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Billet de blog 2 janvier 2026

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Terreur & discours

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

le terrorisme omniprésent dans le discours

La TERREUR (= état de peur extrême) est au fondement du Pouvoir. Une violence extrême entraîne – ou est supposée entraîner - une soumission inconditionnelle. Ce serait l'arme absolue.

Quand un État terrorise une population, il est légitime – par essence. Quand ce n'est pas l'Etat, c'est du terrorisme = le pire crime qui soit.

Max Weber (1864-1920) attribue à l'État le monopole de la violence légitime. La formulation est séduisante mais – attention - elle n'implique nullement que toute violence d'État serait légitime.

Les dépositaires de l'ordre public – les forces de l'ordre – peuvent se rendre coupables d'abus dans l'exercice de l'autorité, abus de force au nombre desquels figurent les bavures policières. Et les violences policières illégitimes ne se limitent pas aux bavures (effets indésirés, incidents collatéraux) mais incluent quantité d'usages inconsidérés de la force, d'actions outrancières voulues par leur ordonnateur. S'y ajoutent les opérations de police concertées avec des agents provocateurs d'incidents.

Hannah Arendt (1906-1975), critique de la pensée de M. Weber, porte son attention sur le Totalitarisme et l'État totalitaire, alors que fleurissent les dictatures fasciste et nazie. Le régime nazi instauré par Hitler en 1933 est un État-de-droit, légitimement constitué, et dont toutes les actions ont un fondement juridique. Mais faute de contre-pouvoirs, c'est un État d'abus, de coercition, qui ne permet pas aux agents politiques que nous sommes de respecter l'impératif catégorique tel que défini dans la morale kantienne.

Dans son essai Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal (1963), Hannah Arendt décrit l'accusé Adaolf Eichmann (condamné à la pendaison en 1962) comme un banal fonctionnaire nazi, mettant en lumière la banalisation du mal. Elle précisera : Pour Kant, personne n'a le droit d'obéir.

Jamais un dépositaire de l'ordre public, quelque soit son rang dans la hiérarchie, n'est tenu d'obéir. Car il existe un souverain bien (Emmanuel Kant) qui s'impose à nous par delà toute autre souveraineté. Obéir en contradiction avec l'impératif moral, c'est choisir l'assujétissement [l'esclavage volontaire selon La Boétie] et c'est renoncer à sa propre humanité.

Il y a toute une gamme d'oppositions à la contrainte, portant les noms de résistance, rebellion, guerilla, répression, état d'exception, violence latente, intimidation, assassinat, révolte, révolution, contre-révolution, guerre larvée, persécution, vendetta, pogrom, guerre civile, etc... (L'Histoire est plus riche en diversités que

On appelle Terreur la période de la Révolution française approximativement comprise entre mars 1793 et juillet 1794. Le gouvernement du Comité de salut public & du Comité de sûreté générale met en œuvre une politique propre à terroriser les ennemis de la jeune République, couvrant ainsi les exactions commises dans le cadre de la répression des insurrections fédéralistes et de la guerre de Vendée. Sûretré générale et Salut public sont les masques ou cache-sexes des terroristes - dits robespierristes - qui exploitent/manipulent/instrumentalisent les colères de la populace en révolte contre la vie-chère.

Les Jacobins (tout autant que leurs concurrents Girondins) incarnent la bourgeoisie conquérante, pour laquelle 1789 n'est pas un commencement mais un aboutissement, le parachêvement de sa lente et longue ascension aux sommets de l'État, depuis que les parlementaires (noblesse de robe) ont pris l'ascendant sur les militaires (noblesse d'épée).

Maximilien de Robespierre (1758-1794) est un avocat scrupuleux, d'abord inscrit au registre des avocats du Parlement de Paris, puis à Arras, imprégné des idées de Rousseau, élu député du tiers état aux États généraux de 1789, siégeant parmi les démocrates à l'Assemblée nationale constituante, soutenant l'abolition de la peine de mort et de l'esclavage, le droit de vote des gens de couleur, des juifs ou des comédiens, ainsi que le suffrage universel (masculin) et l'égalité des droits (contre le suffrage censitaire). L'homme – réputé ascète, intransigeant et incorruptible – illustre cette nouvelle classe à vocation dominante, dont les Buonaparte de Corse reflètent un autre aspect, plus arriviste.

Terreur est également le nom dont est qualifiée la réaction des Verdets* après la chute de Robespierre (Thermidor / juillet 1794), suivie par la Terreur blanche de 1815, censée clore la « parenthèse » révolutionnaire.

* Verdets = compagnies royalistes secrètes, dont les membres portaient au bras un ruban vert, couleur de la livrée du comte d'Artois, frère de Louis-XVI et futur Charles-X, monarchistes ultra... des séditieux qui firent long-feu.

La Terreur rouge - exercée par le Parti communiste après la Révolution d'Octobre 1917 - est accompagnée d'une Terreur blanche des contre-révolutionnaires de 1917 à 1919.

Et déjà s'annonce la Terreur brune, que la Nuit de cristal des 9 & 10 nov. 1938 inaugure... 

Si rien ne justifie la Terreur, tout peut la justifier 

La terreur d'État est présentée – par l'État qui la pratique – comme une nécessité douloureuse. Et toute autre terreur est présentée comme scandaleuse, inadmissible, insupportable. Cependant, des actes terrorisants (et non-étatiques) ponctuent l'ordinaire des citoyens, au sein de ce que nous dénommons démocratie en Occident. Et cette terreur s'appelle Terrorisme.

À Paris, Gérald Darmanin invente l'écoterrorisme à l'assant d'une grande bassine. À Washington, J. D. Vance réinvente la race pure, catholique et blanche-neige, que menacent les strange migrants. À Kiryat Arba (colonie extrémiste illégale en Cisjordanie) le suprématiste Itamar Ben-Gvir - leader de Force juive et reconnu en 2007 coupable d'incitations au racisme et d'agissements terroristes - reformule la parole divine qui lui octroie une Terre promise sans partage, tandis que Benyamin Netanyahou re-définit des valeurs cotées à Wall-Street.

Plus que les USA, c'est l'Allemagne qui offre à Israël le plus constant appui, un soutien inconditionnel, aveugle et imbécile, mais qui n'occulte rien de la Shoah... Et l'État français lui emboîte le pas. On a beaucoup à se faire pardonner. Le discours terrorisant porte ainsi ses fruits.

Quand à Tel-Aviv on déclare que l'anti-sionisme est de l'antisémitisme, à Paris, on opine du chef. Tout propos anti-sioniste est assimilé à un crime contre l'Humanité. L'humanité, c'est la modalité spécifique de traitement des Non-Israéliens dans les territoires occupés par l'armée ou/et les colons. Quand l'État d'Israël - État voyou - méprise toutes les résolutions de l'ONU.

Rappelons nous que l'État d'Israël fut, des décennies durant, un fidèle soutien du régime d'apartheid en Union-Sud-Africaine. Cette relation préférentielle cesse après l'abolition du régime, et la République d'Afrique du Sud dénonce le génocide des Palestiniens de Gaza en 2024, tandis que la Cour internationale de justice estime qu'Israél a instauré un régime d'apartheid.

Est-il plus pénible d'être Allemand qu'être Juif ? - Hannah Arendt était juive allemande. - Dieu me tripotte, s'exclame Elisabeth Quin dans l'émission 28 minutes sur Arte.

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