Crash royal

Tout va très bien, Madame la marquise.

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Le repentir de Gérald Darmanin devant les images de l'évacuation de la République par la police est une séquence qui serait savoureuse si ce n'étaient pas d'êtres humains vulnérables dont il est question.

Il faudrait être fou pour croire que le ministre est sincère. Quand on est assez chien pour proposer à une femme dans le besoin de coucher avec elle en échange d'un HLM, il y a peu de chances que l'on s'émeuve de l'expulsion musclée de quelques Afghans. Quand on passe des royalistes à l'UMP à LREM en dix ans de carrière, la filiation canine se fait si manifeste qu'on préfère opter pour « Darmachien », par souci de rigueur.

Ce qui est savoureux dans ce repentir crocodilesque, c'est qu'il est raté. Les centristes siphonnés par Macron sont horrifiés par la dérive autoritaire du gouvernement, aux antipodes de leur idéal libéral, chic et cool. Les Français de l'ordre de la peur, quant à eux, ne veulent pas qu'on s'apitoie sur les migrants : ils veulent s'en débarrasser. Les leçons de l'ère Sarkozy n'ont pas été tirées : un gouvernement a beau diffuser des idées et des concepts d'extrême droite dans la société, les électeurs préfèrent toujours l'original signé Piggy La Cochonne à la copie, de facture néo-libérale. Peut-être Darmachien tentait-il de racoler à l'extrême gauche... Il a encore un peu de boulot.

Au premier abord, la loi de sécurité globale adoptée vendredi à l'Assemblée ne paraît pas délirante. Elle n'interdit pas de filmer, mais seulement de diffuser à des fins malveillantes le visage ou l'identité des policiers. Les arguments des défenseurs de cette loi sont simples : dans le texte, rien ne permet de dire que l'article 24 est liberticide. À quelqu'un peu qui manifeste peu, n'a pas affaire à la police en zones urbaines, n'a pas de gilets jaunes dans son entourage, le sophisme ne saute pas aux yeux.

C'est ici que les images de la nuit dernière font des ravages. Des migrants qui se font tabasser, passe encore ; on a l'habitude. Mais voilà, pas de bol, un journaliste était dans le lot. Là, on commence à comprendre un peu plus l'émoi de Darmachien. Si n'importe qui peut s’apercevoir que même un journaliste peut être frappé au sol, n'importe qui peut comprendre que l'article 24 n'est pas adapté à la réalité du terrain. Plus drôle, sur une des vidéos, on s'aperçoit qu'un policier en civil (grassouillet, cheveux courts, veste sombre à fermeture éclair) ne porte ni brassard ni numéro d'identification. Ceux qui ont l'habitude de manifester savent que ce n'est pas une exception mais une constante. Il faut aussi rappeler que refuser de donner le code de son téléphone en garde à vue est désormais un délit. Mamma mia une vidéo est si vite effacée !

C'est la panique à la cour du Roy, et ça commence à se sentir. Les marquis tentent bien de faire peuple en enfilant les oripeaux « bisounours », « islamogauchiste » et « pas de honte du passé », mais c'est plutôt gênant et ça sonne faux. Comme le nez de Carla Bruni, comme Sarkozy qui cite Gramsci, comme Schiappa qui cite Marx, comme Glucksmann qui fait l'homme de gauche.

En faisant du Piggy moins bien que Piggy, en poussant la police dans la direction de la milice frontiste, le Roy montre combien il craint pour son trône. Et pour son trône, il organise la sur-polarisation de la société tout en laissant à son successeur un charmant starter pack de dictateur. Le barrage au Front National ressemble de plus en plus à un marchepied.

Darmachien brave camelot, si tu aimes vraiment ton Roy, rappelle lui que la seule chose qu'il y a de bien avec la guerre civile, c'est qu'on peut rentrer manger à la maison.

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