Les violences paralysent le cerveau

Parce que l’agression vient d’une personne proche, parce que l’agression est ahurissante, incompréhensible et terrorisante pour la personne attaquée, un stress phénoménal se déclenche.

Beaucoup des lignes qui vont suivre sont tirées du site www.memoiretraumatique.org  de la Docteure Muriel Salmona.

Contrairement aux mythes, les viols ne se produisent pas "dans la rue" ; 9 fois sur 10, les victimes de viol connaissent leur agresseur (un membre de la famille pour plus de 50% des viols sur mineur-e-s, une connaissance, un ami de la famille, un collègue de bureau, un conjoint ou ex-partenaire).

Lors d'une agression sexuelle, le stress est tellement fort que le cerveau et le cœur sont en danger de mort. Les violences sidèrent et mettent en panne le cortex cérébral de telle sorte qu'il ne peut plus jouer son rôle de modérateur ou d'extincteur du stress (Quirk, 2006 ; Shin, 2006 ; Milad, 2008).

La réponse émotionnelle monte alors en puissance (Rauch, 2006) et atteint un stade de "survoltage" qui représente des risques cardio-vasculaires et neurologiques. Pour ne pas "mourir", le cerveau en alerte met aussitôt en place des mécanismes de protection exceptionnels sous la forme d'une disjonction (Salmona, 2008) en libérant des drogues dures anesthésiantes semblables à la morphine (antidouleur) et à la kétamine (anesthésiant), pour sauvegarder le cœur et le cerveau lui-même (Glover, 1993 ; Krystal, 1995 ; Zimmerman, 2010).

  1. Mais ce circuit est aussi celui des sensations et des émotions : elles aussi ont disjoncté !
  2. La victime est donc devenue insensible à tout : au viol, aux mots et aux coups.
  3. La mémoire de ce qui se passe à ce moment-là est anesthésiée. La victime est devenue une poupée de chiffon, un corps vide, elle se trouve comme simple spectatrice de la scène : elle s’est dissociée.
  4. L’agression va rester bloquée, totale et précise, dans le circuit disjoncté, dans la mémoire traumatique.
  5. La conscience va être altérée : on ne sait plus où on est, à quel moment, avec qui, et ce qu'on vit. Si on veut porter plainte, il va être difficile d'expliquer à la police ce qu'on a vécu !
  6. Le choc peut anesthésier la victime dans le temps et donner l’impression à ses interlocuteurs qu’elle n’est pas concernée par ce qui lui est arrivé. Parce que nous réagissons tous par nos neurones miroir (processus de l’empathie), les professionnels ne ressentent alors pas la désarroi de la victime au moment où elle expose les faits : la victime ne montre rien émotionnellement, les personnes qui l’écoutent ne ressentent donc pas sa détresse. Dans le film « Polisse » nous assistons à une scène de ce type avec la jeune ado qui a été obligée de faire des fellations à plusieurs garçons pour récupérer son portable. Elle semble si indifférente à la situation qui la concerne que les policiers se permettent de lui faire la leçon et même de se moquer d’elle en lui posant la question : « Et si on t’avait pris ton ordinateur portable qu’est-ce que t’aurais fait ? ».

À d'autres moments, au moindre lien avec ce viol (un regard, une odeur, un mot, un geste, une ressemblance avec l’agresseur), cette mémoire traumatique va se rallumer.

La victime va alors être saisie de panique parce qu’elle revit la scène dans sa totalité et avec précision.

  • Si elle le peut, elle va essayer d’éviter ce qui cause cette panique.
  • Sinon elle va se dissocier à nouveau sous l’effet du stress provoqué par la panique (perte de connaissance, par exemple).

Si les phobies sont trop fréquentes ou les viols répétés, les décharges spontanées de drogues cérébrales ne vont plus suffire pour tranquilliser la victime. Il va falloir trouver alors un moyen d’augmenter le stress pour déclencher plus de drogues anesthésiantes.

La personne va vouloir de nouveau devenir ce « corps vide », sans pensées ni sensations. Elle va donc provoquer elle-même les états de paniques inducteurs de stress extrêmes, afin de déclencher les drogues du cerveau dans lesquelles elle va se noyer et s'anesthésier, se dissocier.

  • Soit par des conduites auto-agressives (mutilations, suicides, conduites masochistes).
  • Soit par une consommation de substances qui provoquent aussi la dissociation (drogues, alcool, fortes doses de médicaments).
  • Soit en se mettant en danger (conduites dangereuses sur la route, sport extrême, bagarres, jeux d’asphyxie ou de pendaison à l’école).
  • Puisque l’agresseur est quelqu’un de proche, puisque les viols vont se répéter, la victime va anticiper les violences pour réussir à se dissocier : malgré elle, et en ne le désirant absolument pas, elle va solliciter son agresseur par la séduction, la provocation et la soumission, pour déclencher sa propre panique, puis son stress et pouvoir se dissocier avant d'être soumise à son violeur, pour être déjà anesthésiée avant qu'il la touche.

La victime va petit à petit se mettre dans un état permanent de panique pour déclencher sans arrêt les drogues dures du cerveau. Ces dissociations vont être de plus en plus fortes : dépersonnalisation, border-line, anorexie, bi-polarité, etc.

90% des prostituées ont subi des violences sexuelles avant l'âge de 18 ans.

Chaque année, 1 fille sur 5 et 1 garçon sur 13 subissent des viols ou agressions sexuelles d'un proche.

 

 

 

 

 

 

 

 

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