Le 15 décembre dernier, Aliança Catalana inaugurait son nouveau siège en plein centre de Barcelone. L’implantation du parti dans la capitale catalane matérialise son déploiement progressif, et sa claire intention d’y faire campagne pour les municipales de 2027.
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Créé en 2020 dans la petite ville de Ripoll, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière française, Aliança Catalana se focalise notamment sur la « défense de la culture occidentale », associée à « la lutte contre l’immigration massive », afin d’empêcher « l’islamisation de la société ». À cet assemblage idéologique traditionnel de l’extrême-droite, s’ajoute la revendication d’indépendance de la Catalogne, jusque-là essentiellement portée par deux grands partis de la politique catalane : Esquerra Republicana de Catalunya (ERC), à gauche, et Junts, à droite.
Les récents sondages réalisés par le Centre d’Études et d’Opinion de la Communauté Autonome de Catalogne confirment la spectaculaire percée du jeune parti dans l’opinion publique, le créditant de 11 à 14% des intentions de vote, tout proche de Junts (13 à 15%).
Transfert des sympathisant·es
Par ailleurs, 21% des personnes qui affirment qu’elles voteraient pour Aliança Catalana en cas d’élection ont voté pour Junts lors des dernières élections, tandis que 11% ont voté pour ERC. Un tel transfert des sympathisant·es s’explique en partie par l’échec du processus d’indépendance, débuté dans les années 2010 et qui a culminé avec le référendum d’autodétermination de 2017, déclaré illégal par le gouvernement central espagnol, à l’époque dirigé par le conservateur Mariano Rajoy. Les principaux leaders indépendantistes furent arrêtés, à l’exception du président du parlement catalan, Carles Puigdemont (Junts), qui s’exila à l’étranger.
Huit mois plus tard, le gouvernement Rajoy fut renversé par une motion de censure, laissant place à une coalition de gauche menée par le parti socialiste, toujours au pouvoir aujourd’hui. Les socialistes, bien qu’elleux aussi opposé·es à l’indépendance, ont progressivement rétabli le dialogue avec les partis indépendantistes. Un dispositif de négociation a été mis en place (la mesa de diálogo), et des concessions ont été faites (remises de peine et loi d’amnistie principalement), mais la possibilité de l’organisation d’un référendum légal semble définitivement écartée. Aliança Catalana tire profit de la désillusion engendrée chez les partisan·es de l’indépendance. Après l’échec de Junts et d’ERC, le parti se présente comme l’unique formation réellement séparatiste.
En réaction à la fuite de ses électeurs·rices, Junts a récemment décidé de se retirer de la coalition au pouvoir à Madrid, marquant ainsi ses distances avec un parti socialiste, qui, par ailleurs, est désormais également majoritaire au parlement catalan. Dans un même temps, Junts durcit son discours sur l’identité et sur l’immigration, espérant sans doute maintenir sa place de parti fort de la droite nationaliste catalane, et ainsi enrayer la croissance d’Aliança Catalana. Il est fort à parier que cette stratégie ne fasse que légitimer les arguments du parti d’extrême droite pour, in fine, lui profiter dans les urnes.
Droitisation de l’opinion publique
L’essor d’Aliança Catalana s’inscrit dans le contexte d’une droitisation générale de l’opinion publique espagnole, notamment perceptible aux résultats de Vox aux dernières élections régionales. À l’heure où la population espagnole se diversifie rapidement sous l’effet des flux de migration dont dépend structurellement l’économie du pays, le défi de l’Espagne est, à contre-courant des propositions nativistes et xénophobes de Vox et d’Aliança Catalana, de construire un modèle de société plurielle et inclusive.