5 - Maître Sophie Janois soutien la prise en charge de l'autisme selon la HAS

Maître Sophie Janois est particulièrement attachée au respect des droits des personnes avec autisme et accompagne les établissements médico-sociaux dans leurs obligations et démarches. Elle soutient la prise en charge de l’autisme basée sur les recommandations de la Haute Autorité de santé.

Lettre ouverte de Maître Sophie Janois aux députés



Sophie Janois © ML Sophie Janois © ML
En ma qualité d'avocat au service des personnes avec autisme, je soutiens avec grande conviction la proposition de résolution initiée par le député FASQUELLE et dont il doit être débattu demain [NDLR aujourd'hui].

Cette proposition N° 4134 (rectifié) invitant le Gouvernement à promouvoir une prise en charge de l’autisme basée sur les recommandations de la Haute Autorité de santé tend, en effet, à palier les carences de l'Etat en matière de prises en charge et de scolarisation des enfants autistes.

La situation de ces familles forcées d'en passer par la voie judiciaire pour faire valoir leurs droits est, et j'en suis le témoin direct, déplorable et particulièrement injuste.

En effet, les professionnels de soins comme tous les professionnels de l'enfance en général, ne reçoivent aucune formation conforme aux données acquises de la science (recommandations de la HAS) mais une formation d'un autre âge, spécificité française : la psychanalyse.

Cet état de fait est extrêmement préjudiciable aux personnes autistes qui ne bénéficient, de fait, aucunement des thérapies adaptées et ne gagnent pas en autonomie. L'inefficacité de la psychanalyse en matière d'autisme est pourtant parfaitement prouvée et les familles sont parfois contraintes de quitter le territoire français pour s'expatrier à l'étranger et donner une chance à leur enfant d'évoluer favorablement (Voir condamnation de la France en raison de l'exil forcé d'une famille en Belgique).

Il faut dire que les résistances locales, notamment par les pédopsychiatres et psychiatres d'obédience psychanalytique (CMP, CAMSP, CMPP, HDJ) ou par les professionnels travaillant dans le secteur médico-social, est grande. Ces derniers, persuadés que l'autisme est un trouble provenant d'une carence maternelle, non seulement refusent de porter un diagnostic, ne permettent pas aux familles d'obtenir une attestation leur permettant de prendre rendez-vous dans les Centres ressources autisme, mais encore font régulièrement des informations préoccupantes à l'encontre des parents qui souhaitent stopper ces prises en charge inutiles et culpabilisantes. Je vous parle du terrain, non de leurs discours adaptables à l'envi.

Une fois par mois au moins, je plaide devant des juges des enfants de façon à éviter le placement d'un enfant autiste alors qu'un professionnel de l'ASE, un expert psychiatre d'obédience psychanalytique, un psychiatre de CMP ou d'un HDJ a pu alerter de la dangerosité de la mère au regard des troubles que présente son enfant. Cette situation est absolument ubuesque lorsque l'on sait qu'il s'agit là d'un trouble neuro-développemental.

Les recommandations de la HAS sont mon meilleur outil de défense des familles et, si la plupart des juges des enfants prononcent des non-lieux et lèvent les yeux au ciel en lisant les rapports qui leur sont transmis, certains d'entre eux, en raison de la non opposabilité des recommandations, ou simplement du fait qu'elles soient régulièrement contestées par les tenants de la psychiatrie française, préfèrent confier l'enfant à l'ASE. Le drame humain que cela représente est considérable en nombre, aussi je vous invite à lire, à ce sujet, le rapport du Défenseur des droits sur le handicap invisible et l'aide sociale à l'enfance.

Cette résolution, en dépit de son caractère non contraignant, est salutaire en ce que, bien évidemment, les juges en tiendront compte faute d'éléments contraires, qu'elle permettra de corriger les incompétences des professionnels et réduira les injustices.

Telles sont les raisons de mon soutien, que je souhaitais vous exposer.

Vous remerciant d'avoir pris le temps de me lire, je vous prie de recevoir, Mesdames, Messieurs les députés, ma vive considération.

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