« Une réflexion sur la notion de citoyenneté aujourd'hui au Québec »

« Le discours dominant actuel au Québec nous donne souvent l’impression qu’accueillir l’immigration est un acte de charité, que celui-ci est toujours un rescapé de la misère dans son pays et qu’il est le bienvenu s’il remplit sa fonction utilitaire à savoir renforcer la présence francophone, peupler le Québec vieillissant et être une force économique pour pallier au manque de main d’œuvre.»

« À quel moment «Speak White» est-il devenu «Ne parle pas»?

Le discours dominant actuel au Québec nous donne souvent l’impression qu’accueillir l’immigration est un acte de charité, que celui-ci est toujours un rescapé de la misère dans son pays et qu’il est le bienvenu s’il remplit sa fonction utilitaire à savoir renforcer la présence francophone, peupler le Québec vieillissant et être une force économique pour pallier au manque de main d’œuvre.

Nous avons d’ailleurs dû subir pendant plusieurs mois le débat sur les seuils d’immigration à la dernière campagne électorale cet été comme si l’immigrant n’était qu’un bien marchand dans une équation purement économique. Personne ne me contredira si je dis que ce débat s’est déroulé, pour l’essentiel, sans nous.

J’entends par citoyenneté non pas le simple fait de recevoir un document le justifiant mais l’exercice quotidien; la contribution intelligente et constructive à la société d’accueil et au débat public.

Au bout de 4 ou 5 années de résidence, de parcours parfois sisyphéen pour trouver un emploi et s’installer et de taxes payées, nous devenons éligibles à la citoyenneté sur papier. Mais devenons-nous pour autant de vrai.es citoyen.nes?

J’entends par citoyenneté ici non pas le simple fait de recevoir un document le justifiant mais l’exercice quotidien; la contribution intelligente et constructive à la société d’accueil et au débat public; la volonté de construire un avenir commun exempt d’injustices ou chacun.e a voix au chapitre.

Car croyez-moi, c’est un sentiment terrible que celui d’être pris.e en otage à vivre dans une chambre d’écho impossible à percer où chacune de nos paroles nous ait renvoyées comme la preuve que nous ne serons jamais assez Québécois.es ni assez valides dans nos vécus; ou chaque parole pour dénoncer une injustice envers les minorités devient vite un motif valide pour un lynchage public. Les cas de Dalila Awada ou encore de Nydia Dauphin, pour ne citer que ces deux femmes, sont des exemples éloquents du prix cher que nous payons pour cette parole.

Les oppressions passées et les traumas d’une frange de la société justifient-elles que nous soyons muselé.es aujourd’hui? À quel moment «Speak White» est-il devenu «Ne parle pas»? On me rétorquera probablement qu’au Québec la liberté d’expression est un droit acquis. Je vous répondrai à cela que la liberté d’expression dans l’absolu est un leurre et que celle-ci ne peut être pensée qu’avec des lunettes qui analysent les rapports de pouvoir dans la société. Qui tient le crachoir aujourd’hui?..»

Article parAmel Zaazaa, Militante féministe et antiraciste

Source et suite ici: https://ricochet.media/fr/2486/ne-suis-je-pas-citoyenne

 

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