Le rassemblement socialiste de Bellerive-sur-Allier.

 

 

Du vendredi 20 juin au soir au dimanche 22 vers midi, s’est tenu à Bellerive-sur-Allier un « rassemblement pour un sursaut des socialistes et de la gauche », appelé par plusieurs courants ou regroupements du Parti socialiste : la motion 3 de son dernier congrès dite « Maintenant la gauche » (Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Liennemann, Gérard Filoche), la motion 4 (initiée par Stéphane Hessel peu avant sa mort, dont le signataire le plus connu est Pierre Larrouturou, qui n’était pas à Bellerive), le courant Un Monde d’Avance qui représente ce qui reste du courant de Benoit Hamon, aujourd’hui ministre de l’Education nationale du gouvernement Hollande-Valls-Gattaz, courant qui fut représenté à Bellerive par la député Barbara Romagnan, le club - pardon le « think tank » ! - « Nouvelle voie socialiste », les regroupements récemment apparus en réaction contre la formation du gouvernement Valls que sont les « Socialistes affligés » (qui s’étaient joints à la manifestation du Front de Gauche et du NPA le 12 mai dernier) et les « Socialistes contre l’austérité » : http://www.socialistes-contre-austerite.fr/category/sinformer/les-goodies/, et le journal de Gérard Filoche et ses amis, Démocratie et Socialisme.

C’est ce dernier groupement qui était à l’origine de ce rassemblement et en a assumé la préparation et l’organisation, l’ami Bernard Grangeon aux premiers loges. Et ce fut assurément un beau succès pour lui.

Prévu de longue date, il était logique qu’avec les catastrophes des municipales et des européennes, la formation du gouvernement Valls et l’annonce de la réforme territoriale, ce qui devait être à l’origine une réunion d’opposants de gauche dans le PS se transforma en une tentative de dessiner le « sursaut » nécessaire au-delà même du PS. Même si (bien entendu), tous les « ténors » annoncés ne furent pas présents (faut-il s’en plaindre dans tous les cas ? …), ce fut un succès incontestable et significatif, avec au final plus de 200 participants alors que beaucoup moins s’étaient initialement annoncés.

Ce succès doit être bien mesuré : un appel à rassembler des socialistes adversaires du gouvernement Valls, car tout le monde a compris qu’il s’agit de cela, est parvenu à faire venir 200 personnes et plus, membres de ce parti et souvent élus, de 65 départements, pour un week-end de juin au centre de la France. Mais d’un autre côté les rassemblements de la « gauche du parti » atteignaient les centaines de participants voici quelques années, avant la grande catastrophe.

Beaucoup de ces camarades, avec une belle ardeur, veulent refaire l’histoire de la reconquête du PS par la gauche, de la défense des « promesses non tenues », aller à la « reconquête des classes populaires », histoire plusieurs fois répétée, plusieurs fois accomplie en partie même, dans le passé. Bien que ce soit la catastrophe présente qui ait suscité leur rassemblement et qui explique, en fin de compte, son relatif succès, et que celui-ci soit un écho de ce qui se passe dans les profondeurs et qu’expriment les mouvements des cheminots et des intermittents, il n’est pas sûr que ces camarades soient vraiment sortis du passé d’avant la catastrophe, ni donc qu’ils aient pleinement pris la mesure de cette dernière.

Quoi qu’il en soit, ce fut donc aussi un succès politique de premier ordre pour Gérard Filoche et ses camarades, que d’avoir été ceux qui, après la séquence municipales-Valls-réforme territoriale-européennes, rassemblent et organisent la discussion de ce qui reste comme opposants sur la gauche dans le PS, ou, pour reprendre la formulation que préfère G. Filoche, rassemblent « les socialistes », tout simplement, et ouvrent des débats avec des porte-paroles, le dimanche matin, du PCF, d’EELV, du PG, d’Ensemble, de Socialisme et République, sans compter les discussions de ces trois jours autour de la réunion proprement dite, car tout le monde était loin d’être au PS parmi les assistants et observateurs.

