Ukraine : très rapide billet d'étape

Au moment où il est devenu aussi ridicule de nier l'intervention militaire russe en Ukraine qu'il l'était de nier l'engagement nord-américain au Sud-Vietnam au début des années 1960, voici un petit morceau d' information. Je n'ai pas eu le temps de refaire de longs articles approfondis, mais j'espère bien faire profiter prochainement le blog de Mediapart de diverses réflexions et travaux.

Au moment où il est devenu aussi ridicule de nier l'intervention militaire russe en Ukraine qu'il l'était de nier l'engagement nord-américain au Sud-Vietnam au début des années 1960, voici un petit morceau d' information. Je n'ai pas eu le temps de refaire de longs articles approfondis, mais j'espère bien faire profiter prochainement le blog de Mediapart de diverses réflexions et travaux.

En attendant, voici des images du "jour de l'indépendance" à Kramatorsk. Rappelons que Kramatorsk était, avec Sloviansk, jusqu'à fin juillet, le bastion de Strelkov, et qu'en France la plupart des gens qui se pensent plus informés que ce que nous en disent les médias dominants pensent "savoir" que "les nazis de Kiev" ou les "bandes de Pravy sector" ont pris ces deux villes (avec la variante de la "rusée retraite" de Strelkov-Borodine ! ) et "commis un génocide". Ces "gens bien informés" se répartissent entre ceux qui s'estiment très à gauche et qui jouent au remake de la Grande guerre patriotique et ceux qui s'estiment, et sont pour le coup sans doute réellement, très à droite et qui soutiennent les défenseurs de la chrétienté, de la famille, de la patrie et ces sortes de choses.

A vrai dire le second groupe est plus dans le vrai que le premier, même si les uns et les autres s'imaginent à tort qu'il y a eu une insurrection populaire dans le Donbass : comme justement la population n'a pas bougé, l'armée russe intervient. Au début, le secteur de sentiment national russe, environ 30 à 40% des habitants, a soutenu les milices et ce sont eux qui ont participé au "référendum" du 11 mai (les files d'attentes étaient longues car les bureaux était centralisés et bien contrôlés, et donc peu nombreux ! ). On pourrait comparer ces gens aux ouvriers orangistes et loyalistes de l'Irlande du Nord, par opposition au reste du peuple irlandais en Ulster et dans l'ensemble de l'Irlande.

Cependant même la mobilisation des Russes du Donbass par les milices a totalement échoué, au final : les gens n'aiment pas qu'on les rançonne tout en parlant en leur nom. D'où décomposition des milices, querelles mafieuses, manoeuvres de l'oligarque Akhmetov qui, après les avoir financées, tente de chapeauter le mécontentement montant des mineurs contre elles, etc. Les seules organisation syndicales indépendantes sont en opposition frontale avec les milices (les communiqués de soi-disant "syndicalistes mineurs" diffusés en boucle d'un site à l'autre de la blogsphère se croyant rouge et de celle des vrais bruns viennent tous de la même source : un "syndicaliste" acheté par les oligarques depuis maintenant plus de 25 ans).

En face, l'armée ukrainienne n'est pas d'une grande adresse et efficacité, car l'agression russe en Crimée puis le Donbass ont permis aux oligarques de sauver leur Etat, alors qu'une victoire nationale dépendait de la mobilisation populaire, de l'auto-organisation.

Tant le crime commis contre l'avion de la Malaysia Air Lines que l' "aide humanitaire" russe à Lougansk ont eu pour fonction de faire des "Républiques" autoproclamées des entités reconnues internationalement, puisqu'il a bien fallu discuter avec eux pour inspecter les débris et rappatrier les corps, et de nier l'existence de l'Ukraine en tant qu'Etat souverain (ce qui ne veut pas dire que le coup de l'avion ait été prémédité : le simple bon sens suggère que le désordre dans les milices explique le drame ...).

A chaque fois (exploitation du drame de l'avion, opération "humanitaire" fort bien copiée, soi dit en passant, par l'impérialisme russe sur des exemples antérieurs US ou français, où l'on vient "aider" ceux que l'on a pris en otages), les progrès militaires ukrainiens étaient fragilisés, mais néanmoins l'absence totale de base populaire aux milices conduisait à leur décomposition sur place. D'où le choix russe d'ouvrir directement un troisième front, en plus de Lougansk et Donetzk, à Novoazovsk et menaçant Marioupol, où la population se mobilise pour résister.

Bref, voici, je me répète, des images du "jour de l'indépendance" ukrainienne, pas n'importe où, à Kramatorsk. D'aucun s'imaginent que "les nazis" ont tué tout le monde et tenterons sans doute d'expliquer que ces femmes, ces enfants, ces gens sont "des nazis". Détail qui a son importance : les slogans (on entend très bien au début "Svoboda Ukraïna", ce qui ne veut pas dire "nous sommes des nazis", faut préciser à l'usage des "informés" français, mais "Ukraine libre"') sont en russe. Jamais personne n'a prétendu interdire à ces gens de parler russe. Et le sentiment national ukrainien s'exprime fort bien en russe. Par contre, dans les écoles de Crimée annexée, l'enseignement de l'ukrainien a commencé à être liquidé, cependant que l'exode des Tatars s'accentue ..

http://www.kramatorsk.info/view/155282

NB : lecture recommandée : l'article d'Hélène Richard dans le Monde Diplomatique de septembre, qui donne des informations directes sur la révolution, car ce fut une révolution, à Khmelnitsky, et montre bien comment c'est l'agression russe qui a servi à figer le mouvement de destruction de l'appareil d'Etat des oligarques à l'échelle de tout le pays.

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