Mutilations sexuelles: la barbarie sélective

Hier, c'était la journée de la femme. Si vous avez lu des articles sur les mutilations sexuelles mais que vous en voulez encore, ce billet vient en complément.

La journée de la femme est souvent l’occasion de parler des innombrables inégalités de faits qui subsistent dans nos sociétés occidentales malgré l’égalité des droits qui y est conférée aux hommes et aux femmes. On profite aussi de cette journée pour dénoncer l’excision, une pratique qui d’après l’UNICEF  touche 200 millions de femmes, principalement en Afrique.

L’excision est définie par le Larousse comme suit : « mutilation qui consiste en une ablation rituelle du clitoris et parfois des petites lèvres, pratiquée chez certains peuples sur les petites filles ». Une mutilation sexuelle donc, pratiquée en vertu de croyances culturelles et en l’absence de tout consentement de l’enfant.

Aux yeux d’un Occidental, l’excision est une « barbarie » sous plusieurs aspects. D’abord, elle prive souvent la femme de la possibilité d’éprouver du plaisir et de jouir de sa sexualité. Elle traduit aussi la brutalité inouïe des conventions sociales imposées à des petites filles qui ne possèdent aucun moyen de se défendre et l’irruption d’une sexualité irrémédiablement liée à la douleur dans leurs vies d’enfants. Enfin, elle inscrit la domination masculine dans leur chair pour le restant de leur vie. Pour toutes ces raisons, l’excision est fermement combattue en Occident et interdite dans la plupart des pays du monde.

Indifférence

Demandez à votre coiffeur ou à votre belle-mère : « Peut-on tolérer les mutilations sexuelles non-consenties ? » Ils vous répondront sûrement que c’est un crime ignoble, que la France est le pays des Droits de l’homme et qu’il y a des tribunaux pour ça. Pourtant, plus de 80 000 circoncisions sont pratiquées en France chaque année dans l’indifférence générale et sans que la justice n’entreprenne aucune action. Est-ce à dire que l'on peut légitimement soutenir que la circoncision n’est pas une mutilation sexuelle infligée à de très jeunes enfants qui n’ont rien demandé ?

La circoncision relève d’une pratique culturelle, tout comme l’excision. Elle diminue la sensibilité du gland, qui n’est plus protégé des frottements par le prépuce. Elle est pratiquée en l’absence de tout consentement de l’enfant. Celui-ci portera toute sa vie, sur son sexe mutilé, la marque de son appartenance religieuse.

Alors, notre Occident des Droits de l’homme ferait-il preuve d’indignation sélective dans sa vision des mutilations sexuelles ? On se demanderait presque si un des critères différenciant les mutilations « barbares » des mutilations relevant de « pratiques culturelles » serait que les premières sont majoritairement pratiquées en Afrique noire…

Parlons un tantinet technique

Les études effectuées sur la corrélation entre circoncision et plaisir sexuel portent souvent sur la sensibilité du prépuce en lui-même mais négligent l'impact de son ablation sur la sensibilité du gland, principale source de plaisir qui se retrouve alors exposé aux frottements et se "kératinise", c'est à dire s'endurcit. Il est facile mais fallacieux de dire que les hommes circoncis indiquent éprouver le même niveau de plaisir que les non-circoncis, puisqu’ils n’ont qu’une échelle d’évaluation pour évaluer ce plaisir, celle d’hommes sexuellement mutilés.

On peut se faire une idée de l'indignation sélective des médecins face aux mutilations sexuelles avec l’exemple d’une réponse de la gynécologue et sexologue Hélène Jacquemin Le Vern à la question « La circoncision diminue-t-elle le plaisir sexuel ? » postée sur le forum Allodocteur. La spécialiste répond doctement :

 "Absolument pas. Le plaisir ne dépend pas d'un prépuce ! Comme le gland n'est plus protégé par le prépuce, c'est se demander si la muqueuse ne va pas se kératiniser donc s'épaissir un peu et donc être moins sensible. Cela peut être la question d'un homme qui n'a pas été circoncis, qui pour des raisons médicales va se faire circoncire et qui donc appréhende un peu. Mais le plaisir n'est pas fonction d'un prépuce, ça dépend de ce qu'on projette sur l'autre et du plaisir qu'on projette."

Doit-on comprendre que la perte de plaisir n’est un problème que pour un homme circoncis tardivement et qui a donc connu un plaisir supérieur auparavant ? Mais tout le sel de cette réponse réside dans la dernière phrase, digne de ce que pourrait dire une exciseuse à une excisée : « Ne t’inquiète pas ma fille, le plaisir n’est pas fonction d’un clitoris, ça dépend de ce qu’on projette sur l’autre et du plaisir qu’on projette. » Madame Jacquemin Le Vern, sexologue, aurait-elle recours à la méthode Coué pour préparer les futures victimes de mutilations sexuelles ?

Pas d'instrumentalisation

Demander la fin de la circoncision  des nourrissons n’est pas antisémite ni islamophobe. C’est simplement demander l’application de l’article 222-9 du code pénal qui punit les auteurs de mutilations sexuelles commises sur des mineurs et selon lequel la circoncision est aujourd’hui illégale mais tolérée par l’État français. Les chrétiens ont également pris l’habitude contestable de baptiser les bébés sans leur laisser le choix de leur religion (ce qui n’était pas le cas aux débuts du christianisme). Mais force est de constater que ces quelques gouttes d’eau ne laisseront pas de traces et qu’il sera toujours possible de se faire rayer des registres de l’Église. Et même en raisonnant en termes de foi, laisser le choix à un adolescent d'entrer ou non dans une communauté religieuse ne donnera-t-il pas une dimension sincère et authentique à son engagement ?

Les enfants français juifs et musulmans auraient-il moins le droit de disposer de leurs corps et de choisir leur religion que les jambon-beurre ? Pourquoi leurs droits d’enfants ne sont-ils pas protégés par la justice française ? 

Le combat contre l'excision est celui de l'égalité des sexes mais aussi celui du droit d'exister en tant qu'individu autonome et libre de ses choix. Au nom de ces deux principes, empêchons toutes les mutilations sexuelles de quelque nature qu'elles soient.

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