Harlem Désir n'a pas remarqué que l'Europe changeait et que la France ne fait que participer au mouvement.
Des parties populistes s'installent partout en Europe, et ici à Genève nous sommes bien servis puisque nous avons un parti cantonal et un parti national. Le cantonal ratisse très large, le national subit la pression du cantonal, pour autant ces 2 partis sont de droite.
Ils ont fait leur lit en prenant en gros 1/3 des suffrages, moitié à droite, moitié à gauche (une gauche au plus haut à 47% descendue aujourd'hui à 33%).
La gauche doit abandonner la fiction que leurs électeurs n'aient pas basculé si massivement.
En France, la Gauche est arrivée au pouvoir pour mener la politique d'austérité qu'elle a promise, et au fond la Droite n'a pas fait tant d'efforts pour garder le pouvoir tant les 10 ans précédents ont été gachés par une politique à contre-temps, baisses d'impôts, hausses des déficits, réformes de façade.
Les attentes des gens sont cependant autres, même si la classe moyenne, par raison a préféré F.Hollande, elle est aujourd'hui abrutie par cette crise, entre pression fiscale, pression professionnelle, difficile avenir de ses enfants. Aucune lueur d'espoir ne pointe à l'horizon.
L'attirance est grande d'exprimer son mécontentement, et les digues vont sauter. Le système électoral maintenu sans défaillir par le PS ne favorise pas les grandes coalitions en donnant des majorités homogènes au parti arrivant en tête, il exclut du Parlement ces partis populistes qui n'ont pas l'occasion de montrer leur inanité.
J'ai voté une fois Chirac en 2002, j'ai eu 10 ans pour le regretter, et maintenant encore 5 ans d'être peiné par la politique courageuse de F.Hollande qui reste totalement incomprise. Ne serait-ce pas un boulevard pour les populistes ?
Alors aujourd'hui, je ne veux plus entendre parler d'un Front Républicain qui signifie que la gauche abandonne à l'UMP ses voix, pour sauver quoi ?
Faire élire un UMP à la place d'un frontiste mais cela changera quoi ?
Sarkosy et Le Pen peuvent se réclamer de Victor Hugo ou de Jaurès, Désir reprend les propos de Le Pen sur la copie et l'original, Valls stigmatise les Roms.
Tout cela ressemble à un phénomène d'acculturation, qui frappe d'abord la Gauche.
Voici quelques exemples :
Rendre inaudible la lutte contre le racisme ou une politique pénale permettant de sanctionner réellement sans avoir à construire 15 ou 20 000 places supplémentaires mériterait un meilleur soutien, qui commencerait en premier lieu dans les écoles, là où se sanctuarisait la République il n'y a pas si longtemps. La justice est-elle rendue au Nom du Peuple Français ? Ne forme-t-on pas aujourd'hui des ignares politiques à Bac+5 ?
Où sont les intellectuels ? Thomas Piketty est-il seul ? son dernier ouvrage est un lumineux manuel d'économie et d'intelligence qui se lit comme un roman. Je suis à peu près sûr qu'il est aujourd'hui le livre de chevet de tous les libéraux préparant la défense des détenteurs de richesse (il tort le cou ,au passage, au mythe des 30 glorieuses qui ne sont que le rattrapage des 2 guerres du XXéme siécle pour la France et l'Allemagne).
L'Unef se positionne sur la réforme des retraites, est-ce réellement ce dont ont besoin les étudiants ? en attendant repris par les radios cela fait les délices de la Droite et de nombreux adultes.
Une guerre des gangs à Marseille ou en Corse mérite-t-elle une descente ministérielle ?
Regagner la bataille des idées, réclame d'avoir des idées et de les défendre. A ce point aujourd'hui la Gauche est faible et incapable, le parti socialiste, le gouvernement auraient dû annoncer depuis un an que les bases fiscales inchangées impliqueraient des millions d'assujettis supplémentaires à l'impôt.
Gouverner c'est prévoir; et sinon c'est donner du grain à moudre aux populistes, donner l'habitude de voter à droite aux gens n'est pas une bonne chose. Droite ou extrème droite, c'est la même chose à la fin, les exemples espagnols ou italiens le montrent.
Le front républicain, il faut l'inscrire dans la tête, en faire un exercice quotidien, mais il ne faut plus le partager avec l'UMP.
Au premier tour il faut être fort, à Brignoles le terrain a été visiblement occupé par le FN, pas par la Gauche, et peut-être que du coup les municipales seront, à la suite, perdus ... pour un temps.