L’échec politique de J.L. Mélenchon, ne portant plus une perspective politique alternative ni au niveau du pays ni dans le Front de Gauche entrainé dans une crise récurrente due à l’alliance de fait de la direction du PCF avec les gouvernements Hollande, d’une part, et le soutien apporté aux contre-réformes, comme celle des retraites, par un Henri Emmanuelli, ou l’intégration gouvernementale sans faille d’un Benoit Hamon, d’autre part, ont fait de Gérard Filoche un personnage national au-delà du PS, remarquable exploit pour un socialiste dépourvu de mandat électif, porté par ses larmes sur l’affaire Cahuzac puis sa prestation dans l’émission télévisée de Laurent Ruquier.

Il se trouve de fait le rassembleur de ce qui reste de « gauche » et de « socialiste » dans ce parti, parce qu’il est lié au mouvement ouvrier et par qu’il y a eu défaut sur sa « droite » dans le PS comme sur sa « gauche » en dehors, rassembleur et exposé.

Il y a là un paradoxe intéressant mais au fond très logique : c’est au moment où, moins que jamais dans son histoire, le PS n’est ancré dans la classe ouvrière, au moment où les liens historiques se défont, que celui qui a fait son credo de l’affirmation inchangée « Le PS est un parti ouvrier », de l’invariance revendiquée dans la défense du mantra « Le PS est le parti du salariat », c’est donc au moment où ceci est plus que jamais - plus qu’en 1914, plus qu’en 1940, plus qu’en 1958, plus qu’en 1983 ! -, contredit par les actes et par les faits, non seulement du PS, mais de la classe ouvrière, c’est alors que son défenseur occupe la place politique clef d’incarnation vivante, sinon de la nature ouvrière du PS, du moins d’une nature ouvrière qui hante encore le PS !

 

Ces deux jours et demi de discussion furent du plus grand intérêt et ont permis de vérifier, au cas où on l’aurait ignoré, que quand ce qui reste de militants socialistes se réunissent pour discuter de la situation, leurs échanges ne présentent aucune différence fondamentale avec ce qui pourrait se dire entre militants se situant à la gauche du Parti socialiste. Constat qui pourrait en l’occurrence se traduire ainsi : tous dans la même mouise !

On relèvera les débats du vendredi matin sur la réforme territoriale, introduits par un rapport de Marie-Noelle Liennemann, très véhément contre la méthode et les choix gouvernementaux, véhémence qui peut cacher quelques contradictions, notamment le fait que M.N. Liennemann semble défendre la loi de janvier 2014 sur les métropoles en voyant des contradictions entre celle-ci et les deux lois annoncées depuis sur la réforme territoriale. Les super-régions sont bien en cohérence avec les métropoles et la cohérence voudrait ici que l’on combatte l’intégralité du « III° acte de la décentralisation » sans en oublier des morceaux - les métropoles, les transferts de compétences opérés par la loi Peillon sur l’école …

On relèvera aussi un débat plus ou moins récurrent sur la VI° République et la manière d’y parvenir. Paul Alliès, de Montpellier, qui anime la C6R (Convention pour une 6° République) et s’est présenté dans le rassemblement comme représentant les proches d’Arnaud Montebourg, auteur de plus d’un article digne du plus grand intérêt sur ce sujet, a développé l’idée qu’il ne faudrait pas parler de « constituante », mais passer à la VI° République par réforme constitutionnelle « pacifique » de la Cinquième. Derrière ce débat  un peu abstrait, on peut penser que se niche une question bien concrète : faut-il en finir avec la Cinquième pour passer à la Sixième ? Question concrète qui rejoint en fait ce dont il sera question plus loin. Venons-en en effet à l’essentiel : sur quelle orientation et à quelles propositions ce rassemblement a-t’il abouti ?

" Nous socialistes réunis les 20-21-22 juin à Bellerive sur Allier, nous sommes venus de 65 départements à l'appel de différentes sensibilités du Parti socialiste.

