Rencontre avec Ara Güler, "l'oeil d'Istanbul"

Incontournable en Turquie, Ara Güler a aussi sa place dans l'histoire mondiale de la photographie. À 81 ans, il a conservé un caractère bien trempé, et évoque avec nostalgie la ville qu'il a le plus photographiée, Istanbul, dans les années 1950 et 1960.

Incontournable en Turquie, Ara Güler a aussi sa place dans l'histoire mondiale de la photographie. À 81 ans, il a conservé un caractère bien trempé, et évoque avec nostalgie la ville qu'il a le plus photographiée, Istanbul, dans les années 1950 et 1960. trans.gif

 

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Ara Güler a travaillé pour l'agence Magnum pendant plusieurs années.

« Attention, il a du caractère ». On m'avait prévenue. Ara Güler répond aux interviews au gré de ses humeurs. En dépit de cet avertissement, j'ai persisté pour le rencontrer. Il faut l'approcher avec douceur, presque l'apprivoiser. Jeudi 29 avril, en début d'après-midi, avec l'aide et les conseils d'Anne Potié, directrice de l'Institut français d'Istanbul, j'ai pu interviewer « l'œil d'Istanbul ».

Pour rencontrer Ara Güler, pas la peine de prendre rendez-vous par téléphone. Le photographe stambouliote passe une grande partie de ses journées au Ara Kafe, à l'angle d'Istiklal Caddesi, la plus grande rue commerçante d'Istanbul. Le café lui appartient, même si il ne s'en occupe plus. Et il lui est dédié : sur les murs, ses plus célèbres photographies sont accrochées.

Avec un peu de retard, il arrive et s'installe à notre table. Lorsque Ara Güler pose son objectif sur des moments de vie, il le fait avec précision. Un regard incisif qu'on retrouve dans sa personnalité. « Je ne suis pas photographe, je suis journaliste », martèle-t-il dès la première question.

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Le ton est aussi direct lorsque j'aborde le sujet de l'évolution d'Istanbul depuis les années 1950. « Aujourd'hui, les habitants sont tous des idiots. Istanbul est morte. La ville a perdu son esthétisme, les constructions sont dégueulasses, lâche-t-il en français. Et il n'y a pas de retour en arrière », conclut-il avec amertume.

 

Pour preuve, il prend un de ses livres sur une étagère du café, et me montre un village de pêcheurs qui n'existe plus aujourd'hui. Il feuillette lentement le livre. À chaque page tournée, il hausse les sourcils, plisse le front. D'autres photographies d'immeubles apparaissent. Ara Güler parle de cette architecture qui a disparue, remplacée par les habitations construites à la va-vite pour les immigrés arrivés dans les années 1960.

 

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Le photographe d'Istanbul parle peu, mais choisit ses mots avec précaution. Son regard s'anime et ses yeux pétillent. Plongé dans le passé, il raconte ce qu'il a voulu montrer. « Là c'est Istikklâl en 1962 », pointe-t-il du doigt. J'ai en face de moi un vieux monsieur, dégarni, les cheveux blancs. Pourtant c'est le photographe vif et enthousiaste âgé d'une trentaine d'années que je vois. Un homme qui ne trouve pas sa place dans le XXIe siècle. « Istanbul n'est plus ce qu'elle était. Je deviens fou dans ce qu'elle est devenue ».

 

 

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