Les uns par les autres : Nature, culture, civilisation (suite)

Le fil "Melchior et Pierrot sont dans un bateau" est devenu impraticable. J'ouvre donc ici un nouvel espace pour ceux que le sujet intéresse.
Pour relancer je propose quelques pépites que j'ai choisies dans le texte de Jean Michel Boulanger pour le catalogue de l'exposition Grand Nord Grand Sud que nous a fait découvrir une commentatrice dans le précédent fil. Nous y entendons les voix de JMG Le Clézio, Edgar Morin, Edouard Glissant, Jean Malaurie…

 

« Vivre le monde : éprouver d'abord son lieu, ses fragilités, ses énergies, ses intuitions, son pouvoir de changer, de demeurer. Ses politiques. Vivre le lieu : dire le monde, aussi bien ». Voilà le projet pour demain.
foin de hiérarchie et surtout de mépris entre culture savante et culture populaire…
La nouvelle alliance, si impérative : tisser les liens entre les cultures.
Peut-être sommes-nous, à l'issue d'un pourtant bien long chemin, à la véritable Aube des peuples.
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On a raté une rencontre avec l'autre et il est possible que l'on vive aujourd'hui les conséquences de ce déséquilibre né au XVIe siècle. Je pense que les grands problèmes écologiques que nous avons aujourd'hui auraient pu être différents... ».
on peut incriminer ce monde de la Renaissance qui, d'un côté, a développé des idées humanistes et, de l'autre, a institué l'esclavage, le travail forcé dans les mines, le viol des populations... Avec l'acquiescement de forces religieuses et morales de l'époque...
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Les états-nations se sont construits autour d'un universalisme abstrait qui portait en lui le meilleur, qui portait en lui le pire. …Les états-nations alors guident l'humanité et apportent au monde des valeurs qui se disent universelles. À quel prix ? Sous le dogme des empires, la visée de l'universel a été le tragique vecteur d'une assimilation de l'Autre...
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- « En aucun cas nous ne saurions supposer une "littérature universelle", valeur indistincte pour tous... Ou bien ce serait une littérature abstraite et sans contenu, à force de se vouloir dégagée de tout terreau, de tout caractère (c'est-à-dire à force de vouloir récuser la présence des fructueuses intimités et des terribles assauts et antagonismes des lieux et des espèces entre eux et dans la totalité), ou au contraire ce deviendrait une littérature particulière au plus haut point, qui se serait d'elle-même érigée en « universel » et proclamée recevable pour tous, pour conférer à ses modes propres une dimension généralisante qui les imposerait, en cette décidée « valeur », aux autres formes d'expression des civilisations ou des cultures... »
- ce poème non pas universel mais valant pour chacun et pour tous ».
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Il faut regarder et regarder encore les masques primitifs pour les voir, comme on écoute et réécoute la musique pour tenter de l'entendre : entre les notes. Pour tenter de vraiment comprendre l'homme le plus étranger, le plus lointain qui soit : l'Autre, il faut auparavant essayer de faire table rase de l'homme que l'on est — l'homme d'un milieu, d'un pays, d'une époque — tenter en regardant de prendre conscience de ces yeux fixes qui pourraient sembler « morts » mais qui vous scrutent ; il faut l'écouter dans son mutisme éternel et se laisser conduire avec lui dans les lieux imaginaires où se perdent la pensée et l'âme de l'artiste tourmenté qu'il fut.
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Pour de plus amples extraits et pour voir les images, magnifiques : http://agoras.typepad.fr/regard_eloigne/expositions/

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