Le rascisme dans la police n'est plus un tabou

Le rascisme dans la police n'est enfin plus un tabou. On sait désormais que cette institution du maintien de l'ordre (ou du désordre) est gangrenée par ce fléau qui emmène tout un pays dans l'abîme.

Le rascisme dans la police n'est enfin plus un tabou. On sait désormais que cette institution du maintien de l'ordre (ou du désordre) est gangrenée par ce fléau qui emmène tout un pays dans l'abîme.

Le chaos qui menace la France comme il a secoué les États-Unis n'est pas un fantasme mais une vraie crainte. Et pour cause. Les enquêtes et témoignages accablants pour la police, les bavures et les rapports alimentent l'idée déjà présente dans tous les esprits que l'appareil policier n'est plus à la hauteur des enjeux sociétaux que nous traversons. Celle-ci a été nommément mise en cause par le Défenseur des Droits il y a quelques jours dans un rapport rendu public où il dénonce une "discrimination systémique" dans dans un quartier du douzième arrondissement de Paris. Le mot discrimination étant bien sûr le mot pudique employé pour éviter le terme rascisme, un mot que bon nombre de personnes du paysage médiatique ont encore du mal à prononcer comme si la réalité était encore trop dure à admettre.

Et en effet, elle est dure cette réalité quand on voit des images presque chaque jour de policiers qui violentent sans raison apparente, tabassent, plaquent au sol, insultent un arabe de bicot. La police est devenue le bourreau d'un pouvoir politique qui n'arrive à se maintenir aux affaires que grâce à la force coercitive de cette institution. Sans elle, Emmanuel Macron et son monde auraient déjà quitté le pays à bord d'un jet privé pour un long exil. Alors comment espérer que ce même président désavoue une corporation à qui il doit son salut?

Le rassemblement historique du 2 juin a permis enfin d'exprimer haut et fort l'indignation générale ressentie dans la population. Noirs, blancs, arabes, juifs, asiatiques, antillais et toutes les autres minorités visibles ont battu le pavé pour demander l'arrêt de ces pratiques policières insupportables. Des années durant, les quartiers populaires ont été le souffre-douleur d'un profession en déshérence. Et de là est né un sentiment de rejet des minorités dans les forces de maintien de l'ordre. C'est comme ça qu'on les appelle mais ce n'est pas comme ça qu'on les perçoit. Et pour cause. Les morts, interpellations et contrôles arbitraires, insultes racistes et en bout de course, une IGPN qui disculpe systématiquement les policiers faute de preuve. Et en face, des policiers dit assermentés, donc avec une crédibilité supérieure au commun des mortels et encore plus supérieure au commun des banlieusards issus de l'immigration.

Le rassemblement massif pour Adama Traoré aurait pu et du se tenir depuis bien longtemps mais à l'évidence, ce rassemblement doit son existence à la mort atroce de Goerges Floyd. Car on ne compte plus les collectifs et les associations de médecins qui ont alertés sur les dangers du plaquages ventral. Mais la pratique de cette technique d'immobilisation continue de sévir avec le risque d'avoir à déplorer de nouveaux morts chaque jour dans ces territoires qui cumulent déjà les handicaps.

Nous ne pouvons plus aujourd'hui faire l'économie d'une réflexion profonde sur le rôle de la police, de ses pouvoirs et des contre-pouvoirs à mettre en place pour neutraliser tout comportement déviant de la part de chaque agent des forces de l'ordre. Le vote majoritaire de la police pour la parti de Marine Le Pen nous rappelle que le rascisme au sein de la police n'est malheureusement pas une vue de l'esprit mais bien une réalité.

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