Indignés et mobilisés contre la politique du gouvernement, contre l’austérité, contre le chômage de masse, nous demandons l’application des engagements du discours du Bourget qui ont fait la victoire de mai-juin 2012. Le pacte de responsabilité, la« politique de l’offre » et la baisse du « coût du travail » n’ont jamais été dans le programme du candidat président. Si des millions d'électeurs de gauche se sont abstenus aux municipales et aux européennes, c'est parce qu'ils ne se reconnaissent pas dans la politique suivie depuis 20 mois.

Les électeurs de gauche n'ont pas voté pour donner 41 milliards sans contrepartie aux employeurs. Ils n'ont pas voté non plus pour une austérité budgétaire de 50 milliards d’euros. Nous, socialistes, voulons une réorientation de la politique du gouvernement et une finance soumise aux exigences de l’économie. Nous voulons la mise en œuvre d’un nouveau mode de développement écologique et durable. Nous voulons la réduction du temps de travail pour renouer avec le plein emploi et assurer le maintien des retraites. Nous voulons redistribuer les richesses par une augmentation significative des salaires. Nous voulons une réforme fiscale, avec un impôt progressif et direct, qui s’attaque au capital, aux dividendes, aux fraudes fiscales. Nous voulons faire reculer les inégalités, défendre et élargir les services publics, renforcer le droit du travail, contrôler les licenciements et relocaliser les emplois.

Nous pensons que ces aspirations sont majoritaires dans notre parti, dans le salariat, dans la population. Il n’y a aucune fatalité à la prétendue "mort de la gauche" si nous menons une politique économique et sociale de gauche responsable et courageuse, tout simplement en étant de gauche, en incarnant la gauche, en agissant à gauche !

Avec 40 % du bureau national du PS et avec "l'appel des 100 députés" socialistes, nous soutenons pleinement les élus, députés et sénateurs socialistes qui s’opposent à l’austérité à l’occasion du collectif budgétaire. Nous voulons que le pouvoir émane des parlementaires et non que tout soit décidé par un seul homme.

Ensemble et en confrontant, en rapprochant nos points de vue, nous nous sommes préparés ce week-end aux échéances sociales urgentes et aux débats nécessaires et programmés (états généraux, congrès) au sein du Parti socialiste et de toute la gauche.

Nous savons que rien de grand ne s'est jamais fait sans unité de toute la gauche.  Convaincus que le rassemblement de Bellerive-sur-Allier préfigure un rassemblement plus large, nous appelons à un gouvernement d’union de la gauche, rouge, rose, vert qui repose sur la majorité de l’Assemblée nationale et sur le mouvement social mobilisé.

Nous appelons au sursaut des socialistes et de toute la gauche."

 

On pourrait bien sûr ergoter sur des détails accessoires (comme cette « finance soumise aux exigences de l’économie » : la finance avec ses fameux « excès » est bien au service de l’accumulation du capital, palliant ses contradictions pour mieux les aggraver au final ! ). L’essentiel est que ces camarades veulent un autre gouvernement, évitant - dans leurs écrits, sinon dans les propos de table ! - d’écorner le président, un gouvernement qu’ils désignent comme « rouge-rose-vert », pour faire une autre politique, une politique de réformes sociales et non pas de contre-réformes capitalistes. C’est de leur part un important pas en avant. Ils pensent ainsi, pour les plus déterminés d’entre eux et certainement pour G. Filoche et ses amis, être à même de donner une perspective politique aux luttes sociales.

Il est permis de penser que ceci était en partie vrai dans les six premiers mois ayant suivi la très rapide brisure initiale consécutive à l’élection de Hollande, lorsque J.L. Mélenchon, à sa manière et en s’attirant des coups violents, défendait la perspective d’un gouvernement de gauche majoritaire alternatif. Mais aujourd’hui ? Ne seraient-ce pas plutôt les électeurs PS, qui justement ne le sont plus, puis les cheminots et les intermittents grévistes, qui poussent certains militants PS à se révolter ? La perspective des mouvements sociaux maintenant peut-elle se ramener au « gouvernement rose-rouge-vert » ?

