Cinquante ans de sorcellerie

   Galapagar est un petit village à une trentaine de kilomètres de Madrid. Il y a cinquante ans, un homme décide de racheter un lot d’Albaserrada. Parti de rien, le « paleto » (paysan) de Galapagar commence à élever des toros de combat. Dès 1960 Victorino Martin Andres démarre une sélection dure et imprime sa griffe. Le succès arrive dès les années 70, c’est phénoménal quand on sait que pour arriver à sortir un lot de toros il faut attendre cinq ans. Forcément tout n’est pas arrivé immédiatement mais il est évident que cette ganaderia est aujourd’hui l’une des plus emblématiques. Au fil des années, victorino a construit sa réputation par sa connaissance, son observation des toros. Aujourd’hui cela fait un demi-siècle qu’il nous ensorcelle. Cette ganaderia de réputation difficile peut pourtant permettre aux toreros de triompher. La science de l’éleveur lui a permis de créer des toros avec du piquant, de l’émotion, de la transmission. Il n’a pas de baguette mais il est considéré comme un véritable sorcier. Nous avons tous un souvenir de cet élevage. Il nous intrigue, nous passionne parfois.

 

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Galapagar est un petit village à une trentaine de kilomètres de Madrid. Il y a cinquante ans, un homme décide de racheter un lot d’Albaserrada. Parti de rien, le « paleto » (paysan) de Galapagar commence à élever des toros de combat. Dès 1960 Victorino Martin Andres démarre une sélection dure et imprime sa griffe. Le succès arrive dès les années 70, c’est phénoménal quand on sait que pour arriver à sortir un lot de toros il faut attendre cinq ans. Forcément tout n’est pas arrivé immédiatement mais il est évident que cette ganaderia est aujourd’hui l’une des plus emblématiques.

 

Au fil des années, victorino a construit sa réputation par sa connaissance, son observation des toros. Aujourd’hui cela fait un demi-siècle qu’il nous ensorcelle. Cette ganaderia de réputation difficile peut pourtant permettre aux toreros de triompher. La science de l’éleveur lui a permis de créer des toros avec du piquant, de l’émotion, de la transmission. Il n’a pas de baguette mais il est considéré comme un véritable sorcier. Nous avons tous un souvenir de cet élevage. Il nous intrigue, nous passionne parfois.

 

La suerte « al regaton »

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J’étais encore jeune mais ce jour là j’ai vu l’une des plus belles suerte de pique. Le torero en piste s’est depuis retiré. Il ne faisait pas partie de mes favoris mais il est clair que cette corrida lui a permis de faire une belle carrière. Stéphane Fernandez Meca (torero français) a eu, cette tarde là, entre ses mains, LE toro la féria. Il est de nos jours difficile de voir des tercios de piques dignes de ce nom. La tauromachie a évolué, elle se centre plus sur le toreo à la muleta.

Ce Victorino est allé au combat avec une telle envie qu’il ne rechigna pas à charger de loin plusieurs fois. Pour le faire briller d’avantage le torero français le replaça et le fit briller. Ce fut la seule fois où j’ai assisté à cette suerte dite : « al regaton » ; le palo étant tourné dans l’autre sens, n'ayant pour but que de montrer au public la classe de l’animal. Ce jour là tous les aficionados ont pu comprendre la principale source de cette passion : le toro. Grâce à cet après-midi Meca a eu le privilège d’être le torero attitré des Victorinos, à chaque cartel il était présent. Après sa despedida il fallait trouver une personne capable de les comprendre, les cerner.

 

La main gauche du Cid

 

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Victorino Martin Andres est un homme incroyable. Il est difficile de ne pas se délecter de ses paroles. Personne ne connaît mieux ses toros que lui. Avant la corrida il sait quel toro sera extraordinaire et il l’annonce. A ce jour il ne s’est jamais trompé. Evidemment les triomphes ne sont pas toujours au rendez-vous, en général les toros qu’il cite sont exigeants.

Manuel Jesus El Cid est le torero capable de décrypter ce genre de toro. Voici ce qu’il dit : « Cuando te embiste un victorino, te sientes torero. » (Quand un toro de victorino charge, met la tête, alors là tu te sens torero.). Cette phrase résume ce qu’est vraiment cet animal. Ces toros ne sont pas difficiles mais ne pardonnent aucune erreur. De cette exigence naît la perfection. Voilà ce que le Cid a réussi à atteindre le 19 septembre 2004 à Nîmes. Deux faenas exceptionnelles dont une absolument splendide. Cette dernière fut un régal, du pur toreo de verdad, que de la main gauche. Des naturelles taillées avec classe, profondeur et sincérité. Ce chef-d’œuvre m’a profondément marqué, m’a fait aimer ces toros. Ce n’est pas pour rien que pendant 25 ans cet élevage a été le préféré de Madrid. L’aficion de la capitale aime ce genre d’animal. Une présentation irréprochable et un mental intraitable.

Durant 50 ans le sorcier de Galapagar a réussi à rester au sommet, à garder cette ligne de conduite irréprochable. Malheureusement depuis une paire d’année il a perdu le fil. Peut-être que son deuxième fer (Monteviejo) lui donne plus de travail, ou simplement il s’égare en sortant plus de corridas qu’auparavant. Le succès n’est plus au rendez-vous, ses toros sont plus âpres, moins toréable et cela même pour les spécialistes.

Pour sa dernière corrida à LasVentas il a connu un revers qui fait mal. Un toro de Victorino a été refusé par la commission. Pour la première fois depuis 20 ans une corrida n’était pas complète, et comme un symbole deux toros ont été changé durant la tarde.

 

Malgré tout, ce fer reste emblématique, mythique. Les Victorinos font rêver tous les toreros et ils sont les premiers à dire, que pour être figura, il faut avoir toréé au moins une fois une corrida de Victorino Martin. Ce genre de propos ne peut que faire plaisir, inciter à continuer pour que le demi-siècle de sorcellerie se transforme en siècle. ¡ Feliz Cumple « brujo » !

V.Morelli

 

 

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