Vonric (avatar)

Vonric

Journaliste local sur Londres et plein d'autres choses ;-)

Abonné·e de Mediapart

20 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 mars 2024

Vonric (avatar)

Vonric

Journaliste local sur Londres et plein d'autres choses ;-)

Abonné·e de Mediapart

En France et au Royaume Uni, des obsessions bien différentes pour leur(s) voisin(s)

La France et le Royaume-Uni entretiennent tous deux des relations complexes avec leurs voisins, mais ces relations s’expriment de manière bien distincte. Alors que la tendance française consiste souvent à se comparer pour appuyer les changements ‘nécessaires’ dans l’Hexagone, l’obsession anglaise semble plutôt servir à excuser les difficultés du pays.

Vonric (avatar)

Vonric

Journaliste local sur Londres et plein d'autres choses ;-)

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
Bataille de Poitier à Nouaillé-Maupertuis en 1356, Chroniques de Froissart, manuscrits de Gruuthuse © Loyset Liédet, Public domain, via Wikimedia Commons

En France, l’obsession du bon élève allemand

« Quand je m’examine, je m’inquiète. Quand je me compare, je me rassure » aurait déclaré Talleyrand. L’habitude française est pourtant d’inverser la célèbre citation attribuée à Talleyrand. Est-ce une propension à la dévalorisation (qui apparemment a été étudiée), ou plus simplement une facilité utilisée dans le champs politique permettant de justifier des réformes douloureuses ?  C’est en tout cas l’argument d’autorité bien connu utilisé en rhétorique pour qui veut gagner un débat, le stratagème n°30 dont parle Schopenhauer dans son ouvrage « L’art d’avoir toujours raison » .

Au début des années 2000, le pays qui attire le regard des Français, c’est le Royaume Uni de Tony Blair. Tout semblait y être meilleur, au point où même le président du Medef en 2006, Ernest-Antoine Seillière, déclarait : « Je suis un socialiste anglais ! » . C’est l’époque de la financiarisation arrogante de l’économie, les bonus qui pleuvent sur la City de Londres, de la livre Sterling qui dépasse les 1,60€ (pour information, le taux de change est actuellement autour de 1,15€). Tout s’effondre en 2008 avec la crise des supprimes, l’austérité et le Brexit, qui sert maintenant de repoussoir dans le discours français (une pensée ici pour François Asselineau et son Frexit, emporté avec la tourmente).

Depuis, la comparaison avec l’Allemagne semble servir d’exemple ultime pour illustrer toute argumentation politique.

Sur France Inter, Dominique Seux, le journaliste économique de la matinale, est adepte des comparatifs avec notre voisin d’outre-Rhin pour argumenter ses chroniques. Ici, il cite des données Eurostat pour explique que la France (comprendre « ces fainéants de salariés français ») travaille moins que l’Allemagne et  « donc nous avons un problème » . Là, il nous explique qu’en comparant le système de retraite, l’Allemagne offre plus de flexibilité.

Même quand ça ne va pas fort de l’autre coté du Rhin comme en ce moment, le Figaro trouve le moyen de positiver en titrant : « Au bord de la récession, l’Allemagne devient pourtant la troisième puissance économique mondiale devant le Japon » . Quand à Valeurs Actuelles (si, si, je cite bien le Daily Mail comme source anglaise plus bas, pas de sectarisme) c’est toujours l’euphorie, puisqu’on nous enjoint de  « renouer avec une vision » et de nous inspirer des « leçons de l’Allemagne » .

Au sommet de l’Etat, on ne manque pas une occasion de justifier une réforme à venir par une comparaison avec l’Allemagne. Lorsque le nouveau Premier Ministre Gabriel Attal fait son discours de politique générale à l’Assemblée Nationale ce jeudi 30 janvier, il ne peut s’empêcher de se référer à l’obsession française:

« En France il faut 17 mois en moyenne pour implanter un projet industriel, en Allemagne c’est deux fois moins ; ça ne peut pas continuer ».

Et si le Royaume Uni a bien été cité dans ce même discours, c’est plus pour servir d’avertissement à ceux qui seraient tentés de critiquer l’Union Européenne.

