Séduction démocratique ou séduction féministe (réponse à Éric Fassin)


Ce qui suit devait être un commentaire sous l'intéressant billet d'Éric Fassin Penser la séduction démocratique. Puis au moment de le publier j'ai pensé qu'un commentaire aussi long frisait la discourtoisie…


J'arrive de Mars (ou plutôt de Vénus ?).
Le billet d'Éric Fassin est, de mon point de vue, complètement inutile car il enfonce des portes ouvertes.
Bon, je vois bien que sur Terre ces portes sont en fait assez cadenassées et que ce billet et une bonne partie de ses commentaires peuvent contribuer à les entrebailler…
Je déteste et je méprise la domination. Je trouve ça infantile, vulgaire, inepte. C'est le degré zéro des relations humaines. Je n'admets pas une seconde, jamais, que quiconque puisse prétendre exercer sur moi un pouvoir. Je suis tout aussi allergique au fait qu'on attende de moi une attitude de domination : cela me fait fuir. Y compris et peut-être surtout dans la relation amoureuse, si ce n'est, ponctuellement, par jeu entre égaux.
J'aime les femmes, mes sœurs complètement égales et délicieusement différentes. Quand il arrive que l'une d'elles me touche plus particulièrement, que je commence à penser : "que je serais donc bien dans ces bras-là", je me mets à l'écoute, je cherche les signaux qui indiquent si elle est disponible ou non et je me mets en situation d'émettre moi-même des signaux discrets. Pour moi c'est ça, le jeu (merveilleux) de la séduction : ce tâtonnement, cette danse (parfois très lente, parfois fulgurante) où le désir cherche s'il a un écho. Si ça sonne mat, s'il n'y a pas de résonance, ben voilà, c'est fini sans avoir commencé. Bien sûr il y a des filles qui préfèrent une approche plus directe, qui aiment être un peu bousculées. Bon, si elles le font sentir, si c'est leur façon de me séduire, pourquoi pas, allons-y pour un jeu consenti (si c'est vraiment un jeu : celles qui cherchent pour de vrai à être dominées me mutilent de quelque chose d'essentiel et c'est dissuasif). Du moment qu'il y a un désir réciproque, réciproque, réciproque…Sans cette réciprocité, mon désir s'éteint. Qu'on puisse insister quand-même, ça me dépasse. Alors violer…Ma vie en dépendrait-elle que j'en serais incapable. Il m'est certes arrivé de me tromper et, projetant mon désir sur l'autre, de me croire désiré alors que je ne l'étais pas. Au premier signe de cette discordance je bats en retraite sans regret : ce qui n'est pas, n'est pas. Voilà tout.
……………
Je suis bien d'accord avec Bernard Colin : l'expression séduction démocratique me paraît totalement inappropriée, pour les raisons qu'il a bien dites. Quant aux plaisirs asymétriques de la séduction, euh, pourquoi asymétriques ? Et pourquoi symétriques, d'ailleurs ? Que vient faire ici la géométrie, dans ce libre jeu du désir naissant entre deux individus libres et égaux qui se cherchent , qui s'ajustent, pour un investissement qui peut être léger, partiel, éphémère ou bien grave et profond, avec toutes les gradations possibles ? Foin des géomètres et des juristes…
Séduction féministe ? Si le féminisme est ce que je ressens profondément : l'égalité absolue en droits et en dignité entre les hommes et les femmes, sans aucune dérogation, alors oui, séduction féministe. Je n'en imagine pas d'autre qui me convienne.

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