Le 49.3 de la honte

Rarement la France aura été gouvernée par une élite politique aussi lâche que désinvolte. Cette séquence médiatique rythmée entre coronavirus et réforme des retraites a donc fait miroiter au gouvernement l'opportunité d'adopter son projet de loi si contesté.

Rarement la France n'aura été gouvernée par une élite politique aussi lâche que désinvolte. Cette séquence médiatique rythmée entre coronavirus et réforme des retraites a donc fait miroiter au gouvernement l'opportunité d'adopter son projet de loi si contesté. Un jugement et une analyse politique qui en disent long sur la déconnexion entre cette bourgeoisie décidément bien sûre de son fait et le peuple dont les répliques de la colère ne vont pas tarder à se faire sentir.

Principe de précaution oblige, le gouvernement a annulé par la voix de son ministre de la Santé le semi-marathon de Paris. Ce même principe de précaution qu'Olivier Veran a jugé inutile d'appliquer lors de la venue de 3000 supporters turinois pour le match  entre l'Olympique de Lyon et la Juventus de Turin alors que la situation sanitaire du pays transalpin est bien plus préoccupante. Plus qu'un deux poids deux mesures, nous sommes face à une vaste et abjecte manœuvre politicienne qui n'a pour seule visée que d'éteindre l'incendie social dont est menacé le pays.

Le coronavirus a pris une place mediatique et politique prépondérante et même étouffante. La réforme des retraites en deviendrait presque anecdotique à en croire les médias mainstream. Et pourtant elle est toujours au coeur de toutes les préoccupations sociales ce qui rend d'autant plus incompréhensible le recours à l'article 49.3 en de pareilles circonstances. L'annonce de cette décision a sonné comme un coup de tonnerre car l'utilisation de ce qu'il faut bien appelé un passage en force signe de facto la fin de l'opposition politique à ce projet toujours rejeté par plus de 60% des Français.

Un virus qui somme toute, pas si dangereux mais générateur d'une peur incontrôlée et incontrôlable a donc servi de subterfuge au Premier Ministre, c'est en tout cas ce qu'il croit, pour faire adopter en catimini sa réforme si décriée des retraites. Voilà le résultat d'une déshérence politique qui n'a trouvé comme seule porte de sortie que l'ignominie pour mettre un terme à cette crise politique. Cette réforme majeure qualifiée de "mère de toutes les réformes" par les Marcheurs a donc été adoptée sans agenda et un samedi, jour de la semaine savamment choisi pour éviter l'opprobre devant un hémicycle plein.

Le courage politique n'est donc visiblement plus une impétueuse nécessité pour gouverner, preuve en est ce 29 février 2020 qui restera dans l'histoire politique la date du deshonneur et du mépris.

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