Poser la question suggère une réponse en observant ces mouvements sociaux réels : ils affrontent le gouvernement, le patronat et la présidence, pèle-mêle. G. Filoche s’est d’ailleurs, de tous les socialistes connus, rapproché le plus d’eux en déclarant, avant Bellerive, qu’il fallait renverser le gouvernement Valls par la gauche. Cheminots et intermittents peuvent partager cet objectif, mais ils sont déjà, dans les faits, au-delà, car ils affrontent, répétons-le, dans un même bloc, patronat, gouvernement et présidence. Se posent deux questions, l’une en aval, si l’on peut dire, d’un « renversement du gouvernement Valls » par la gauche, l’autre en amont.

 

S’il s’agit de « renverser par la gauche le gouvernement Valls », en aval, après ce renversement, croit-on vraiment, maintenant, à une recomposition parlementaire qui imposerait un gouvernement rose-rouge-vert (Hamon-Maurel-Chasseigne-Duflot ! ) sous la présidence de Hollande et les hurlements sauvage de la droite, de l’extrême-droite, du patronat, du FMI et de la Commission européenne ?

Si l’avènement d’un tel gouvernement était bien le résultat du vote contre de députés socialistes au parlement et des luttes sociales dans le pays, et non une ultime et finale combinaison politique au bord du gouffre, alors  ne serait-il pas plutôt, s’il se produisait, « le signal du combat d’ensemble pour une politique mettant l’urgence sociale à la place du remboursement de la prétendue dette publique, et la démocratie à la place du régime présidentiel des préfets et des barons » (termes du tract de Militant-Allier distribué dimanche matin à Bellerive) ?

Si un tel gouvernement était bien, comme le dit G. Filoche, imposé à Hollande, celui-ci accepterait-il et pourrait-il rester, le régime de la V° République tiendrait-il et devrait-il tenir ?

On peut penser qu’aujourd’hui, à la différence d’il y a un an et demi, le « gouvernement rose-rouge-vert » dont l’invocation exprime le pas en avant de certains militants socialistes, ne serait plus qu’une tentative précaire d’arrêter le cours des choses, ou bien une transition tout aussi précaire vers l’étape suivante.

Et ceci non pas par rêverie révolutionnaire ou par spéculation politique, mais bien parce que les mouvements sociaux, ici et maintenant, qui ont commencé et qui vont continuer, affrontent ensemble, dans le même « package », patronat, gouvernement et présidence.

 

De même, si nous situons maintenant notre réflexion en amont, c’est-à-dire avant, cet hypothétique « renversement du gouvernement Valls par la gauche », se pose la question de la voie qui y mène, et la réponse s’impose : si les députés PS, les 40, les 100 … se mettent à voter Non, au collectif budgétaire aggravant l’austérité, à la réforme territoriale, à la réforme ferroviaire … alors l’affrontement avec Valls et avec Hollande arrive vite, et se posent les questions du 49-3, de l’arrivée d’une cavalerie de secours UDI-UMP pour le gouvernement, de la démission du premier ministre, ou de la dissolution de l’assemblée. Ces questions sont sous-jacentes derrière la simple amorce d’une résistance parlementaire, amendements tordus et premiers votes en abstention.

Mais là, les Athéniens s’atteignent. Parce que c’est vital, parce que c’est pressant, parce que le pacte de responsabilité sème la misère, parce que la réforme territoriale va détruire le matelas de l’aide sociale départementale. C’est mardi 24 juin le vote de la réforme ferroviaire au parlement. C’est la session extraordinaire de juillet, avec le collectif budgétaire et la réforme territoriale. Alors ?

 

On peut dire qu’un spectre a hanté les journées de Bellerive, celui du vote contre au parlement, contre Valls et Hollande.

Spectre à la tribune, car là il fut la plupart du temps esquivé, si ce n’est pour dire, comme le dit l’appel final, « soutien aux courageux députés ». Le courage, admettons, dans ce qu’est devenu le PS, qu’il leur en ait fallu pour résister aux méchants Manuel Valls, Bruno Le Roux, Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Marie Le Guen, les pittbulls de la V° République en stade ultime venant leur faire les gros yeux et les menacer. Pierre Brizon, député SFIO de l’Allier évoqué dans le discours d’accueil de Bernard Grangeon, avait eu un courage physique d’un autre calibre, tout de même, en votant contre les crédits de guerre en pleine bataille de Verdun (après les avoir votés jusque là, preuve qu’on peut changer ! ). Les cheminots qui ont perdu 12 jours de paye en reconduisant leur grève, leur grève politique pour le service public et l’intérêt général, sous les injures des médias et des pouvoirs, ont eu du courage. Quel pourcentage de ce courage faut-il pour se mettre, maintenant, à voter contre au parlement ?

