Voilà un sujet d'investigations à la hauteur des enjeux vue les difficultés nées de la création d'un régulateur bancaire européen.
Le système bancaire allemand comprend un nombre de banques à risques absolument incroyable à l'échelle de reflexion d'un français peu au fait de l'organisation allemande.
Le secteur public bancaire occupe une place à part en Europe, la nature fédérale de l'Allemagne se constate dans l'organisation de ses banques et la présence d'un secteur public absolument essentiel :
- Deux grandes banques généralistes, dont l'une sous le contrôle de l'Etat depuis la crise de 2008, la Commerzbank, et l'une farouchement indépendante et orientée vers la banque d'investissement, la Deutsche Bank.
Si la seconde parait en bon état, la première doit sa survie au soutien de l'Etat actionnaire en dessous de 30%. Commerzbank portant une filiale immobilière, Eurohypo, spécialisée dans les financements immobiliers, et à ce titre en 2006 première banque immobilière en ... Espagne, mais également très impliquée dans les financements maritimes.
- Une banque immobilière en faillite, bénéficiant de garanties de l'Etat à hauteur de près de € 80 milliards, la Deutsche Pfandbrief Bank anciennement Hyporealestate, avatar immobilier de la bavaroise HypoVereinsBank. Cette banque ,acteur majeur des années 2000 de tous les financements immobiliers dans le monde, et également à la tête d'un grand portefeuille de créances sur les collectivités locales américaines, qui à la différence des françaises disposent du droit de faire faillite (les électeurs ayant de facto un regard sur la dette), continue cependant ses activités grâce à la garantie donnée par l'Etat, et est, paradoxalement l'un des seuls prêteurs actifs.
- Des banques des "Länder", les fameuses Landesbank, banques publiques portées par les Etats et les Caisses d'Epargnes locales. Ces banques qui ont longtemps bénéficié d'une note AAA présentent des risques systémiques tout à fait important, notamment en immobilier. Il suffit de citer, la LBBW, banque du très riche Bade-Wurttenberg, qui s'était lancé dans plus de 100 projets de développement (promotion immobilière) dans toute l'Europe.La HSH Nordbank de Hambourg, englué à la fois dans l'immobilier et le financement du fret maritime. NRW (Nord Rhin Westphalie) anciennenement WestLB, ayant changé de nom en évitant la faillite ...
- Le secteur bancaire allemand sur des emprunteurs allemands gérent paraît-il près de € 400 milliards de créances douteuses ....
Voici ce que devra cacher ou recapitaliser l'Allemagne dans les 18 prochains mois, quelque chose comme € 1000 milliards, avec des engagements en Espagne tels qu'il est hautement improbable que ce pays puisse sortir de la zone euro.
Il est tout de même très intéressant de constater que si la France est aisément villipendée, un respectueux silence suit ce sujet lorsqu'il devient allemand,et qui ferait déraper la dette allemande bien au-delà d'où elle se trouve aujourd'hui. La crise des années 90 en France aura au moins laissé dans les esprits au regard des risques bancaires une relative saine gestion.
Une étude sur le sujet serait intéressante, suivre par les annonces de presse les financements octroyés entre 2003 et 2008 et essayer de voir ce qu'ils sont devenus serait du plus grand intérêt. Valoriser les émissions de Pfandbrief (obligations hypothécaires) serait également un exercice d'analyse passionnant, cela pour tous ceux qui pensent que nous arrivons au bout de la crise.
Les exercices de "crash-test" sur les banques, ne peuvent réellement être compréhensibles en l'absence de Mark to Market de leurs dettes (valorisation au jour du crash des créances par la valorisation des actifs sous-jacents) à un niveau acceptable.
La BCE devra montrer beaucoup de doigter et de laisser-faire pour réussir à limiter à long terme ces besoins en capitaux, et malheureusement, cela illustre également les grandes difficultés des banques à offrir des financements nouveaux tant leurs bilans sont incertains. En conséquence, les marchés interbancaires sont bien atones et les interventions de la BCE ne sont pas prêtes à s'arrêter.