Serbie : les entreprises françaises jouent du violon pendant que Belgrade brûle

Depuis plus d’une semaine, la décharge à ciel ouvert de Vinča près de Belgrade, brûle sans être maîtrisés. Outre le niveau extrêmement élevé de polluants atmosphériques, l’incendie inquiète de par l’opacité dont font preuve la Mairie de Belgrade et le Ministère de l’Intérieur Serbe, mais surtout l’opérateur de la décharge, le consortium franco-japonais Suez-Itochu.

Alors que les autorités ont annoncé que l’incendie était sous contrôle dès le lendemain, les Belgradois démentaient, photos à l’appui, les déclarations officielles. De son côté, le géant français qui a avec son partenaire japonais, signé un partenariat public-privé en 2017, pour la gestion de la décharge et la création d’un incinérateur, n'a toujours pas fait de communication officielle si ce n'est de nier que des composants toxiques s'échappaient de la décharge. Un important incendie à Vinča s'était déjà produit quelques mois après la signature du partenariat, émettant des particules toxiques pendant près de 40 jours au-dessus de la capitale serbe.

Alors que la direction générale du Trésor français se félicitait dans une note datée de septembre 2017 de la construction de l’incinérateur et du centre de stockage « aux normes européennes », des ONG internationales et des activistes locaux ont constaté peu après la signature que le recyclage par incinération n’était pas en adéquation avec la législation européenne (voir ici). Comme le souligne ZeroWaste, l’un des instigateurs de cette étude, « la législation de l’UE n’autorise que les déchets biodégradables à être classés comme une ressource renouvelable, et non les déchets d’origine fossile comme le plastique. » Or le contrat signé entre la ville de Belgrade et le consortium franco-japonais ne prévoit pas de tri des déchets au préalable, condition pourtant sine qua non pour obtenir des financements pour un projet de production d’énergie «verte.»

Par ailleurs, cette même étude a pointé le modèle obsolète de financement, faisant peser le poids financier du projet (près de 300 millions d’euros) sur les contribuables belgradois. La banque européenne d’investissement (BEI) s’était notamment retirée du projet, après que le Ministère de l’Environnement serbe ait donné son accord pour les subventions publiques sans même attendre le rapport d’impact environnemental du projet, pourtant obligatoire d’après les règles communautaires.

Quant au consortium en charge de mener le projet, il était censé mettre en fonction le nouveau centre de stockage des déchets fin 2020. Malgré les communiqués optimistes des financeurs, garantissant le respect du calendrier prévu, la décharge à ciel ouvert continue d’intoxiquer les quelque 1.7 million d’habitants de la capitale et sa périphérie.

Outre les retards de construction, la décharge de Vinča constitue désormais une bombe à retardement écologique, pourtant pointée du doigt de longue date. Alors que les autorités et l’opérateur franco-japonais n’ont pas encore communiqué sur le niveau de contamination de l’air à des composants très toxiques tels que le furane et les dioxydes, le Secrétaire du Groupe d’Experts du Gaz de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (UNECE) a indiqué que la Serbie et le consortium pourraient être poursuivie pour négligence criminelle s’ils refusaient de mesurer l’impact environnemental de l’incendie.  

L’affaire illustre en tout cas encore une fois les accords opaques entre entreprises françaises et autorités serbes, comme cela fut le cas pour la concession sur 25 ans de l’aéroport de Belgrade à Vinci. Le contrat de cette concession demeure encore aujourd’hui confidentiel. Autre exemple frappant, la cimenterie de Beočin, gérée par le groupe franco-suisse Holcim Ltd. (fusion entre Lafarge et Holcim, et dont les émissions toxiques polluent l’air de la ville, sans que les autorités ne trouvent à y redire.  

Lors de sa visite en Serbie en juillet 2019, le président Macron avait encouragé les entreprises françaises à investir dans le pays, soulignant « la bonne mise en œuvre es grands projets attribués récemment à des entreprises françaises en Serbie (traitement des déchets pour Vinca/Suez et aéroport de Belgrade pour Vinci airports)».  

Le très décrié projet de métro de Belgrade devrait d’ailleurs s’appuyer sur le groupe Alstom, avec un financement de la part de la France.

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