Petite typologie islamique, discutable et provisoire


C'est une jeune copine d'un copain à moi qui a écrit ce texte. Je trouve le titre un peu réducteur mais c'est de l'humour : j'y vois une charmante marque de modestie. Après m'être convenablement régalé devant tant de finesse anti-amalgame, j'ai demandé la permission de vous en faire profiter. Le voici.

Voilée de ténèbres

Portée par les baillons des frères

La naissance comme un deuil de lumière

Il faut interdire ce corps au soleil

Hurlent-ils

Pour mériter le paradis

C’est un progrès

Que tu ne sois plus enterrée vivante

Voile après voile sera ton linceul

Comme épouvantail dans le sillage des égarés

Burqa Tchador Hijab Haïk Khimar Sari

Pour cacher le soleil sous le tamis

Tahar Bekri (poète tunisien)

 

Je suis née en Palestine, en milieu musulman. J'y ai vécu mes 17 premières années. Les centaines de milliers de musulmans que j'y ai rencontrés sont sans doute assez voisins dans leurs comportements sociaux de ceux que je ne connais pas, les Chinois, les Philippins, les Slaves, les Sénégalais… qui dans un monde aux coutumes différentes, doivent sûrement vivre cette filiation avec de fortes nuances. Je suis une Arabe. Une Arabe islamophobe. Je prends le mot au pied de la lettre. Je rejette l'islam. Je n'ai rien contre les Arabes ni contre les musulmans ni contre les Persans. Vous suivez ?

 

Je tente cette petite typologie, pour éclaircir et dépasser les préjugés.
Les cases proposées ne sont pas étanches. C'est plutôt une carte des orientations que je vous propose.

 

1-    Les croyants humanistes éclairés.

Ces types existent. Genre l'imam de Bordeaux. Fins lecteurs du Coran, ils pensent la compatibilité de la raison et de la foi, sont capables d'opportunisme politique, et  compatibles avec la laïcité, le capitalisme, et les autres religions. Mais surtout avec les coutumes locales qu'ils ne confondent pas avec les préceptes de l'Islam. Ce sont les philosophes, les sages. Les patriarches. Leur adaptabilité leur tient lieu de stratégie. A mon avis moins de 1%. Ils restent assez sexistes, inutile de le préciser.

 

2-    Les laïcs

Toutes sortes de gens qui vivent sans référence à dieu. Depuis des athées prononcés jusqu'à de vagues croyants par immersion, sans plus. Ça représente une très grosse minorité et davantage en Palestine. On y trouve des gens très différents, des poètes, des révolutionnaires, des intellectuels, des professions libérales, des hommes d'affaires, les féministes, beaucoup de classe moyenne… La plupart des migrants. C'est comme le non en politique. Pas d'unité là-dedans. Signalons que l'athéisme est très compliqué à assumer publiquement en milieu musulman. Ça fait le même effet que si en France vous annonciez que vous êtes contre la démocratie ou pour la pédophilie. Même si vous ne faites aucun délit, c'est généralement hyper mal vu. Mais beaucoup plus répandu qu'on ne le croit ici. On se contente d'éviter le sujet.

 

3-    Les ataviques. Braves gens, croyants ordinaires.

Ce sont ceux que j'appelle les ballots, les cornichons. Confondant le qu'en dira-t-on, la religion, les coutumes. La corruption chez les précédents, les misères de l'affairisme, les jettent dans les bras des religieux. Ce sont eux qui votent pour les partis islamiques parce que "quelqu'un qui aime Dieu ne peut pas être mauvais, et puis il va trouver un boulot à mon fils". On est avec le diable ou avec dieu, pis voilà. Une grosse majorité. Le conformisme leur tient lieu de pensée. L'équivalent de la majorité silencieuse.

 

4-    Les tartuffes ou profiteurs de Dieu

Les religieux politiques qui ont compris qu'ils pouvaient compter sur les précédents, pour les mettre au pouvoir. Ne jamais travailler, surveiller le slip, le voile et le porte monnaie des autres, c'est une aubaine. Sincères ou pas, ça revient au même. En même temps très rigides et très opportunistes. Les tontons dévots. Palette assez large en réalité. Réacs avec les mêmes divisions que votre droite.

 

5-    les criminels

Ceux qui utilisent les divers noms de Dieu pour cautionner leurs tactiques meurtrières, leurs manœuvres nocturnes. Ceux dont on parle beaucoup. Qui font l'aubaine des racistes. Infime, infime minorité. Pas un sur un million. Des salopards qui manipulent les brutes imbéciles à la recherche de réponses simplistes. Et qui tournent au banditisme. Ils  recrutent leurs petits soldats chez les repliés identitaires, les blessés de la vie, les "lumpen". Ce qui ne manque pas.

 

Voilà, mes musulmans. Il faut aussi rappeler que la soumission rigide et spectaculaire à la coutume, genre à la mode sur les médias, n'a rien à voir avec la moindre quête spirituelle. Il s'agit de crises de puritanisme et de bigoterie (comme quand Conti a viré Molière). Valoriser ces flippés est une idiotie pure et simple. Il est étonnant de voir des intellectuels français défendre ça. C'est de l'ignorance. Il est temps de ne plus prêter le flanc à ces sornettes.

 

Petite annonce : le prochain petit branleur à capuche qui me traite de pute parce que je marche les cheveux au vent, aura affaire à moi. Il faut qu'il comprenne qu'il est seulement en train de redistribuer l'oppression qu'il subit, et qu'il ne salit que sa propre bouche avec ces injures recopiées pour jouer au petit mâle, au chienchien dominateur de ruelles.

Le prophète n'a-t-il pas dit : vous vous croyez de feu, vous êtes d'argile. Sourate combien ?

 

Fadela

 

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