Berlusconi et ses traîtres

Le destin de Silvio Berlusconi a viré ces derniers jours au tragique césarien: il dépendait d'un groupe de patriciens rebelles qui menaçaient de couper l'herbe sous le pied de son gouvernement.

Le destin de Silvio Berlusconi a viré ces derniers jours au tragique césarien: il dépendait d'un groupe de patriciens rebelles qui menaçaient de couper l'herbe sous le pied de son gouvernement.

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Le Premier ministre italien, fidèle à ses príncipes hautement démocratiques, s'est évertué à faire, au sens de l'économie, l'acquisition des "sceptiques" afin d'endiguer une nouvelle évasion parlementaire.Les estimations variaient amplement sur le nombre de députés de centre-droit susceptibles de quitter le navire à l‘occasion du vote sur la crise des finances publiques qui se tenait à la Chambre des députés le mardi 8 novembre 2011. Le message de Berlusconi aux «traîtres» était clair: votre sortie de route est un fourvoiement et il vous sera beaucoup donné et pardonné si vous demeurez mes commensaux.Le roi de la barzeletta a défié les médias. Pas question de démissionner. Il était catégorique: aucun danger pour sa majorité.Voire...Vu!"Tous les calculs ont été faits ces dernières heures et les chiffres sont explicites: nous avons encore une majorité", avait-t-il annoncé sans rire ni cillement à ses partisans élus.La presse avait pourtant estimé contre son avis le nombre de transfuges potentiels. Ils étaient au nombre de vingt à quarante (ils furent onze). C'était plus que suffisant pour faire tomber le gouvernement. Il était toutefois exact que lors de votes précédents comportant les mêmes risques de renversement majoritaire, le mage Berlusconi avait fait la preuve de son pouvoir de persuasion de dernière minute.Il a harcelé ses Brutus depuis son retour de cette France où il a essuyé, cette fois, une humiliation moins souriante que les précédentes puisque que l'Italie s'en retournait en quelque sorte placée sous curatelle..."Forza Italia?"Voire... Le ronflant Matamore avait vu un député de sa coalition déclarer, après sa rencontre avec lui, que le Cavaliere était tout disposé à récompenser ceux qui doutaient, contre toute logique, à coups de nominations évidemment pertinentes...Il avait pour sa part assimilé la défection des siens à une pure et simple trahison à l'endroit du gouvernement et du pays.Voire...L'Italie est accablée par une politique d'endettement public fondée sur une injustice fiscale frisant cynisme et farce, l'incompétence financière et l'incurie politique de son gouvernement est patente, était-ce trahir son pays que d'en faire état depuis le coeur du pouvoir ?Voire...Berlusconi a perdu la partie, les traîtres sont-ils les contributeurs de droite de cette défaite? Etait-ce trahir Forza Italia que d'émettre des réserves sur un leadership qui allait ostensiblement à l'encontre du "riforzamento"...?Voire...Rien n'a jamais paru tout à fait certain en terre berlusconienne... le meuble y fut la règle...la création de l'instable depuis dénégation, rodomontade et mensonge le principe mécaniste de gouvernement... tout y fut négociable, jusqu'à la vérité, le bon sens lui-même y était à vendre...Faut-il voir quelque ironie dans le fait que l'histrion et le roi, de plus en plus dépouillés de leur capacité à susciter le refoulement collectif de la réalité patente, aient exigé d'attendre le vote de la loi de stabilité pour démissionner?Ce pouvoir n'a-t-il pas toujours démissionné devant la stabilité comme príncipe et comme valeur ?

Ce n'est pas Berlusconi que ses onze amis apostats ont trahi, c'est cette trahison en quoi consiste une prestidigitation de quinze années politiquement incultes fondées sur la mise à bas ou au ban, par une rhétorique grimacière narcissique, du politique, et sur l'offuscation savante et rieuse de la réalité stable et têtue d'un échec aujourd`hui exposé sous une lumière crue.

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Nous sommes passés, Italiens, de l'instable à l'"à vie", soit : regardons faire, avec une exigence citoyenne nouvelle, un goût pour ce qui s'inscrit dans la durée politiquement monumentale, l'économiste-égyptologue Mario Monti...

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