De ce vote contre, il fut par contre question dans les discussions de repas, de couloirs, de buvette et de pause cigarette. Elle fut en outre posée ouvertement par un tract et par une intervention d’invité.

 

Le tract était celui du groupe Militant-Allier, dans l’ensemble chaleureusement accueilli et suscitant des discussions intéressantes, où le plus remarquable est que plusieurs camarades socialistes, ayant compris qu’on n’était pas là pour les engueuler mais pour voir comment aller de l’avant tous ensemble, disaient que ce vote contre était logique et inéluctable, d’autre en doutant. Les premiers pensaient qu’il n’était donc pas la peine d’en parler, confondant peut-être le courage de la simple abstention ou de l’amendement non sollicité, avec celui de la rupture politique publique avec le gouvernement. Les seconds trouvaient bienvenu qu’un groupe mystérieux, mais les discussions se chargeaient de dissiper le mystère, soit venu leur dire cela (ne pas exagérer ledit mystère, car nous avons aussi pu constater que notre bulletin est lu - http://www.le-militant.org/Militant/Accueil.html et http://bulletin_liaisons.voila.net/index.html ! ). Voici notre tract :

Bienvenue dans l'Allier, chers camarades socialistes !

Votre réunion est importante car vous apparaissez comme les socialistes qui s'opposent à la politique gouvernementale actuelle.

Qui gouverne dans ce pays ? François Hollande et Manuel Valls ont formé une coalition de fait avec M. Gattaz et c'est elle qui gouverne, au mépris de toute démocratie.

Selon M. Valls, la gauche est menacée de disparition et, pour survivre, elle doit accepter « la politique de l'offre » et ne pas « retourner à la IV° République ».

Libéralisme et bonapartisme sont les deux mamelles de son action.

N'en doutons plus : ils iront, si on ne les arrête pas, jusqu'à remettre à un M. Sarkozy ou à une Mme. Le Pen les clefs de l'Elysée et de Matignon.

Tout au contraire, les valeurs du socialisme et du mouvement ouvrier imposent de défaire le « pacte de responsabilité » et la réforme territoriale, pour pouvoir stopper les licenciements, augmenter fortement salaires, retraites, pensions et minima sociaux, rendre les postes supprimés dans les services publics, les classes dans l'enseignement public, les lits dans les hôpitaux ...

Début juillet, se tient une session parlementaire qui aura à voter la réforme territoriale, et un collectif budgétaire aggravant l'austérité, et la réforme ferroviaire contre laquelle se dressent les cheminots doit être votée mardi.

Camarades socialistes critiques envers la politique du gouvernement, vous avez un rôle à jouer, tous ensemble avec le monde du travail, avec les syndicalistes et avec les militants de gauche de toutes tendances restés fidèles à leurs principes.

Tous ensemble nous pouvons exiger de tous les députés élus contre la droite en 2012 qu'ils votent contre la réforme territoriale, la réforme ferroviaire et le pacte de responsabilité.

Il appartient à ceux d'entre vous qui siègent au parlement de s'y engager, il vous appartient à tous d'y appeler.

Tous ensemble nous pouvons gagner.

Le renversement par la gauche du gouvernement Valls serait le signal du combat d'ensemble pour une politique mettant l'urgence sociale à la place du remboursement de la prétendue dette publique, et la démocratie à la place du régime présidentiel des préfets et des barons.

Non le fascisme n'est pas à nos portes, non le peuple n'est pas abruti, il suffirait que cette rupture s'amorce, et vous les reverrez, la classe ouvrière et le peuple socialiste !

JUST DO IT !

