Derrière la prime accordée aux non grévistes de la SNCF, une stratégie bien étudiée

Derrière cette prime honteuse versée par la SNCF aux cheminots non grévistes, il y a surtout une stratégie de casser le sentiment d'appartenance à la même classe sociale.

Derrière cette prime honteuse versée par la SNCF aux cheminots non grévistes, il y a surtout une stratégie de casser le sentiment d'appartenance à la même classe sociale.

S'il n'était question que de rétribuer les cheminots pour leurs presenteisme pendant la grève, ce qui en soit n'est déjà pas très glorieux pour les cheminots non grevistes ni pour la direction, passe encore! Mais cette prime a été conçue pour casser la solidarité entre les conducteurs de trains ce qui en dit long sur les intentions et surtout l'inconsideration que Jean-Pierre Farandou a pour ses employés.

Alors que l'ère de la concurrence libre et faussée vient de s'ouvrir pour la SNCF, il faut, nous disait-on, rendre les cheminots plus compétitifs et pour ce faire, le gouvernement a fait adopter dans la douleur la loi sur la réforme de la SNCF qui prévoit la suppression du statut des cheminots depuis le 1er janvier 2020. Alors débourser quelques millions d'euros en plus pour "remercier" les cheminots travaillants pendant le mouvement social est-il de nature à les rendre compétitifs devant un conducteur italien ou espagnol? Certainement pas.

Ce pouvoir a bien compris que casser le statut des cheminots par la loi ne suffit pas. Il faut désormais casser le sentiment d'être un cheminot et quoi de mieux que de distribuer, sous couvert de presenteisme, un prime aux roulants pendant la grève? L'effet psychlogique de cette mesure au sein de cette corporation est dévastateur et personne n'imagine que la direction de la compagnie ferroviaire n'ait pas pensé à pareil dessein machiavélique.

Plus qu'une stratégie, cette prime accordée aux non grevistes est un véritable attentat social fomenté contre tous les cheminots. Et peu importe si ces émoluments empoisonnés seront condamnés par la justice car l'idée affichée et assumée est que cette mesure fasse l'effet d'une déflagration aux conséquences irréversibles pour la cohésion interne de l'entreprise.

Jean-Pierre Farandou qui disait lors de sa prise de fonction qu'il voulait diriger cette entreprise avec une meilleure prise en compte du dialogue social démontre ainsi la vacuité sidérante de son propos à tel point que cette prime controversée a suffi à créer un climat de défiance maximale contre ce dirigeant qui en définitive, n'est qu'un apprenti sorcier aux mains d'un exécutif dont la cupidité va bientôt se heurter avec fracas au mur de la révolte populaire. Il faut l'espère en tout cas. 

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