La semaine dernière, à cause du Brexit, les derniers hauts-fourneaux de Grande-Bretagne ont fermé. On ne produit plus d’acier au Royaume-Uni ! En France, au contraire, grâce aux investissements européens, l’industrie revient !

Du côté Français, le voisin d’outre-Manche est actuellement au mieux ignoré, au pire cité en exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire. Le modèle qu’il convient de suivre, et qui justifie les réformes gouvernementales, se situe clairement de l’autre côté du Rhin.

Au Royaume Uni, l’obsession du fauteur de trouble français

L’attitude est bien différent du côté anglais. On ne retrouve pas de comparaisons visant à déterminer ce qu’il faudrait faire ou éviter. La France est plutôt mentionnée lorsqu’il s’agit d’expliquer un ratage dans le pays. Le Royaume-Uni semblerait presque paisible s’il n’était pas constamment provoqué par les Français, du moins c’est le message que semble véhiculer une partie de la presse anglo-saxonne.

Il faut reconnaître à l’Angleterre une constance : depuis des siècles, elle entretient une obsession particulière pour son voisin du continent, son « meilleur ennemi ». On raconte ainsi qu’un jour un officier anglais aurait engagé avec le corsaire Robert Surcouf le dialogue suivant :

– « Au fond, ce qui nous distingue, nous autres Britanniques, de vous autres Français, c’est que nous nous battons pour l’honneur et vous pour l’argent. »

– « Hé oui », aurait répondu le corsaire, « chacun se bat pour ce qui lui manque. »

Il est peu probable que cela se soit exactement passé ainsi (d’autres attribuent la citation au corsaire René Duguay-Trouin qui vécu un siècle avant Surcouf), mais cet échange illustre bien les relations tendues qu’entretiennent les deux pays depuis longtemps.

Pour une grande partie de la presse d’outre-Manche, la France serait plutôt la cause de bien des soucis qui affectent le royaume.

On a tous en tête les difficiles négociations sur le Brexit, pour lesquelles il a souvent semblé, au moins vu d’Angleterre, que la partie se jouait non pas avec les 27 pays de l’Union Européenne mais entre la Grande Bretagne et la France. Citons pêle-mêle le quotidien gratuit Metro qui titre en mars 2019: « Les Français annoncent qu’ils vont bloquer le report du Brexit de Theresa May » , le Daily Express qui écrit en avril 2019 que « Theresa May supplie Macron de ne pas bloquer le report du Brexit » , le Independent qui en juillet 2019 écrit « Emmanuel Macron déclare que l’Europe ne devrait pas avoir peur d’un Brexit sans accord » , The Telegraph qui explique en décembre 2020 qu’ « Emmanuel Macron menace de s’opposer à un accord commercial post-Brexit« ,  City A.M. qui informe en juin 2021  « La France menace de mettre son veto à toute modification de l’accord sur le Brexit » …  bref ce n’est qu’un exemple infime, on en trouve des dizaines.

Illustration 2
Lorsque la cheffe du gouvernement britannique négocie, c’est Macron qu’il faut convaincre semble indiquer la photo – Copie d’écran https://www.standard.co.uk/

Mais soit, le Brexit a été un évènement majeur, la France ayant une position significative au sein de l’Union Européenne, pourquoi pas. Là où l’obsession est encore plus perceptible, c’est dans le récit de faits qui semblent pourtant bien loin de préoccupations majeures de politique internationale. 

Le chaos dans le traffic aérien britannique serait-il un coup des Français ?

Prenons par exemple la perturbation majeure dans le traffic aérien au dessus du Royaume-Uni fin août 2023. Des centaines de milliers de passagers qui avaient prévu de voyager à destination ou en provenance du Royaume-Uni ont vu leurs vols annulés ou retardés après que le système de contrôle de la circulation aérienne ait été touché par un problème technique. Et qui est responsable de toute cette cacophonie ? Les Français probablement, selon des informations relayées par The Times dès le 28 aout, qui écrit:

« Des sources ont suggéré que le problème pourrait être le résultat d’un plan de vol mal déposé par une compagnie aérienne française »

