Quelle représentation des mouvements sociaux?

Quelle est l'image des manifs ? Même si des sondages affirment que la contestation est approuvée par une large majorité de la population, il me semble intéressant de se demander comment la « lutte » est montrée et perçue. On objectera que ce qui importe n'est pas la faveur de l'opinion ni le discours médiatique mais la réaction du pouvoir sur lequel il s'agit de faire peser une contrainte.

Quelle est l'image des manifs ? Même si des sondages affirment que la contestation est approuvée par une large majorité de la population, il me semble intéressant de se demander comment la « lutte » est montrée et perçue. On objectera que ce qui importe n'est pas la faveur de l'opinion ni le discours médiatique mais la réaction du pouvoir sur lequel il s'agit de faire peser une contrainte. Est-il naïf de penser que la lutte est d'abord symbolique ? Cette idée est en effet souvent refusée, au motif que la lutte n'est pas un spectacle. On est alors pris dans l'alternative entre L'Action Véritable (blocage pour créer un rapport de forces – au plan économique) et les Discours Inutiles (les actions les plus bariolées s'évanouissent en belles paroles jetées au vent). Mais est-ce que cette alternative est la bonne ? Voici donc quelques traits correspondant au portrait des « mouvements sociaux ».

 

Des syndicats désorganisés :

On les montre incapables de s'unir à moyen terme, se traitant mutuellement de traîtres et d'irresponsables. Comme le suggère Bourdieu, un réseau européen ne serait-il pas nécessaire pour s'opposer au système de gouvernance économique ? Mais il est déjà difficile de s'entendre sur une date.

 

Des fainéants privilégiés :

On entend même dire que les fonctionnaires sont rémunérés les jours de grève. Réclamer des conditions décentes ! Comme si leur salaire et leur statut ne leur permettaient pas déjà de se payer le luxe de la grève. Paradoxe : les hauts fonctionnaires, ceux qui augmentent leurs salaires, conservent leurs retraites, préparent leur pantouflage, ont réussi à répandre l'idée d'une fonction publique privilégiée sans évidemment s'y inclure.

 

Une opposition peu inventive :

Les slogans se suivent et se ressemblent. Toujours une dominante négative dans les photos de banderoles : manifestants = râleurs sans programme. Toujours le schéma productiviste : on formule le problème en termes de croissance et de droit au travail, obéissant ainsi à la logique libérale ; la force économique (« paralyser l'économie ») comme seul moyen d'opposition viable. « Il faut être réaliste », ce n'est pas avec des gilets jaunes et des rondes infinies, comme on en a vu dans l'éducation nationale, qu'on fera plier le gouvernement. Etc.

 

 

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