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Billet de blog 28 sept. 2009

L'Etre Humain: où sont les poils?

L’absence de pilosité de l’Homme est un mystère datant du début de l’histoire des sciences naturelles. Darwin écrivait dans la Descendance de l’Homme que « personne ne suppose que l’absence de pilosité soit un quelconque avantage pour l’Homme. Son corps ne peut donc, en conséquence, avoir été rendu glabre sous l’influence de la sélection naturelle. ».

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L’absence de pilosité de l’Homme est un mystère datant du début de l’histoire des sciences naturelles. Darwin écrivait dans la Descendance de l’Homme que « personne ne suppose que l’absence de pilosité soit un quelconque avantage pour l’Homme. Son corps ne peut donc, en conséquence, avoir été rendu glabre sous l’influence de la sélection naturelle. ».

Sous quelle influence, alors ? Cette question reste à ce jour sans réponse, même si plusieurs hypothèses ont été proposées, mais aucun ne semble résister à une analyse un tant soit peu approfondie (ces hypothèses étant liées à attractivité sexuelle, à la bipédalité, à la régulation thermique, et même au fait d’une naissance prématurée permettant à l’Humain de développer au gros cerveau mais empêchant le développement utérin de la pilosité– hypothèse de la néoténie).

Bref rappel : l’Humain est le seul mammifère terrestre glabre, ou du moins avec une pilosité très réduite. La femme l’est encore plus (glabre) que l’homme – ce qui a au moins un grave défaut, parmi d’autres : il n’y a rien permettant au petit enfant de s’accrocher à sa mère. Et aucun avantage objectif ne semble exister pour cette caractéristique.

La question du « pourquoi » restant sans réponse, l'on se posa la question du « depuis quand », partant du bon vieux principe qu’il fut un temps ou Homo-quelque chose était forcément couvert de poils.

En 2004 des généticiens américains (Alan Rogers, Stephen Wooding et Dave Iltis, de l’Université d’Utah, Salt Lake City) firent un papier sur un récepteur de mélano cortine (donnant à la peau une capacité de résistance au rayonnement solaire), liant celui-ci au fait que l’homme glabre ne pouvait survivre dans cette caractéristique génétique. Caractéristique qui d’après ces chercheurs date d’au moins 1,2 millions d’années. Ah, en plein à l’époque de Homo Erectus.

Mais en 2007, un autre chercheur (David L. Reed, Florida Museum of Natural History) spécialisé dans l’ADN des poux découvrit que les poux que l’on trouve dans les cheveux humains sont reliés aux poux que l’on trouve sur les chimpanzés, mais que le morpion (le pou du pubis, que l’on ne trouve que là) est lui relié à la vermine du gorille, que nous aurions attrapée beaucoup plus récemment.

De ceci Reed fait l’hypothèse que nous aurions déjà perdu la plus grande partie de notre pilosité voici 3,3 millions d’années, avant même le commencement de la lignée « homo » proprement dite.

Si cette hypothèse d’un hominidé glabre apparaissant (au moins) 700 000 ans avant le début du paléolithique se révélait correcte, elle apporterait de l’eau au moulin d’une hypothèse sur le « pourquoi » proposée dès 1960 par Alistair Hardy de l’Université d’Oxford, selon laquelle l’Homme est issu d’un milieu aquatique. En effet, outre le manque de pilosité typique des mammifères marins, l’Homme possède par exemple une couche de graisse sous-cutanée, autre caractéristique des ces mammifères.

Cette hypothèse fut rejetée d’emblée à l’époque car la « théorie officielle » était que l’Homme était apparu dans la savane, lieu propice à la bipédalité et aux longues courses à pied. Cette théorie de la savane fut contredite en 1997 par des études plus poussées sur l’environnement des hominidés anciens, d’où il ressort que l’habitat-type était bien plusproche du type marécageux et forestier que du type savane. Ce qui n’empêche pas, bien sur, que l’Homme se développa aussi dans la savane, mais sa pilosité réduite serait apparue bien avant cette étape.

En conclusion, l’hypothèse d’un interlude aquatique ayant transformé le « singe poilu » en hominidé bipède, glabre, dénué d’un réel sens olfactif et doté d’une couche de graisse sous-cutanée semble renforcée par la datation toujours plus lointaine de la disparition de ce système pileux, et par la contradiction évidente entre la sélection naturelle (en milieu terrestre) et la perte de la pilosité.

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