Quelles sources ? On ne sait pas, parce qu’en fait immédiatement après cette assertion, il est précisé que la NATS (National Air Traffic Services, le service de contrôle aérien) refuse de confirmer. Pourtant, pour certains la responsabilité semble établie, le gratuit anglais Metro titrant directement : « Chaos du trafic aérien au Royaume-Uni causé par le mauvais plan de vol d’une compagnie aérienne française » . Le lendemain la BBC embraye avec la rumeur, mais toujours aucune confirmation :

« Interrogé sur les rapports selon lesquels un plan de vol soumis par une compagnie aérienne française pourrait être à l’origine du problème, M. Rolfe a déclaré qu’il ‘ne souhaite pas spéculer à ce stade’. »

Evidemment les tabloïds s’en donnent à cœur joie. Dès le 28, le tabloïd de droite Daily Mail se demande si « une erreur de la compagnie aérienne française aurait déclenché des problèmes de contrôle du trafic aérien« , mais ne peuvent avoir aucune confirmation. Le lendemain, le quotidien enfonce le clou et titre (notez le conditionnel en majuscules dans le titre, qui est d’origine): « Problèmes de contrôle de la circulation aérienne : le plan de vol d’une compagnie aérienne française AURAIT PU avoir fait tomber l’ensemble du réseau aérien britannique » . Et là où cela devient extraordinaire, c’est qu’ils ajoutent que la nationalité de l’avion serait « suggérée par le gouvernement« , quand bien même ils précisent dans la première phrase de l’article que la résidence du Premier Ministre a juste « refusé d’écarter la possibilité qu’une erreur de saisie par une compagnie aérienne française » parmi d’autres éventualités.

Exactement le même déroulé chez son concurrent le Daily Express qui ne s’embarasse pas de conditionnel et écrit le 29 aout « La bourde de la compagnie aérienne française a-t-elle provoqué l’effondrement du trafic aérien dans les aéroports britanniques ? » avant toutefois de nuancer le lendemain avec un nouvel article titré : « Une erreur d’une compagnie aérienne française pourrait être la cause du chaos qui a vu des centaines d’avions cloués au sol » qui nous apprend que… tout n’est que conjectures :

« Selon certaines spéculations, la défaillance du contrôle de la circulation aérienne a été causée par une compagnie aérienne française soumettant un plan de vol à la NATS avec un mauvais format. »

Donc, jusqu’à présent, le seul indice pointant du doigt une possible « responsabilitée » Français, c’est que personne ne peut confirmer que la France ne soit pas impliquée. A ce jeu là, on peut condamner beaucoup de monde !

Puisque nul ne semble donner le début d’une confirmation d’une implication française, The Independent, journal considéré comme sérieux et modéré, décide d’enquêter. Neuf jours plus tard il fait pourtant lui aussi de son mieux pour trouver un rapport en écrivant:

« Le vol qui correspond le plus aux horaires [donnés par le rapport d’enquête de la NATS] et qui a survolé l’espace aérien britannique est le vol Air France AF85 de San Francisco à Paris CDG. […]. Ceci est une spéculation de The Independent et n’a pas été confirmée. »

On n’en saura pas plus. Mais dans le doute, toujours stigmatiser les Français !

Illustration 3
La Une du Independent le 30 aout 2023

En fait, peu importe la nationalité de l’avion, française, états-unienne ou chinoise. Pour la petite histoire, sachez qu’au final il s’agit uniquement d’un problème informatique d’un système mal programmé et mal testé, utilisé par le contrôle aérien britannique, rien de plus. En informatique lorsqu’un champs doit être saisi, on vérifie le format entré avant de manipuler les données. Si celui ci ne convient pas, on renvoie une erreur (un ‘exception’) pour cette donnée (un ‘try/catch’ pour les initiés), on n’éteint pas l’ordinateur. C’est pourtant ce que le système gérant le contrôle aérien anglais a plus ou moins fait. Un problème uniquement informatique, expliqué en détail par la revue spécialisée ComputerWeekly, qui n’implique en rien la nationalité d’une compagnie aérienne.  L’article de The Independent doit bien le reconnaître et cite un spécialiste informatique :

« Le problème semble avoir été entièrement causé par un logiciel défectueux écrit par un sous-traitant pour NATS. L’algorithme était fondamentalement mauvais. »

Caramba ! C’est pas grave, titrons tout de même sur les Français !

