Grève des cheminots : Un 13h comme les autres sur France Inter

Ce petit billet pour relater un journal de 13h particulièrement tendancieux sur France Inter, ce jeudi 29 mars 2018.

Nicolas Stoufflet venait de clore un jeu des 1000 euros perdu par les candidats. Jingle, le journal de 13 heures.

À l'annonce des titres, un petit aperçu nous mettait déjà en bouche : "Dans les gares, il faudra profiter du week-end qui arrive : c'est le dernier avant la grève !" Puis vient la question, qui permet évidemment à quelqu'un de peu familier de ce mouvement social de mieux le comprendre : "Les grévistes auront-ils le soutien de l'opinion ?". Pour y répondre, quoi de plus infaillible qu'un micro-trottoir devant une gare pour demander à ces usagers qui n'auront pas de train ce qu'ils en pensent ?


L'équipe de France Inter décide donc ingénieusement de suivre des syndicalistes expliquant aux voyageurs les raisons de la grève à Marseille. Mais de ces raisons, nous n'entendrons pas un mot. Et pour cause, "dans 99,9 % des cas", les syndicalistes ne parviennent pas à engager la conversation avec les voyageurs. Le journaliste qui, lui, arrive visiblement à engager la conversation avec l'ensemble des voyageurs leur donne la parole en précisant avec nuance qu'ils sont "tous très remontés contre le mouvement qui se prépare". Pour tempérer ces appréciations tout en finesse et ce chiffre dont on ne doute pas une seconde du sérieux, l'envoyé spécial de France Inter reconnaît quand même que "certes un micro-trottoir ne vaut pas sondage"... Avant d'ajouter que "sur les dix voyageurs enregistrés, par un ne s'est dit favorable aux grévistes, même après avoir lu le tract".


On aurait pu en rester là, France inter ayant fait son job, c'est à dire fournir à ses auditeurs une occasion de se construire une opinion argumentée sur la privatisation de la SCNF.


Mais non, ce n'est pas fini.


Les autres titres sont passés en revue, on finit de parler du rapprochement entre la Chine et le Vatican et on s'apprête à aborder le phénomène des grossesses tardives quand Bruno Duvic glisse, entre la poire et le fromage : "Encore un chiffre, celui du taux de chômage en Allemagne, 5,3 %, c'est un plus bas historique". Le présentateur martèle le chiffre en marquant une pause entre chaque syllabe, pour bien être sûr que ses auditeurs saisissent le miracle à sa juste valeur. Pas d'explication, pas de taux de travailleurs pauvres (un des plus élevés d'Europe) en complément, pas même de source. Le chiffre est simplement posé là, subliminalement offert comme élément de réflexion à des auditeurs-usagers qui ne connaissent après ce journal à priori rien d'autre sur la grève que les perturbations qu'elle entraînera dans leur train-train quotidien.


France inter n'est pas réputé pour être un repaire d'ultra-libéraux. On se demande alors ce qui serait le pire : que ces journalistes fassent leur travail en étant persuadés de bien le faire ou qu'ils le fassent avec un cynisme calculateur ?

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