Les policiers, ces chauds lapins

Maître chien allemand Playmobil Maître chien allemand Playmobil

 

 

J'ai décidé de me rendre au rassemblement contre la loi sécurité globale adoptée vendredi dernier. Il s'agissait autant pour moi de défendre ma liberté de citoyen que mon propre intérêt, puisque les uniformes en action sont la seule chose qui me provoque des érections.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que nous n'étions même pas assez nombreux pour remplir le Trocadéro ! Après avoir lu l'édito du Monde, je m'étais dit que la moitié des journalistes de Paris seraient présents et qu'ils suffiraient à remplir la place. Ils devaient avoir autre chose à faire de leur samedi, je me suis dit. Et puis je me suis aussi rappelé que les journalistes importants, ils ont des cartes de presse et que le ministre a dit qu'ils pourront se rapprocher de la préfecture pour filmer. C'est vrai dans le fond : moi je suis venu parce que j'ai les glandes de pas avoir de carte de presse.

Il y avait quand même Edwy, qui écrit mieux qu'il ne discourt. Il y avait aussi quelques groupuscules altermondialistes (Attac, la Ligue des Droits de l'Homme, Extinction Rébellion, etc). Quelques sarouels, des lycéens, des vieux. Beaucoup de vieux. Les CRS, cachés derrière leurs murs anti-islamogauchistes, avaient l'air de bien se marrer. Je les ai filmés sous tous les angles ; j'étais là pour ça. Eux aussi me filmaient, mais c'était toujours leur droit, les salauds. Cette asymétrie m'a laissé un peu la même impression que quand je fais l'esclave dans un scénario BDSM.

Je bossais dur pour entretenir ma collection de films érotiques. Derrière sa barrière, un brun aux yeux charbonneux qui avait l'air de bien remplir son uniforme à l'entrejambe m'a fait un signe de la main tandis que je le filmais. Enhardi par cette familiarité, j'ai collé ma bouche au grillage et lui ai lancé : « Pssst, eh ! Comment tu t'appelles ? ». Le sot n'a même pas pris la peine de répondre. Sur ma faim, j'ai relancé à brûle-pourpoint : « Écoute, ça me gêne de te demander ça parce qu'on ne se connaît pas mais... Je suis à la rue à la fin du mois, est-ce que tu crois que tu pourrais me le présenter, ce Darmanin dont tout le monde parle ? » Pudique, le beau brun a baissé les yeux. J'avais dû brûler les étapes.

À seize heures, mon boulot était terminé ; j'avais obtenu ce pour quoi j'étais venu. Je me dirigeais vers la sortie quand, abasourdi, j'ai aperçu deux étalons dominants. Blousons de cuir noir, jeans, lunettes de soleil, casques de moto : ils n'avaient évidemment pas besoin de brassard pour se faire respecter. Subjugué par la virilité de ces deux baqueux, je n'avais à cet instant aucun doute quant à la taille de leur sexe, au moins équivalent à celle du Beretta qu'ils portaient à la ceinture. Crânement postés devant une rangée de CRS, ils regardaient la foule d'un air conquérant, la main sur leurs armes. Incapable de résister, hypnotisé par ces mâles alpha, je me suis approché.

- "Bonjour ! Est-ce que vous êtes policiers ?" ai-je demandé avec mon plus beau sourire.

- "Tu veux quoi bouffon ?" J'ai senti mon cœur accélérer (j'adore être mené à la baguette).

- "Pardon... Comme vous portez des armes et que vous êtes sur une manifestation, j'aimerais que l'on puisse vous identifier comme des policiers ". En prononçant ces mots, j'ai senti poindre une érection, car j'avais imaginé l'homme enfiler le brassard « POLICE » devant moi.

- "Si je mets mon brassard c'est pour te casser les dents tarlouze, casse toi ! Je les connais les mecs comme toi, t'appelles qui quand t'as un problème, hein ? Sors les mains de tes poches, et si t'avais un couteau, hein ? Je vais te le mettre mon brassard, tu vas te faire couper en six dans ta manif de gauchiste ! Pédé !"

L'homme a parlé avec une telle haine dans la voix que j'en ai été bouleversé. Comment pouvais-je être si léger, si égoïste dans mon désir ? Peut-être ce héros avait-il libéré les otages du Bataclan au péril de sa vie. Peut-être avait-il neutralisé le bourreau de Samuel Paty. Peut-être avait-il abattu ce psychopathe asiatique du 19ème arrondissement qui s'était attaqué, ciseau à la main, à un de ses collègues qui portait un fusil d'assaut. Peut-être avait-il servi en Afghanistan et tué beaucoup d'arabes pour me protéger. Après tant de traumatismes, comment lui reprocher sa rudesse ? J'aime être faible, mais j'ai désespérément besoin des forts. Dans une guerre contre le terrorisme, quoi de plus normal pour un policier de devenir milicien ? Montrer aux voyous des cités qu'on a un plus gros calibre qu'eux n'est malheureusement pas la seule mission de la BAC, qui doit aussi se mesurer aux barbus, aux braqueurs et aux émeutiers.

- "Pouvez-vous me donner votre numéro RIO, monsieur ?" Je n'ai pas osé lui demander son numéro de téléphone... Sensible au harcèlement de rue, j'espérais le mettre en confiance en lui montrant que je comptais passer par la voie officielle pour garder contact avec lui. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire "ouf", j'étais allongé à terre et son corps était pressé contre le mien. Enfin !

 

 

Nota bene : si la plupart de ce récit est douteux, le dialogue est entièrement véridique et a été reproduit au mot près

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