La France ciblerait les maisons secondaires des britanniques

Pratiquement au même moment, on lit dans la presse britannique que « La France frappe les propriétaires de résidences secondaires britanniques avec une taxe supplémentaire de 60%  ». À ce stade, il devient difficile pour les lecteurs anglais de ne pas soupçonner que la France ciblerait spécifiquement les Britanniques.

Et pour renforcer l’idée que le président français est derrière tout cela, le Telegraph, le grand quotidien de droite anglais, ne choisit pas une résidence secondaire en illustration mais un gros plan d’Emmanuel Macron à côté du blason français.

Illustration 4
Macron en illustration de l’article du Telegraph

Le titre n’est pas seulement une présentation fallacieuse de la mesure (oui, certains Britanniques sont impactés, mais comme les autres nationalités, et en immense majorité des Français) mais aussi mensongère : la hausse n’est pas de 60%, mais varie entre 5% et 60%. Cette mesure n’est pas non plus étendue à toutes les villes, mais seulement à 2.200 communes supplémentaires (celles qui « n’appartiennent pas à une zone d’urbanisation de plus de 50.000 habitants, mais qui sont néanmoins confrontées à un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande de logements et entraînant ainsi des difficultés sérieuses d’accès au logement sur l’ensemble du parc résidentiel existant » nous explique legiFiscal.fr).

Les Anglais possédant une résidence dans le Gers seront assurément moins concernés que ceux ayant un logement sur Saint Tropez, Grenoble ou Paris et il y a sans aucun doute plus de résidences secondaires anglaises à La Baule (qui a décidé de ne pas appliquer la majoration) qu’à Saint Nazaire (qui devrait appliquer le maximum de la surtaxe de 60% selon le quotidien Les Echos).

Il est vrai que si l’article avait été précis, il serait probablement devenu anecdotique. Dans une étude sur la présence des Britanniques en France, l’INSEE explique que ces derniers « s’installent plus souvent dans les territoires les moins denses  » , donc non touchés par les récents changements de fiscalité sur les résidences secondaires. Et pour ceux qui ont un logement dans les grandes villes comme Paris, Lyon, Bordeaux… etc, ils sont impactées par la hausse de la fiscalité depuis 2014, ce n’est guère nouveau !

Le comble, c’est que cette mesure n’a rien d’exceptionnel et le Telegraph le sait très bien. En remontant quelques mois en arrière, on retrouve en effet sur leur site des articles concernant la décision similaire du gouvernement britannique, annonçant même que les impôts locaux devraient non pas augmenter de 60% mais doubler pour de nombreuses résidences secondaires en Angleterre à partir de 2025 (apparemment près d’un quart des municipalités auraient l’intention d’appliquer le taux maximum). Au Pays de Galles la mesure existe depuis quatre ans et des discussions sont en cours pour renforcer l’imposition.

Illustration 5
Cette fois ci, pas de Premier Ministre ni de drapeau pour illustrer la mesure du gouvernement britannique sur les résidences secondaires anglaises, mais des images bucoliques et des paysages de cartes postales.

Pourtant, rien dans la presse française annonçant que la perfide Albion prévoyait de tripler les impôts locaux des Français possédant un logement sur l’île (allons, il doit y en avoir…).

Dans la presse britannique, ce type d’article a surtout un objectif : confirmer que l’autre coté de la Manche est perclus de haine à l’égard des Anglais, et ainsi susciter un sentiment réciproque du lectorat conservateur (au passage, le réconfortant dans son choix du Brexit). Les commentaires sont révélateurs, il suffit de citer les deux derniers publiés :

Illustration 6
Commentaires sous l’article dans The Telegraph: – Remo Williams: « Les Français détestent les Britanniques – comme toujours.  » – Ian Carpenter: " ‘C’est la destinée d’un Anglais de combattre les Français’… "

Je m’étonne d’ailleurs de ne pas avoir vu un article du type : « Paris supprime les trottinettes électriques en libre service utilisées par les Britanniques  » , car au final l’Anglais en visite ne peut plus utiliser ce moyen de transport dans la capitale française depuis cet automne. À mon avis, il y avait de quoi écrire un bel article montrant la persécution dont sont victimes les citoyens d’outre-Manche !

