Lettre ouverte à Harlem Désir: les législatives perdues doivent nous interpeller

Cher Harlem,Nous venons de clore une séquence électorale particulièrement longue. Depuis plus d’un an, et le succès des primaires citoyennes, nous sommes impliqués dans des campagnes électorales pour faire gagner notre famille politique. Dans nos circonscriptions, la gauche a fortement reculé par rapport au mois de juin dernier.

Cher Harlem,
Nous venons de clore une séquence électorale particulièrement longue. Depuis plus d’un an, et le succès des primaires citoyennes, nous sommes impliqués dans des campagnes électorales pour faire gagner notre famille politique. Dans nos circonscriptions, la gauche a fortement reculé par rapport au mois de juin dernier. Si les contextes locaux sont différents, si chaque élection est différente, les leçons que nous tirons de ces défaites convergent.

Les campagnes menées ont été exemplaires, militantes, dynamiques, autour de candidats qui portaient autant le rassemblement de la gauche qu’un soutien sans faille au Président de la République et à ses engagements.

Nous militons dans des circonscriptions ancrées à droite, et nous savions la difficulté de l’emporter en dehors de toute dynamique électorale nationale. Mais nous ne nous attendions pas à une abstention aussi massive de nos électeurs potentiels.

Les échanges avec nos concitoyens lors des porte-à-porte, dans les cages d’escalier, ou sur les marchés  nous conduisent à un constat clair et partagé par tous : notre électorat est en attente et il n’a pas jugé utile de renforcer notre action en se déplaçant pour voter les 9 et 16 décembre derniers.

La droite au pouvoir a laissé le pays dans un état épouvantable. Le chômage et la dette qui explosent, le pouvoir d’achat en berne sont les conséquences d’une politique libérale, violente et archaïque, tout autant source que renfort des crises que nous vivons depuis 2008.

Par ailleurs, il ne fait aucun doute que l’action concrète du gouvernement en matière de logement – renforcement des dispositifs de la loi SRU -, d’emploi – emplois d’avenir, contrat de génération -, de justice fiscale – taxation accrue du capital -  et dans bien d’autres domaines, est bien réelle.

Enfin, nos électeurs savent bien que l’on ne change pas 10 ans de politique de droite en 6 mois, et sont prêts à un effort partagé pour redresser le pays. C’est sur cette crise persistante et l’exploitation réactionnaire des dossiers sociétaux que la droite a mobilisé son camp.

Mais l’impression que nous n’assumons pas pleinement les engagements les plus symboliques de la campagne présidentielle a été au cœur des discussions.

Les derniers jours de campagne ont été marqués par deux dossiers qui illustrent ce malaise : Florange, et le Pacte de compétitivité (Crédit d’impôt, hausse de la TVA).

Notre électorat n’a pas compris les conflits d’autorité au sein du gouvernement sur le dossier Florange alors même que la gauche s’est donnée pour mission de réindustrialiser le pays. La confiance accordée à un industriel qui n’a jamais respecté aucun de ses engagements est apparue comme un renoncement alors que nous avions fait de la finance notre « adversaire ». Il serait catastrophique de reprendre à notre compte ou de laisser se répandre l’idée que l’Etat ne peut plus rien.

Notre électorat n’a pas compris ce cadeau de 20 milliards d’euros accordé à toutes les entreprises sans contrepartie, alors que tous les Français sont mis à contribution pour redresser notre pays.

Cher camarade, nous croyons au changement. Nous en sommes persuadés, le peuple de gauche soutient toujours les 60 engagements de François Hollande.

Dans un peu plus d’un an se dérouleront les élections municipales et européennes. Elles seront un test pour nous autres socialistes, et plus largement la gauche. Les élections législatives partielles n’ont concerné que trois circonscriptions marquées à droite, mais l’ampleur de la défaite nous rappelle à tous que pour réussir et redonner espoir, la majorité présidentielle doit rester fidèle à son engagement de transformation de la société.

Amitiés militantes et socialistes,

Premiers signataires :

Victor VIDILLES, 30 ans, Coordinateur de la campagne de Julien LANDFRIED à Antony (92)

Adrien PESCHANSKI, 24 ans, Coordinateur de la campagne de Julien LANDFRIED à Bourg-la-Reine (92)

Nicolas ANOTO, 29 ans, CA de section PS à Béziers (34)

et une centaine de militants socialistes à ce jour.

Pour signer la lettre ouverte : http://eepurl.com/s7U7b

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