Les fantômes de la Terre de Feu

Couverture de L'esprit des hommes de la Terre de Feu © Editions Xavier Barral Couverture de L'esprit des hommes de la Terre de Feu © Editions Xavier Barral
Les noms des peuples balayés de la surface du monde par la colonisation rempliraient certainement un dictionnaire. Le cas des Selk’Nam, Yámana et Kawesqar est emblématique. De ces Indiens de la Terre de Feu, à l’extrême sud de l’Amérique latine, rien, ou presque, n’est resté. Leur culture est méconnue, et les traces de leur existence – objets, habitations – ont pour l'essentiel disparu avec eux. L’Esprit des hommes de la Terre de Feu répare un peu de cette injustice. Les superbes photographies, réalisées entre 1919 et 1924 par le missionnaire allemand Martin Gusinde, accompagnés des textes de Christine Barthe, Marisol Palma Behnke, Anne Chapman et Dominique Legoupil, donnent un bon aperçu de l’état des connaissances sur ces communautés. Pour la plupart inédites, les images prenaient encore il y a peu la poussière dans les archives d’un institut catholique en Allemagne.

Déjà fortement diminuées par les expéditions meurtrières des colons argentins et les maladies, les populations de la Terre de Feu disparaissent dans les années qui suivent le séjour de Martin Gusinde. La beauté de ces photographies n’éclipse pas l'évidence : elles sont le témoignage de la mort d’un peuple.

Martin Gusinde, L’Esprit des hommes de la Terre de Feu- Selk'nam, Yámana, Kawesqar, Ed. Xavier Barral, Paris, 2015, 300 p., 60 euros.

Ventura Tenenesk, son épouse Rosa Kauxia et leur fils au campement du lac Fagnano. © Martin Gusinde / Anthropos Institut / Éditions Xavier Barral Ventura Tenenesk, son épouse Rosa Kauxia et leur fils au campement du lac Fagnano. © Martin Gusinde / Anthropos Institut / Éditions Xavier Barral

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.