 

L’intervention fut celle, dimanche matin, d’Elisa Martin pour le PG. Elisa Martin est une boule de courage sympathique. Il y a 15 ans, seule ou presque, militante socialiste, elle huait Allègre dans un rassemblement du PS sur l’école et les médias le soir retenaient que « les militants socialistes ont hué Allègre ». Aujourd’hui, maire adjointe du maire EELV atypique de Grenoble, c’est elle qui remplace en fait ici Jean-Luc Mélenchon, et sans plus de commentaire on lui tirera le chapeau. Elle a donc voulu, dans un langage fraternel, mettre cartes sur table. De façon laborieuse car, pendant un moment, son insistance sur « l’autonomie » et « l’opposition » tournait à vide, prolongeant une rhétorique vide de contenu si on n’appelle pas à l’unité d’action, et suscitant en retour quelques murmures sectaires. Finalement, elle posa la seule question qui vaille, en choisissant de la centrer sur le vote du collectif budgétaire : maintenant, camarades, faut se décider, faut le faire, faut voter contre.

La réponse d’Emmanuel Maurel, premier signataire de la motion 3, fut une esquive : « naturellement, nous sommes autonomes, assurément, nous ne suivons pas l’exécutif, il faudrait que ce soit lui qui nous suive. », pour sauter ensuite au « gouvernement rouge-rose-vert, c‘est donc nous dans cette salle qui devrions être ministres ». OK, certes, si tu veux, mais tu votes quoi sur le budget, sur la réforme territoriale ?

En répondant sur la première partie, la plus rhétorique et la plus laborieuse, de l’intervention d’Elisa Martin parlant d’ « autonomie », Emmanuel Maurel pouvait ne pas répondre sur le vote à l’assemblée, tout à fait sciemment. Et en effet dans l’appel de Bellerive nous n’avons aucun engagement à voter contre le collectif budgétaire ou la réforme territoriale

 

La perspective politique des camarades réunis à Bellerive n’est donc pas un vote contre massif de députés socialistes ouvrant une crise politique bienvenue lors de la session parlementaire extraordinaire de juillet 2014, bien qu’un tel évènement ne soit pas non plus exclu, mais s’il advient ce ne sera pas grâce à l’appel de Bellerive. Leur perspective politique, c’est un affrontement sévère au prochain congrès du PS qui risque d’avoir lieu vers mi-2015 ou avant et que M.M. Valls et Cambadélis conçoivent comme un congrès de normalisation, pour en finir avec « les frondeurs ». Blairistes contre socialistes, dans la perspective de G. Filoche qui espère rassembler au-delà des forces réunies à Bellerive et réaliser un pourcentage important. En même temps, leur perspective est celle d’états-généraux de la gauche, mis en avant par l’intervention du maire de Montreuil pour le PCF (remplaçait-il André Chassaigne ?), qui n’a pratiquement pas parlé de Hollande et du gouvernement, mais seulement du Front National aux portes du pouvoir.

Ni la bataille du congrès du PS, ni de tels « états-généraux », n’indiffèrent à des militants qui veulent que la classe ouvrière s’en sorte, mais l’ordre des priorité devrait être l’inverse : d’abord l’unité d’action dans la préparation des grèves contre patronat, gouvernement et président, d’abord l’unité d’action pour contraindre les députés PS à voter contre, y compris ceux qui nous assurent être déjà « dans l’autonomie », n’est-ce pas !

Ce mouvement est engagé. Et je dois dire, pour terminer sur une note personnelle et politique tout à la fois, que l’atmosphère fraternelle, avec les camarades de Démocratie et Socialisme, avec les anciens animateurs de l’Offensive Socialiste, avec les quelques camarades socialistes de l’Allier présents, avec ceux de Haute-Loire et du Puy-de-Dôme, avec d’autres, dont celles et ceux que je ne connaissais pas, de ces deux journées et demi, cette atmosphère fraternelle fait partie des signes qui montrent, comme la grève des cheminots et des intermittents, que, contre le patronat, le gouvernement et le président, le mouvement est engagé !

Vincent Présumey, le 23 juin 2014.

 

 

 

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