Les Tamouls de Paris, indirectement délogés par Nicolas Sarkozy

Lundi 27 avril, midi, place du Trocadéro, Paris. Alors que près de 200 personnes d'origine tamoule occupent le parvis des droits de l'Homme, les forces de l'ordre arrivent sur place. Sur ordre du préfet de police de Paris, ils demandent aux manifestants – y compris les grévistes de la faim installés sur place – de vider les lieux. Banderoles, pancartes, drapeaux doivent être rangés. Il ne doit plus y avoir de trace de leur passage.

 

Place du Trocadéro, le mercredi 22 avril

 

Pourquoi? Jusqu'ici, les demandes de renouvellement du sitting place du Trocadéro étaient pourtant accordées sans problème aux membres de la communauté tamoule parisienne. Trois à cinq policiers étaient présents sur place jour et nuit, tout comme une grande partie des manifestants.

 

Mais jusqu'ici, Nicolas Sarkozy ne s'était pas déplacé au Trocadéro. Or, c'est ce qui s'est passé mercredi 29 avril. A 17 heures, le chef de l'Etat a présenté son projet pour le Grand Paris à l'occasion de l'inauguration de l'exposition des dix projets architecturaux sur la future agglomération parisienne, qui a lieu à la Cité del'architecture et du patrimoine, située dans l'enceinte du palais de Chaillot. Place du Trocadéro.

 

Il est vrai que le déplacement, annoncé depuis longtemps, était prévisible. «On avait entendu parler de ce discours depuis plus d'une semaine, on s'attendait donc à ce que cela arrive», explique Tharany, secrétaire de l'Organisation des Jeunes Tamouls (OJT) de France. «En tout cas nous avons immédiatement fait le lien avec cet événement lorsque les forces de l'ordre se sont présentées lundi en nous demandant de partir», précise-t-elle.

 

Lundi, les forces de l'ordre, elles, ont invoqué la raison suivante: cela fait presque un mois que les Tamouls occupent le parvis des droits de l'Homme. Trop, selon eux, même si il n'y a pas de violence.

 

Ce qui n'est du goût des Tamouls de Paris, qui veulent continuer leur mobilisation. Ils ont d'abord refusé de quitter la place du Trocadéro. Mais les policiers ont insisté. Ils ont alors entamé une discussion un peu houleuse avec les responsables des associations qui organisent le mouvement. Finalement, c'est sous escorte policière que les quelques 200 Tamouls se sont déplacés. Les grévistes ont été transportés en voiture.

 

 

Les manifestants ont ensuite installé leur campement place de la République (Xe), quasiment à l'identique. Ils continuent leur sitting pour réclamer un «cessez-le-feu immédiat» au Sri Lanka.

 

Depuis lundi, ils y sont toujours, sans autorisation préfectorale. Mais les autorités n'interviennent pas. Un accord tacite alors que les ministres des Affaires étrangères britannique et français tentent d'obtenir l'aval du Sri-Lanka pour un cessez-le-feu. Les Tamouls de Paris ne savent pas si ils pourront retourner sur le parvis des droits de l'Homme. Ni combien de temps ils pourront maintenir leur nouveau sitting. Jusqu'au déplacement de Nicolas Sarkozy place de la République?

 

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