Pour être honnête, certains lecteurs semblent plus éclairés que d’autres, puisque l’un d’eux commente plus loin :

Illustration 7
Anthony Lovegrove : « Pourquoi ce titre fait-il semblant de montrer que la France s’en prendrait aux Britanniques seuls ? Absurde tentative dans le but d’attiser le sentiment anti-français. »

Le Daily Mail en remet une couche le 26 janvier de cette année dans un article dont le titre montre toute la nuance dont le journal est capable :

« Comment les ressortissants britanniques doivent vendre en raison de la folie des règles en France suite au Brexit »

Pourtant, il s’agit simplement de la règle qui impose un visa ou un titre de séjour pour toute personne non résidente de l’Union Européenne et qui souhaiterait rester en France plus de 90 jours sur une période de 180 jours. Rien ne cible les Britanniques, il s’agit simplement d’une règle générale, et ils ont d’ailleurs la réciproque chez eux. Personne n’a décidé unilatéralement de leur retirer le droit de demeurer en France, ce sont eux (et en priorité les Anglais) qui ont voté pour le Brexit en 2016. Et comme ils l’ont répété si souvent « Brexit means Brexit! » ( « Brexit veut dire Brexit » dans la langue de Molière).

Les députés français sont toutefois si accommodants que certains ont voulu légiférer afin d’accorder au Britanniques une dérogation. Pas de chance, la mesure a été introduite dans cette fameuse loi immigration dont nous parlions dans un article précédent, et un été retoquée par le Conseil Constitutionnel qui a considéré que cela n’avait rien à y faire, comme d’ailleurs 31 autres articles censurés. Rien n’interdit de réintroduire la mesure dans une future loi plus appropriée.

Mais le Daily Mail semble persuadé que c’est une preuve supplémentaire de la rancœur des Français, rappelant dans le même article la taxation dont nous parlions plus haut : « Plus tôt l’an passé, la France a frappé les propriétaires britanniques avec une augmentation allant jusqu’à 60 % des frais de taxe d’habitation, ajoutant ainsi à leurs problèmes » .

Les Français auraient-ils même corrompu l’intelligence artificielle anglaise ?

Décidemment, les Français n’en manquent pas une quand il s’agit de gêner les Anglais. Fin janvier, le Telegraph, toujours à la pointe lorsqu’il s’agit de viser la France, nous apprend avec fracas que le chatbot (une application qui peut imiter une vraie conversation avec un utilisateur dans sa langue naturelle) basé sur l’Intelligence Artificielle ChatGPT et qui devait être installé sur le site officiel dédié aux services publiques (l’équivalent de service-public.fr) se mettrait à répondre … en français. Honnêtement, cela à tout l’air d’un complot de mangeurs de grenouilles !

Illustration 8
Copie d’écran de The Telegraph du 24 janvier 2024

L’article cite le ministre en charge de la mise en oeuvre du système :

« Nous avons progressé assez loin avec cela… et il a fait des choses étranges. Si vous posiez des questions d’une certaine manière au début, il répondait en français… ce qui était inattendu. »

Inattendu certes et surtout cocasse (je ne sais pas si un chatbot français qui glisserait des mots anglais serait un problème dans la startup nation d’Emmanuel Macron)!

Encore une fois, c’est la seule mention d’une quelconque implication « française » , le vrai problème, explicité par un chercheur du gouvernement, étant plutôt la véracité des réponses : « Nous avons observé quelques cas d’hallucination – où le système générait des réponses contenant des informations incorrectes présentées comme des faits« .

Une certaine presse anglo-saxonne voudrait-elle populariser l’adage : « la France est un paradis terrestre, malheureusement elle est habité par les Français » (citation d’origine incertaine détournée plus récemment par l’écrivain Sylvain Tesson) ? Est-ce une tentative absurde, une manoeuvre à visée politique permettant de dégager une responsabilité (à défaut d’accuser les migrants) ou plus simplement une stratégie des journaux pour améliorer leur traffic ? En tout cas il semble de bon ton d’entretenir le ressentiment anti-français outre-Manche.  

Finalement, les Français pourront se réconforter en explorant les rubriques sur l’art de vivre et voyages, où cette tendance n’a pas encore pris racine… à moins que cela ne soit simplement une version des habituels clichés véhiculées d’une manière plus amicale, à la façon Emily in Paris.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.