Mon choix date maintenant de plus de 15 mois, à une époque où avec Démocratie 2012, poursuivre la candidature de François Hollande n'allait pas de soi. J'avais acquis progressivement, en croisant DSK dans des colloques ou des avions, la conviction d'un dilletantisme, probablement brillant, et la certitude qu'il n'avait pas vraiment envi d'y aller. Aujourd'hui il est clair que son mode de vie ne lui aurait pas permis de tenir une campagne électorale.
Par ailleurs, je reste un traumatisé du 21 Avril 2002, la Gauche Plurielle avait gouverné sérieusement pendant 5 ans, remis le pays sur les rails et cette politique sociale démocrate était nécessaire. Les électeurs de gauche en France ont besoin de grand soir, de révolution et de rêve, le gouvernement Jospin s'apparentait plutôt à celui de Raymond Barre des années 70, le résultat fut une débacle qui a couté à la France dix ans de politique informe.
Cette décennie perdue, commence avec un pouvoir UMP, qui se sachant miraculé, va au lieu de lancer les réformes de structure nécessaires laisser filer les déficits dès 2002, alors que nous ne sommes pas en crise économique. Cette contribution à la bulle financière est non négligeable, et le paradoxe tient à la fois de l'amateurisme des dirigeants de droite et de leurs connaissances limitées en matière économique ou politique (que comprennent Francis Mer et Thierry Breton à la gestion d'un Etat ?), mais également de certains conseillers obscurs qui choisissent de suggérer la politique du pire en vue d'imposer à la France la cure de réformes libérales qu'ils souhaitent et pour cela il serait bien que la France se retrouve au pied du mur (de l'argent) face à une crise de la dette... Pour peser à Bruxelles, nos commissaires européens sont agés, monolingues et politiques, Chirac refusera que Pascal Lamy ne préside la Commission, pourtant à la demande conjointe de Blair et Schroder, pour choisir Barroso, avec l'efficacité que l'on sait.
Le régime chiraquien touche à sa fin, dans une longue agonie correspondant à la conquète du pouvoir par Nicolas Sarkosy. Lorsqu'il est élu en 2007, je pense qu'il faut y voir deux raisons, la première liée à la faiblesse de l'offre politique et du choix, il apparaît comme le moins mauvais même si les deux finalistes ont de nombreux points de convergence dans leurs discours, la seconde tient dans l'espoir de changement suscité par cet élection où les trois premiers candidats sont à leur façon des novateurs, et le raccourci de Sarkosy siphonnant le FN s'explique surtout par le dernier tour de piste de JMLP.
L'absence d'économistes politiques à l'UMP est assez flagrante, la crise de 2007 qui débute dès le mois de Mars avec le sauvetage de Bear Stern aux Etats-Unis passe complètement inapperçu . Le choix des Ministres des Finances est, à cet égard, hilarant, Borloo (la politique par un Castor Junior), Lagarde (fortunately I speak a good english !), Baroin ( j'ai quand même un DESS de Défense !) et même si le "collaborateur" du Président, son Premier Ministre, trouve que la France est en faillite, il continue sur sa lancée.Nous n'avons pas vu durant toute cette période émerger de grands commis de l'Etat, nommés à des postes clés et défendant une vision de la permanence.
Cette crise qui se cachera pendant un an, couvera sous les cendres de la bulle internet éclatera au grand jour avec la chute de Lehman Brothers, à ce stade si les gouvernements s'y attèlent plutôt convenablement, ils n'ont pas compris que les marchés les attendent au tournant, il ne s'agit pas de corriger 2 ans de déficits excessifs liés à la crise mais de 10 ans de politiques incohérentes, pour lesquelles la gauche n'a que très peu de responsabilités (certaines collectivités locales ) . Pas de changements, les avantages de la loi TEPA, l'amendement Copé, tout ce qui s'apparente pour le business à un paradis fiscal reste en place. Les réformes des retraites sont faites au minimum, alors qu'elles sont nécessaires, l'on vit plus longtemps, l'ont commence à travailler plus tard, la pénibilité n'est pas la même qu'il y a 50 ans. L'égalitarisme à la française revient à considérer que l'agent de gare et le cheminot qui entretient les voies ou conduit des trains doivent avoir les même droits, que le policier sur la voie publique et l'enseignant, que l'infirmière qui n'a pas son week-end toutes les semaines, qui travaille en horaires décalés et l'agent du Trésor relèvent tous d'un régime unique, certains jours je suis content de ne plus habiter la France.
Mais voilà, ce pays vous attache viscèralement.Je voudrais que le concept d'ordre juste se mette en place. L'heure n'est pas à la révolte et c'est pourquoi j'ai combattu à longueur de commentaires ces derniers mois l'activisme du Front de Gauche sur le site, la France doit mener un effort considérable pour trouver sa place dans le monde, qui n'est pas celle, gaullienne des années 60, mais celle d'une puissance moyenne qui doit mettre en jeu son atout et sa faiblesse principale, la France est un vieux pays avec une expérience extraordinaire mais qui "manque de jus", son système sclérosé produit de la haine de l'autre (notre histoire coloniale y est peut-être pour quelque chose) laisse sur le chemin, faute d'éducation suffisante, des énergies incroyables et ne parvient pas à reconnaître un ascenseur social nécessaire et indispensable, la réussite déclenche plus d'envi que de motivation pour tenter sa chance.
Il y a des énergies positives énormes à réveiller, seuls François Hollande et François Bayrou se sont placés sur ce terrain, pour les autres, Sarkosy, Le Pen, la haine et la peur de l'autre servent de fil rouge politique. Il est clair que pour Mélenchon, le terrain est différent, plus éduqué, mais irréaliste, la dimension mondiale de notre vie n'étant toujours pas intégrée dans sa pensée. A chaque licenciement "boursier", il y a quelque part des gens qui accèdent à une meilleure vie, la question n'est pas de les empêcher mais comment créer les conditions pour qu'ils ne se produisent pas, et les réponses sont technologie, éducation, environnement, responsabilité.
Alors mon choix est clairement basé sur les espoirs d'un exercice du pouvoir visant à retrouver l'indépendance de la France en matière de finances publiques, à relancer un projet éducatif global (former des ingénieurs pour les voir travailler dans la recherche, la technologie et l'industrie et non dans la finance), à restaurer l'offre politique avec des Hommes d'Etat qui ont tant manqué ces dix dernières années, une défaite de la droite est de ce point de vue également nécessaire.
Je voterai donc François Hollande le 6 Mai 2012 et j'appelle à voter pour lui.