Il y avait un enfant pauvre d'Algérie

Hier, une amie algéroise me confiait son bouleversement : l'ancienne femme de ménage de son bureau, une entreprise de recrutement de cadres, sur le port d'Alger, qui avait travaillé là 6 à 7 ans, déjà gravement malade depuis longtemps, venait de mourir : Quelle vie ! La nôtre a adopté un garçon et une fille. A élevé son petit-fils qui a pris 9 ans de prison et qui a contribué à accélérer sa mort…

Galliéro, port d'Alger © Galliéro Galliéro, port d'Alger © Galliéro

Hier, une amie algéroise me confiait son bouleversement : l'ancienne femme de ménage de son bureau, une entreprise de recrutement de cadres, sur le port d'Alger, qui avait travaillé là 6 à 7 ans, déjà gravement malade depuis longtemps, venait de mourir : Quelle vie ! La nôtre a adopté un garçon et une fille. A élevé son petit-fils qui a pris 9 ans de prison et qui a contribué à accélérer sa mort. Son fils adoptif vivait en concubinage avec une femme qui avait le double de son âge et sa fille à vécu longtemps dans un bidonville avec son mari et ses 3 enfants. Avec tout ça, la pauvre dame a fini très malade soignée par la voisine, m'écrivait-elle. Que dire à/de la jeunesse d'Algérie en ces jours, sinon : Vous avez raison, grande raison… d'être… et de l'affirmer ! À la mémoire de cette femme… et de cette jeunesse, ce simple poème venu d'un temps déjà ancien…

 

Il y avait un enfant pauvre d'Algérie

Il y avait un homme assis entre chaque soleil
sa tête était perdue au plus profond de la lumière
il était fort et large
et debout sur la vie.

Il y avait un enfant pauvre d'Algérie
pour soutenir son calme
un enfant pour chaque jour qui venait boire son ombre.

Il y avait aussi deux arbres chauves
et sa femme à toute heure dansait
ses yeux autour du cou.

Philippe Louit, revue Soleil, N° 1, Alger, 5 janvier 1950. Collaborateurs de ce n° : Galliéro (illustration) , M.-R. Bataille, Kateb Yacine, Philippe Louit, Jean Sénac, Louis Foucher, José Pivin (gérant), Mohammed Dib.

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