«Permettez moi de rêver», réflexion d'un étudiant perdu

Ces quelques lignes non pas pour se plaindre une fois de plus mais pour alerter et donner un point de vue supplémentaire à cette situation embarrassante. Je suis un étudiant, en 3e année de kinésithérapie, en pleine période de partiels, dans une ville de l’Est de la France durement touchée par la pandémie de la Covid-19. Beaucoup de brouillard en tête, de questions, que je veux résumer ici.

J’essaye à chaque problème de ma vie, de trouver une solution, une explication pour pouvoir le surpasser, du moins l’accepter de la meilleure des façons. L’épidémie m’a poussé à la réflexion suivante :

« Pourquoi ? Pourquoi les étudiants sont ils si impactés dans leur cursus par cette pandémie ? »

Cette réflexion est sûrement simpliste, stupide, mais m’a permis de sortir de cette boucle infernale dans laquelle beaucoup d’étudiant confinés se sont retrouvés. Ce qui est sûr et très embarrassant, c’est que 29 % des étudiants sont en dépression, 23 % des étudiants ont eu des pensées suicidaires, et selon une commission d'enquête menée par l'Assemblée nationale, 50 % des étudiants déclarent en effet que la crise sanitaire a impacté leurs projets d’orientation et professionnels. Une majorité, ne sait absolument pas qui il est, où il va…

On peut dire vulgairement que les étudiants sont en roue libre, les établissements faisant ce qu’ils peuvent avec les règles qu’il leur sont données. C’est agréable de ne pas se sentir abandonné sur ce point, mais c’est d’une part insuffisant, et d’une autre assez déprimant. Quels futurs pour nos diplômes ? Quelles valeurs auront t’ils ? Voici une question de plus sans réponse précise qui traverse ma tête et me pousse à baisser les bras, à me laisser aller à l’appât des réseaux sociaux qui vendent à longueur de journée des futurs en apparence flamboyants, présentés avec un sentiment de plénitude, un rêve qui devrait en temps normal m’être vendu par mes études.

La position de l’étudiant que je définis ici est très critiquable, à majorité passive, à attendre que la soupe tombe bien chaude dans l’assiette. D’une part ce n’est pas ma philosophie habituelle, d’une autre c’est malheureusement mais sûrement le cas de la majorité des étudiants en France (il suffit de regarder le nombre d’étudiants engagé activement dans la vie de leur campus par rapport au nombre total d’étudiant passif consommateur de ces activités, ou bien le nombre d’étudiant préférant « netflixer » plutôt que de s’adonner à une activité plus constructive. Ceci n’étant pas une critique mais une simple observation, peut être blessante mais qui se rapproche de la vérité).

Ces étudiants en perte de repères, sont par définition perdus. En temps normal, hors Covid, l’étudiant lambda est en constant mouvement, sa sécurité psychique dépendant de son entourage, de sa vie sociale, et pouvant se référer à une base solide de la société composé entre autres par les structures pédagogiques, dont les équipes d’enseignants de tout cursus confondus (qui rappelons le font un travail formidable durant cette épidémie). Durant cette période que nous traversons, la « base » que j’ai si mal définis auparavant est instable. Je la vois comme un bateau en pleine tempête.

Face à ce bateau, qui héberge les étudiants, il y a les vagues des différentes polémiques, les temps d’échanges houleux, réflexions et autres questionnements qui secouent jusqu’au base de la républiques. Face à ce bateau, il y a la montée incessante de la répression par la violence des manifestations (qui reste encore un droit fondamental d’une république comme la nôtre) traduisant l’impuissance du gouvernement et des autorités en tout genre à apporter des solutions plus raisonnables. Face à cela, le bateau est secoué, et l’étudiant ne sait pas comment rester debout. Face à cela, l’étudiant est perdu.

Comment se construire pour la vie dans cet environnement hostile ?

Comment se construire dans un sentiment ambiant de non confiance ?

Comment être critique face aux médias qui recherchent le buzz par l’info sensationnelle qui paye largement mieux que l’info raisonnable ?

Par quel moyen l’étudiant lambda peut passer ses journées à construire son château de carte de connaissance dans ce bateau qui a l’air de se fragiliser à chaque vague contre sa coque ?

Comment construire un esprit critique indispensable à la pérennisation du système démocratique dans une période où la théorie du complot est une option de pensée, où il est plus facile de refuser un vaccin que d’ honorer le travail acharné de chercheur plus compétents les uns que les autres ?

Que faire pour agir, rapidement, car l’attente n’est plus permise, n’est plus acceptable !

 

Certes le cas des étudiants à court terme n’apparaît pas si catastrophique, comparé aux restaurateurs, aux infirmiers, aux caissiers et j’en passe… Mais ces quelques lignes n’ont pas été pensées sur le court terme, mais sur une vision à moyen voir long terme.

Merci de nous prendre en considération, dans cette société du « court terme », dans cette société qui pousse à l’égoïsme, dans cette société quelque peu manipulatrice de pensée malgré elle, dans cette société avare d’argent et de reconnaissance, au détriment de sa société, de sa population… Dans cette société qui nous vend des vies de rêves plutôt que de nous aider à nous la construire.

 

Permettez moi non pas de croire mais de penser,

Permettez moi de rêver à mon futur,

Permettez moi de rêver,

Simplement.

 

V.G, 21 ans, étudiant

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