

Un virus nouveau, mal connu, surprenant, sans médicaments ni vaccin, est un danger sérieux, pas une « grippette » -seuls des inconscients réactionnaires peuvent encore raconter le contraire, comme ces imbéciles qui répondent aux appels de Trump et de Bolsonaro.

La Chine a pris des mesures de contrôle social draconiennes au moment où la guerre commerciale de Trump la faisait tousser ; cette réaction a ouvert la crise économique mondiale qui couvait, par la coupure des chaines de production industrielles en Asie orientale.

Troisième facteur, la diffusion très rapide de l’épidémie dans le monde – sur ce plan, elle dépasse largement les grippes de 1919, 1957 et 1969- et la violence de son explosion à Bergame et dans la plaine du Pô, ont rendu difficile aux gouvernements le refus de mesures de confinement, à partir du moment où tests de masse et autres mesures de protection n’avaient pas été prises. On a ainsi vu l’exécutif français passer d’une politique à une autre de manière brutale, et sans s’en expliquer.

Quatrième facteur : quand les salariés ont compris, et quand ils ont mesuré l’injonction contradictoire entre « restez chez vous » et « allez bosser », ils sont entrés spontanément en mouvement contre le « boulot », ce danger sanitaire. Ceci semble avoir été spectaculaire aux États-Unis. Dès lors, certains plans de confinement visaient à prendre de vitesse l’auto-défense sociale contre l’épidémie et contre le patronat. En Inde Modi a fait du confinement une attaque sans précédent contre les travailleurs précaires et migrants.

Nous devons donc, militants ouvriers rationnels, rejeter résolument les deux « explications », l’officielle et la complotiste, qui se renvoient l’une à l’autre et ne font que refléter la crise des classes dominantes, chez lesquelles elles ont court toutes deux, comme on le voit avec les « cas », de sacrés cas, Trump et Bolsonaro.

Ni extérieure, ni mystérieuse ; ni innocente, ni née d’un complot ; il s’agit bien d’un virus, et il s’agit bien de la crise du mode de production capitaliste atteignant ses limites.

 

 

 

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